dimanche 20 décembre 2015

Visite au diocèse de Baie-Comeau

Lors d'une récente visite à Baie-Comeau pour animer une retraite pour les prêtres du diocèse à l'invitation de Mgr Jean-Pierre Blais, j'ai accordé quelques entrevues avec les médias locaux pour partager sur cette belle visite et mon récent livre. Voici le lien à l'entrevue réalisée par la télévision Cogeco de Baie-Comeau : http://www.tvcogeco.com/baie-comeau/gallerie/emissions-2015/7655-connecte-sur-baie-comeau/104347-connecte-bc-2-12-15.  Avancez à 5 :25 minutes.

dimanche 13 décembre 2015

Voeux de Noël 2015

Enfant de Bethléem, 

au cœur de notre société de

consommation,

proclame que quiconque aura

nourri, habillé,

accueilli l’un des plus petits et des

plus pauvres de ses frères

et de ses sœurs,

aura nourri, habillé,

accueilli le Fils de Dieu. 

Joyeux Noël,

Sainte Année 2016. 

† Roger Ébacher
Archevêque émérite de Gatineau

vendredi 11 décembre 2015

L’accueil de Noël

À l'approche de Noël, il me semble pertinent d’écouter une parole donnée à l’Église et au monde par le concile Vatican II.
 
« Par son incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d'homme, il a pensé avec une intelligence d'homme, il a agi avec une volonté d'homme, il a aimé avec un cœur d'homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l'un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché. » (L’Église dans le monde de ce temps, par. 22.)
 
Jésus, c'est Dieu prenant chair pour s'approcher de tout être humain. En révélant le cœur de Dieu, Jésus expose en même temps à tout être humain sa dignité unique, le sens de son existence, sa destinée divine. Jésus révèle à chaque personne ce qu'elle vaut aux yeux de Dieu.
 
Encore cette année, bien des « bergers », ces pauvres entre les pauvres, ces méprisés, ces marginalisés, vont se mêler à la foule de nos églises. Ils viennent en espérant y trouver chaleur et accueil, et ainsi entendre la Bonne Nouvelle que Dieu, en Jésus, est tout proche d'eux.
 
Dans nos églises vont venir des « petits ». Que nos communautés soient Marie qui pose devant eux le « signe » : un enfant emmailloté dans des langes et couché dans une crèche. Ils sauront alors deviner le divin message d'amour et de paix pour tous les humains. La tendresse, la bonté, la miséricorde de Dieu ont trouvé un visage. Il ne faut pas l'obscurcir par notre froideur ou nos peurs.
 
Et soyons sûrs que le meilleur service à rendre à notre monde d’ici, c'est de lui présenter vraiment Jésus, unique chemin vers le Père, unique vérité sur l'être humain et sa dignité, unique vie qui renouvelle radicalement nos hivers pour y semer des printemps éternels.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 4 décembre 2015

Dominer la terre?

Est-ce que la mission de l’homme est de dominer la terre, de l’exploiter? On pourrait tirer cette conclusion d’un texte de la Genèse. Après avoir créé l’homme et la femme à son image, Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »
 
Une lecture théologique et éthique de la responsabilité de l’être humain sur toute la nature vue comme une domination absolue a souvent été celle de la tradition judéo-chrétienne. Le résultat en fut un manque de respect et de soin pour notre planète et pour les créatures non-humaines, en somme pour l’environnement en général. Saint François fait figure d’exception avec son attitude de révérence entre toute créature, les nommant « frères » ou « sœurs ».
 
Rejoignant celui qui l’a conduit à prendre ce nom, le pape François (67) rejette à son tour avec vigueur et même passion cette éthique de la domination brutale qui conduit à une exploitation sauvage de l’homme sur tout. Il nous appelle plutôt à exercer sur la terre une intendance marquée par le respect et la sollicitude.
 
« Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. » Donc, « nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. » En fait, Dieu nous demande de cultiver et de garder le jardin du monde (cf. Gn 2, 15). « Alors que “cultiver” signifie labourer, défricher ou travailler, “garder” signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature. Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures. » On comprend alors pourquoi Dieu rejette toute prétention humaine à une propriété absolue : « La terre ne sera pas vendue avec perte de tout droit, car la terre m’appartient, et vous n’êtes pour moi que des étrangers et des hôtes » (Lv 25, 23).
 
Le pape fait donc entendre à tous les humains l’appel à une attention respectueuse envers notre planète. Nous devons y exercer une intendance responsable et aimante. Et le pape nous en fournit la raison profonde. Notre planète et les diverses créatures sont l’œuvre du Dieu Créateur qui est en fait le Dieu d’amour. Et ce Créateur nous a confié ce trésor pour que nous en ayons soin : intendants responsables et non pas exploiteurs avides et cruels.
 
Cette lecture du texte biblique faite par le pape François  est à la fois très neuve, très audacieuse et libératrice. Elle offre un chemin de guérison à notre tentation de tout réduire à des choses à exploiter puis rejeter.
 
(21e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 28 novembre 2015

Dégradation de l’environnement et appauvrissement

Le pape nous rappelle fortement (48) les liens très multiples entre ce qui se passe dans notre environnement et ce que vivent des milliards de pauvres, des nations complètes qui s’appauvrissent. La dégradation écologique, humaine et sociale actuelle affecte en tout premier lieu les pauvres. Nous ne devons pas séparer écologie, économie, finance, politique et éthique.
 
« Par exemple, l’épuisement des réserves de poissons nuit spécialement à ceux qui vivent de la pêche artisanale et n’ont pas les moyens de la remplacer; la pollution de l’eau touche particulièrement les plus pauvres qui n’ont pas la possibilité d’acheter de l’eau en bouteille, et l’élévation du niveau de la mer affecte principalement les populations côtières appauvries qui n’ont pas où se déplacer. L’impact des dérèglements actuels se manifeste aussi à travers la mort prématurée de beaucoup de pauvres, dans les conflits générés par manque de ressources et à travers beaucoup d’autres problèmes qui n’ont pas assez d’espace dans les agendas du monde. »
 
« Une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » (49)
 
Voilà un véritable coup de poing à accueillir avec honnêteté!
 
(20e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 21 novembre 2015

Les multiples problèmes environnementaux

Le pape François, dans son texte fondamental sur l’environnement (4), nous rappelle une parole prononcée par Paul VI en 1971. Ce dernier reconnaissait déjà à cette époque que la problématique écologique conduisait à une crise aux conséquences dramatiques pour la terre et pour les humains. « Par une exploitation inconsidérée de la nature [l’être humain] risque de la détruire et d’être à son tour la victime de cette dégradation ». (21) Paul VI notait déjà que les retombées de la civilisation industrielle risquaient de conduire à une véritable catastrophe écologique. Et il en appelait à un urgent et radical changement dans le comportement de l’humanité.
 
Est-ce que cet appel très clair a été entendu? Où en sommes-nous 45 ans plus tard? Le pape François le répète sans ambages! Avec sagesse et accueillant le meilleur des connaissances scientifiques actuelles, il affirme les hauts risques auxquels l’humanité est confrontée dans une large échelle de problèmes environnementaux : changement du climat, déforestation, pollution de l’air, perte de la biodiversité.
 
Et le pape fait entendre plus fortement que jamais un appel à tous les humains. « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. » (13) Nous avons de multiples raisons d’oser avec confiance nous y engager! « Le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune. » Et François ajoute : « Je souhaite saluer, encourager et remercier tous ceux qui, dans les secteurs les plus variés de l’activité humaine, travaillent pour assurer la sauvegarde de la maison que nous partageons. »
 
Et il insiste sur le fait que ces dommages à l’environnement ont des conséquences dramatiques « sur la vie des plus pauvres dans le monde. » Les jeunes aussi réclament de l’action, car « ils se demandent comment il est possible de prétendre construire un avenir meilleur sans penser à la crise de l’environnement et aux souffrances des exclus. »
 
Un tel appel rejoint-il mon cœur, ma pensée, mes mains?
 
(19e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 13 novembre 2015

Laisser une planète habitable

« On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. Quand nous pensons à la situation dans laquelle nous laissons la planète aux générations futures, nous entrons dans une autre logique, celle du don gratuit que nous recevons et que nous communiquons. Si la terre nous est donnée, nous ne pouvons plus penser seulement selon un critère utilitariste d’efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel. » (Pape François 159) Nous sommes devant une question fondamentale de justice : la terre appartient aussi à ceux qui viendront après nous. Elle est « un prêt que chaque génération reçoit et doit transmettre à la génération suivante ».
 
Quel monde voulons-nous laisser aux enfants qui grandissent? « Les prévisions catastrophistes ne peuvent plus être considérées avec mépris ni ironie. Nous pourrions laisser trop de décombres, de déserts et de saletés aux prochaines générations. Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu’il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes, comme, de fait, cela arrive déjà périodiquement dans diverses régions. » (François 161)
 
Nous avons de grandes difficultés à prendre au sérieux ce défi. C’est là la conséquence d’une mentalité qui devient profondément individualiste. « Beaucoup de problèmes sociaux sont liés à la vision égoïste actuelle axée sur l’immédiateté, aux crises des liens familiaux et sociaux, aux difficultés de la reconnaissance de l’autre. […]  En outre, notre incapacité à penser sérieusement aux générations futures est liée à notre incapacité à élargir notre conception des intérêts actuels et à penser à ceux qui demeurent exclus du développement. Ne pensons pas seulement aux pauvres de l’avenir, souvenons-nous déjà des pauvres d’aujourd’hui, qui ont peu d’années de vie sur cette terre et ne peuvent pas continuer d’attendre. »
 
Pour construire la paix dans notre génération et dans les générations futures, il faut veiller à la santé de notre planète.
 
(18e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau