dimanche 16 juin 2019

Un exemple de sainteté : Marie Guyart de l’Incarnation

Cette femme a profondément marqué le début de la présence française et ecclésiale au Canada. Dès 1639, elle est arrivée à Québec avec deux compagnes ursulines pour éduquer et instruire les jeunes filles autochtones et françaises. Sa présence avec les colons, les gouvernants, les missionnaires, les familles fut d’un très grand apport pour implanter sur les bords du St-Laurent une société chrétienne saine et ouverte à la diversité culturelle.
 
Qui veut lire un bon aperçu de sa vie peut consulter un texte fourni par les Ursulines de Québec.
 
Nous sommes d’abord étonnés du fait que, si jeune, Marie Guyart vit de grandes expériences mystiques. Et elle en vivra durant toute sa vie. L’Esprit divin la conduira par des voies souvent douloureuses vers une identification à Jésus crucifié, son « divin Époux ». Ce sont les voies de l’amour jusqu’à l’extrême. Et elle suit son Seigneur et Époux-Roi dans les services les plus humiliants. Très jeune, elle ne peut pas résister à l’appel du pauvre et elle donne un peu de pain à qui lui tend la main. Jusqu’à ses derniers jours, l’Esprit Saint « l’agira » à la fois et inséparablement dans les chemins de l’union intime avec Dieu et ceux de la miséricorde sans borne avec les plus petits.
 
Marie expérimente par trois fois la présence active des trois personnes de la Sainte Trinité dans son âme. Elle se sait et s’expérimente être le temple de Dieu. Mais à travers toutes ces expériences si extraordinaires et souvent étranges pour nous, Marie a toujours recours à un directeur spirituel pour y discerner la volonté de Dieu sur elle, sur son fils, sur ses engagements.
 
Car elle sait que Satan existe et elle s’en méfie!
 
Dieu le Père est son « centre », sa vie, son tout.
 
Le suradorable Verbe Incarné est son « Bien-Aimé » à qui elle est unie dans un intense renouvellement de l’alliance nuptiale dans l’amour. Il la comble d’une lumineuse connaissance et d’un grand amour de « ses divines maximes ». Et dans son cœur, même avec sa bouche quand elle le peut, Marie chante des épithalames enflammés à son Divin Époux.
 
L’Esprit est son maître intérieur et son guide. Il la conduit sans cesse, tout au long de sa vie. Il la purifie, la rend pauvre de cœur, l’entraine à vivre toutes les béatitudes. Il est une lampe qui scrute sans cesse ses entrailles pour y enlever ce qui ferait obstacle à sa marche vers la sanctification, donner à son cœur une grande pureté spirituelle, une grande pauvreté d’esprit, une disponibilité au total abandon entre les mains de Dieu son Père, sa providence.
 
Elle devient ainsi une femme qui témoigne humblement de la miséricorde du Cœur de Jésus (auquel elle se sent unie par un lien infrangible) au cœur de ce petit peuple de Québec. Mais elle est aussi régulièrement en contact avec les missionnaires qui donneront leur vie pour l’Évangile. Comme elle ne peut pas les suivre leurs courses apostoliques, l’Esprit fait sans cesse jaillir de son cœur une intense prière apostolique. Et elle fait ce qui lui possible dans son cloitre : apprendre le Montagnais, l’Algonquin, le Huron et un peu l’Iroquois. Rédiger des dictionnaires de ces langues. Se faire accueillante à toutes et tous, grands ou petits, qui viennent à la grille du monastère pour consultation ou prière, etc…
 
Impossible de résumer en quelques lignes une telle vie. Mais il faut retenir le lien inséparable entre l’union à Jésus et l’engagement apostolique qui ont marqué en profondeur la sainteté de cette femme surnommée : « La Thérèse du Nouveau Monde ».
 
Marie de l’Incarnation n’est pas une sainte qu’on peut rencontrer tous les jours! Mais par tant de dimensions de sa vie, elle est toujours capable de nous conduire à Jésus le Suradorable Verbe Incarne et par lui au Père et à l’accueil de l’Esprit. Elle sait nous apprendre l’abandon confiant entre les mains de la bonne providence du Père qui nous a créé et qui nous aime.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(31e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

lundi 10 juin 2019

Ne pas mutiler le cœur de l’Évangile

Pour devenir une sainte, un saint, il faut se laisser guider par les saintes « maximes de l’Évangile » (Ste Marie de l’Incarnation) et par les actes de Jésus. Parmi ces divines Paroles, retenons celle qui formule le critère fondamental pour évaluer la qualité de nos vies chrétiennes : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi! » (Matthieu  25, 35-36)
 
Il y a bien des façons d’enlever à ces divines paroles leur mordant, de les rendre inoffensives, inefficaces! Il en est ainsi quand on sépare les exigences d’engagement évangéliques et l’union intérieure avec Jésus. Chez François d’Assise ou Teresa de Calcutta par exemple, « ni la prière, ni l’amour de Dieu, ni la lecture de l’Évangile n’ont diminué la passion ou l’efficacité du don de soi au prochain, mais bien au contraire. » (Pape François) (par. 100-109)
 
Frustrent aussi l’Évangile de son mordant et de son dynamisme de vie « ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentiste, de communiste, de populiste. »
 
Nous ne devons pas relativiser les paroles divines en y faisant un choix selon nos intérêts seulement, ignorant certaines exigences éthiques fondamentales comme la défense de la vie de l’innocent qui n’est pas encore né. Mais est également sacrée « la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris, la traite des personnes, l’euthanasie cachée des malades et des personnes âgées privées d’attention, dans les nouvelles formes d’esclavage, et dans tout genre de marginalisation. Nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement. »
 
Le pape donne un autre exemple : notre attitude face à la situation des migrants. Certains catholiques y voient un sujet secondaire. Pourtant un chrétien qui vit selon sa foi ne peut que « se mettre à la place de ce frère qui risque sa vie pour donner un avenir à ses enfants. » Et le pape réfute vigoureusement certaines attitudes méprisantes : « Il ne s’agit pas d’une invention d’un Pape ou d’un délire passager. » C’est une exigence pour qui prétend suivre Jésus.
 
Et notons que la prière ne suffit pas pour nous sanctifier! La meilleure façon de discerner si notre prière est authentique « sera de regarder dans quelle mesure notre vie est en train de se transformer à la lumière de la miséricorde. » Car la miséricorde est le critère pour comprendre qui sont les véritables enfants de Dieu. La miséricorde « est la clef du ciel ».
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(30e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

lundi 3 juin 2019

J’avais faim : m’as-tu donné à manger?

Comme nous l’enseigne le pape François (par. 98-99), tout disciple de Jésus doit prendre très au sérieux les paroles par lesquelles Jésus nous donne les critères dont il se servira lors du jugement : m’as-tu donné à manger? À boire?... (Matthieu 25, 31-36)
 
Ces paroles doivent devenir le critère fondamental pour évaluer, discerner, mon cheminement vers la sainteté. Les paroles du pape sont tellement fortes qu’elles ne demandent aucun commentaire. Il faut surtout prier l’Esprit de les incruster en nous pour qu’elles deviennent des énergies d’action quotidienne!
 
« Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit froide, je peux considérer que ce fagot est un imprévu qui m’arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C’est cela être chrétien! Ou bien peut-on comprendre la sainteté en dehors de cette reconnaissance vivante de la dignité de tout être humain? »
 
Ces paroles ne doivent jamais nous laisser bien tranquilles et avec une bonne conscience! Mais il faut aller encore plus loin. Les bonnes œuvres individuelles ne suffisent pas. Il faut œuvrer, avec d’autres, à un changement au niveau des structures de notre vie en société sous ses divers aspects. « Pour que les générations futures soient également libérées, il est clair que l’objectif doit être la restauration de systèmes sociaux et économiques justes de manière que, désormais, il ne puisse plus y avoir d’exclusion. » (CECC, commission des affaires sociales, par 9) C’est l’enseignement de l’Ancien Testament (Lévitique 25, 39-41). Et Jésus (Luc 4, 18-18) fréquentait les plus marginalisés et appauvris pour les réintroduire dans la communauté. Puis, par son Esprit, il a inspiré les premiers disciples à vivre en communauté, en partageant de sorte qu’il n’y ait pas de pauvre parmi eux (Actes des Apôtres 4, 34-35).
 
C’est le même Esprit de Jésus ressuscité qui doit nous guider aujourd’hui! Le chemin de la sainteté personnelle passe par le souci des autres, surtout les plus marginalisés, et par des actes pour changer la situation, en l’orientant vers le bien commun, la solidarité et la fraternité.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(29e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

mardi 28 mai 2019

Une personne sainte vit la miséricorde

Après avoir médité les béatitudes une à une (par. 63-94), le pape François revient longuement sur la parole de Jésus : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. » (Matthieu 5, 7) Pour approfondir cette béatitude et en bien percevoir la lumière, l’énergie et la nécessité pour notre sanctification, le pape cite la parole par laquelle Jésus nous indique sur quoi il nous jugement à la fin de notre vie.
 
« J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Matthieu 25,35-36)
 
Le pape Jean-Paul II (par. 49) donnait cette orientation fondamentale à l’Église de notre millénaire en écrivant que, selon les paroles non équivoques de l'Évangile, « dans la personne des pauvres il y a une présence spéciale du Fils de Dieu qui impose à l'Église une option préférentielle pour eux. Par une telle option, on témoigne du style de l'amour de Dieu, de sa providence, de sa miséricorde, et d'une certaine manière on sème encore dans l'histoire les semences du Règne de Dieu que Jésus lui-même y a déposées au cours de sa vie terrestre en allant à la rencontre de ceux qui recouraient à lui pour tous leurs besoins spirituels et matériels. »
 
Et le pape François ajoute avec insistance et pertinence : « Dans cet appel à le reconnaître dans les pauvres et les souffrants, se révèle le cœur même du Christ, ses sentiments et ses choix les plus profonds, auxquels tout saint essaie de se conformer. »
 
Jésus s’adresse encore aujourd’hui à chacun de ceux et celles qui prétendent marcher vers la sainteté évangélique : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir »
 
Il ne faut pas noyer cette injonction de Jésus par toutes sortes de commentaires et élucubrations ou excuses qui lui enlèvent son énergie divine. Impossible de comprendre et de vivre ma vie chrétienne et de marcher sur un chemin de sanctification sans la prendre au sérieux. La miséricorde c’est le cœur même du Père battant dans le cœur de Jésus quand il marche sur nos routes, quand il laisse son cœur s’ouvrir sur la croix pour nous. Devenir un saint, une sainte, c’est devenir miséricordieux comme le Père. « Comme le Père aime (par. 9), ainsi aiment les enfants. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres. » C’est aussi devenir comme le Fils incarné dans notre chair pour que nous touchions ses plaies dans toute personne dans la souffrance, la détresse, l’abandon.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(28e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 18 mai 2019

La personne sainte accepte chaque jour le chemin de l’Évangile

 
« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5, 10-12)
 
« Depuis longtemps les scientifiques envoient des signaux dans le cosmos, dans l’attente de réponses de la part d’êtres intelligents vivant sur une planète perdue. Depuis toujours l’Église dialogue avec les habitants d’un autre monde, les saints. » (Cantalamessa)
 
Le pape Jean-Paul, à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000, a révélé à l’Église et au monde la multitude des martyrs qui ont glorifié Dieu et suivi le Christ jusqu’au don de leur sang.
 
Le pape François (par. 94) insiste pour montrer que c’est là une réalité bien actuelle. « Les persécutions ne sont pas une réalité du passé, parce qu’aujourd’hui également, nous en subissons, que ce soit d’une manière sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d’une façon plus subtile, à travers des calomnies et des mensonges. Jésus dit d’être heureux quand “on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie” (Matthieu 5, 11). D’autres fois, il s’agit de moqueries qui cherchent à défigurer notre foi et à nous faire passer pour des êtres ridicules. »
 
Dans une société assoiffée de consommation et d’autoréalisation intimiste, il devient très difficile de vivre l’amour généreux de l’autre, le don de soi et de travailler à la solidarité, à la fraternité humaine. « Dans une telle société aliénée, prise dans un enchevêtrement politique, médiatique, économique, culturel et même religieux qui empêche un authentique développement humain et social, il devient difficile de vivre les béatitudes, et cela est même mal vu, suspecté, ridiculisé. »
 
Pourtant, suivre Jésus et sa croix pour vivre l’amour et la justice « est une source de maturation et de sanctification. »
 
Tout notre environnement nous incite à oublier cette vérité fondamentale de notre foi chrétienne. En méditant cette béatitude, nous saurons accueillir le souffle de l’Esprit qui rend disponible pour aimer en actes et en vérité, en donnant généreusement de soi aux autres, à la suite de Jésus et avec sa force d’amour et d’oubli de soi.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(27e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

lundi 13 mai 2019

Un attachement maternel


Évangile de Jésus selon saint Jean (10, 27-30)

Les quatre brefs versets de l’évangile de saint Jean de ce dimanche expriment toute la profondeur de la relation entre Jésus et notre monde. « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. » Par cette image du bon berger, le Christ parle de sa filiation intime avec chacun et chacune de nous. Une relation qui ne cesse jamais et qui fait de nous une grande famille.

En ce dimanche de la fête des mères, il est possible de voir des similitudes entre le texte de l’évangile et le vécu de toutes les mères. Dès les débuts d’une grossesse, les mères ressentent un sentiment profond de filiation, un attachement ancré dans leur chair et dans leur cœur, une relation intime qui durera toute leur vie et même au-delà. Il suffit de revoir sa propre relation avec sa mère ou encore de voir le vécu des mères autour de soi pour comprendre la grande richesse de ce lien. Cette relation traversera des moments plus difficiles et des moments joyeux, mais jamais ce lien ne sera arraché du cœur maternel. Nous pouvons penser à une mère dont l’enfant est incarcéré et qui sera là pour lui en allant le visiter, en lui témoignant de son amour et en étant là pour le procès.

Les paroles de Jésus se résument donc à un message d’amour inconditionnel, un message d’unité, un message d’espérance sans fin.

René Laprise
Diacre permanent

(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

samedi 4 mai 2019

La personne sainte sème la paix autour d’elle


« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ». (Matthieu 5, 9)

Dans cette béatitude, Jésus ne parle pas seulement d’une attitude dans le cœur. Il parle de choses à faire. Il faut être un constructeur, un artisan de paix!


La paix est d’abord un don. « Le véritable et suprême “artisan de paix” n’est pas un homme, c’est Dieu lui-même. Précisément pour cette raison, ceux qui œuvrent pour la paix sont appelés “fils de Dieu” : parce qu’ils lui ressemblent, parce qu’ils l’imitent, parce qu’ils font ce qu’Il fait lui. » 

S. Paul parle de la « paix de Dieu » (Philippiens 4, 7), du « Dieu de la paix » (Romains 15, 33). De même, il présente le Christ comme notre paix (Éphésiens 2, 14-17). Jésus ressuscité donne sa paix : « Paix à vous! » Puis, « ayant dit cela il souffla et leur dit : “Recevez l’Esprit Saint” » (Jean 20,21-22).  La paix en nous et dans nos communautés, dans notre monde, est un fruit de l’Esprit du Ressuscité. 

Mais la paix est aussi notre tâche en tant que fils et filles de Dieu. Le pape François (par. 87-89) explique comment devenir artisans, artisanes de la paix. Lisons-le avec un cœur accueillant! 

Il dit d’abord comment nous pouvons, hélas, devenir des artisans de guerres dans notre milieu! « Il est fréquent que nous soyons des instigateurs de conflits ou au moins des causes de malentendus. Par exemple, quand j’entends quelque chose de quelqu’un, que je vais voir une autre personne et que je le lui répète; et que j’en fais même une deuxième version un peu plus étoffée et que je la propage. […] Le monde des ragots, fait de gens qui s’emploient à critiquer et à détruire, ne construit pas la paix. Ces gens sont au contraire des ennemis de la paix et aucunement bienheureux. »

Puis il montre comment nous pouvons être des bâtisseurs d’amitié sociale. « Il n’est pas facile de bâtir cette paix évangélique qui n’exclut personne mais qui inclut également ceux qui sont un peu étranges, les personnes difficiles et compliquées, ceux qui réclament de l’attention, ceux qui sont différents, ceux qui sont malmenés par la vie, ceux qui ont d’autres intérêts. C’est dur et cela requiert une grande ouverture d’esprit et de cœur. […] Il s’agit d’être des artisans de paix, parce que bâtir la paix est un art qui exige sérénité, créativité, sensibilité et dextérité. » 

Mais c’est une tâche exigée par le grand commandement de l’amour du prochain. Et c’est ainsi, en nous laissant guider par l’Esprit Saint, que nous nous fortifions dans notre identité d’enfants de Dieu.


† Roger Ébacher 
Évêque émérite de Gatineau  
(26e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

dimanche 28 avril 2019

Les Pères Eudistes


60 ans de présence dans le diocèse de Gatineau,
en Outaouais québécois

TÉMOIGNAGE

Pour réfléchir, ne serait-ce que quelques minutes, sur le rayonnement et la fructification de la présence eudiste dans le diocèse de Gatineau depuis 1959 jusqu’à nos jours, il faut d’abord nous rappeler le charisme de cette Congrégation.
J’ai consulté sur le WEB  le site des eudistes. La première phrase que j’y trouve les définit comme suit : « Les Eudistes ensemble pour la mission. » Et l'on a immédiatement ajouté une citation du fondateur : « Avec un grand cœur et un grand amour. » Voilà ce que furent les Eudistes avec nous en Outaouais : « Ensemble pour la mission, avec un grand cœur et un grand amour. »
Ce qui caractérise la Congrégation de Jésus et Marie, communément appelée « les Eudistes », c’est sa double finalité apostolique : collaborer à l’œuvre de l’évangélisation ainsi qu’à la formation de bons ouvriers et ouvrières de l’Évangile, prêtres et laïcs.
Jean Eudes, saisi par l’amour de Jésus, a porté dans son cœur les détresses et les besoins des hommes et des femmes de son temps. À la suite de leur fondateur, les Eudistes cherchent à ouvrir, avec audace, des voies pour faire grandir le Royaume de Jésus, et ce «avec un grand cœur et un grand amour ». Ces prêtres, ainsi que des laïcs associés, partagent leur vie de prière, leurs expériences et leurs engagements apostoliques.
La première présence eudiste dans l’Outaouais remonte à 1959-60 (construction du Scolasticat des Eudistes). Pendant quelques années, séminaristes eudistes et séminaristes du diocèse (après la fondation du Séminaire diocésain en 1963) ont cohabité, partageant la spiritualité et la vision missionnaire de Jean Eudes.
Puis la communauté s’est orientée vers un autre type d’implication dans le milieu : enseignement, ministère paroissial, accueil de personnes désirant vivre un temps de ressourcement ou d’accompagnement personnel. C’est ainsi qu’est né Champboisé.
En relation avec l’Église diocésaine et en accord avec ses orientations pastorales en vue de la formation chrétienne des adultes, les Eudistes ont œuvré à promouvoir la croissance des personnes et des groupes, spécialement par des temps de réflexion à partir d’expériences de vie et selon l’esprit et les valeurs évangéliques.
Certains Pères ont rayonné avec plus d’éclat. Bien sûr, je pense à l’unique et flamboyant Père Nazaire, pilier du mouvement charismatique et fondateur de trois mouvements issus du Cursillos. Mais tous, chacun selon son appel particulier, ont été dans notre milieu des porteurs de l’Évangile, des révélateurs de la tendresse et de la bonté du Père pour nous. Durant ces années, ils ont œuvré parmi nous et avec nous « avec un grand cœur et un grand amour », nous révélant les secrets du Cœur de Jésus et du Cœur de Marie.
Je tiens à souligner les relations de fraternité que les Pères eudistes ont voulu vivre avec le clergé diocésain, sans bien sûr exclure les confrères des autres communautés en service ministériel parmi nous.
Fait aussi partie du rayonnement et de la fructification eudiste la présence des associés. Ces personnes laïques, nourries des textes de Jean Eudes, rayonnent la spiritualité eudiste dans leur milieu de vie.
Je ne veux pas terminer cet hommage sans un bref témoignage personnel. Depuis que je connais des eudistes, soit depuis juillet 1979 sur la Côte-Nord, et depuis 1988 en Outaouais, j’ai maintes fois expérimenté l’amitié, la compréhension, l’apport spirituel de ces disciples de Jean Eudes pour leur évêque. Ils furent pour moi de précieux soutiens aussi bien dans ma vie spirituelle et psychologique que pastorale. Je les remercie de tout cœur.

Paroisse Ste-Rode-de-Lima, Gatineau, 27 avril 2019.

† Roger Ébacher 
Archevêque émérite de Gatineau

vendredi 19 avril 2019

Que jaillisse en nos cœurs la joie pascale!


De la source qu’est devenu le tombeau de Jésus jaillit une joie plus forte que nos tracas quotidiens, nos doutes si tenaces, nos hésitations à faire le prochain pas!

Car Jésus se relevant vivant du tombeau est une source d’énergie spirituelle capable de relancer notre espérance et notre goût de vivre, d’aimer, de nous donner.

Cette Source nous attire, nous fait cheminer dans un chemin d’amour confiant de Dieu le Père et de tendresse généreuse pour nos sœurs et frères.

Belle fête de Pâques et que notre marche vers la Pentecôte nous comble des dynamismes et des énergies de l’Esprit.


Alléluia!

† Roger Ébacher

dimanche 14 avril 2019

La personne sainte garde son cœur pur de tout ce qui souille l’amour


« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». (Matthieu 5, 8

 « Il y a des niveaux et des aspects de la réalité que l’on ne perçoit pas à l’œil nu, mais seulement à l’aide d’une lumière spéciale, aux rayons infrarouges ou ultraviolets. […] L’image obtenue avec cette lumière est très différente et surprenante pour une personne habituée à voir ce même panorama à la lumière naturelle. Les béatitudes sont une sorte de rayons infrarouges : elles nous donnent une image différente de la réalité, la seule vraie image car elle montre ce qui restera à la fin, lorsque “le modèle de ce monde” sera passé. » (Cantalamessa)

Voilà qui vaut particulièrement pour cette béatitude des « cœurs purs »! Car « ils verront Dieu »! « Dans la Bible, le cœur, ce sont nos intentions véritables, ce que nous cherchons vraiment et que nous désirons, au-delà de ce qui nous laissons transparaître. » (Pape François) (par. 83) Les hommes « ne voient que les yeux, mais le Seigneur voit le cœur. » (1 Samuel 16, 7) Dieu cherche à parler au cœur; bien plus, il veut nous donner un cœur nouveau (cf. Ézéchiel 36, 26). 

Alors, qu’est-ce qu’un cœur pur? Ce qui s’oppose foncièrement à la pureté du cœur, c’est l’hypocrisie. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture. » (Matthieu23,27)Les paroles violentes que Jésus prononce contre les scribes et les pharisiens sont toutes centrées sur l’opposition entre le « dedans » et le « dehors », l’intérieur et l’extérieur de l’homme. (cf. Cantalamessa)

Il faut donc avant tout veiller sur la vérité, la sincérité de notre cœur. « Il est vrai qu’il n’y a pas d’amour sans des œuvres d’amour, mais cette béatitude nous rappelle que le Seigneur demande un don de soi au frère qui vienne du cœur. […] Les désirs et les décisions les plus profonds, qui nous guident réellement, trouvent leur origine dans les intentions du cœur. » (Pape François) (par. 85

Jésus promet que ceux qui ont un cœur pur, qui n’est pas double ni hypocrite, « verront Dieu ». 

Quelle promesse qui donne courage et espérance!

 † Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(25e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 29 mars 2019

La personne sainte regarde et agit avec miséricorde

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ».
Il faut toujours revenir à l’affirmation que les béatitudes sont l’autoportrait du Christ. C’est sa vie qu’il faut contempler pour accueillir sa lumière sur la miséricorde. C’est en regardant Jésus agir, c’est en écoutant ses paroles que nous pouvons saisir qu’il existe « une miséricorde du cœur et une miséricorde des mains. » (Cantalamessa) Il s’agit des œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles.

Jésus reflète la miséricorde de Dieu envers les pécheurs. Il éprouve aussi de la pitié pour toutes les souffrances et nécessités humaines. L’évangéliste Matthieu dit de lui : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies. » (Matthieu 8, 17)

Pour sa part, le pape François commente (par. 80) cette béatitude en expliquant : « La miséricorde a deux aspects : elle consiste à donner, à aider, à servir les autres, et aussi à pardonner, à comprendre. »

Et le pape explicite : « Donner et pardonner, c’est essayer de reproduire dans nos vies un petit reflet de la perfection de Dieu qui donne et pardonne en surabondance. » C’est ce qu’enseigne l’évangéliste Luc. « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis. Donnez et l’on vous donnera » (6, 36-38).

Et Luc ajoute quelque chose que nous ne devrions pas ignorer : « De la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » « La mesure que nous utilisons pour comprendre et pour pardonner nous sera appliquée pour nous pardonner. La mesure que nous appliquons pour donner, nous sera appliquée au ciel pour nous récompenser. Nous n’avons pas intérêt à l’oublier. » (Pape François)

Oui, nous sommes tous des pécheurs pardonnés. Et nous avons intérêt à nous souvenir de cette parole que le Seigneur menace de nous dire lors du jugement : « Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j’ai eu pitié de toi? » (Matthieu  18, 33)

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(24e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 21 mars 2019

Une personne sainte recherche la justice avec faim et soif

« Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés »
 
Pour commenter cette béatitude, le pape François (par. 77-79) part des activités vitales de boire et de manger, qui répondent à notre besoin de survie. Et il ajoute : « Il y a des gens qui avec cette même intensité aspirent à la justice et la recherchent avec un désir vraiment ardent. »
 
La justice pratiquée dans notre monde est tant de fois entachée par des intérêts mesquins, manipulée d’un côté ou de l’autre. Il s’agit même parfois d’une justice marquée par la corruption, les multiples intérêts des groupes en présence où le plus fort impose ses vues au petit. « Et que de personnes souffrent d’injustices, combien sont contraintes à observer, impuissantes, comment les autres se relaient pour se partager le gâteau de la vie. […] Cela n’a rien à voir avec la faim et la soif de justice dont Jésus fait l’éloge. »
 
La justice dont parle Jésus peut avoir deux sens. Elle signifie d’abord cette énergie intérieure, cette vertu qui fait que le disciple de Jésus pose des œuvres de justice. Elle « commence à devenir réalité dans la vie de chacun lorsque l’on est juste dans ses propres décisions, et elle se manifeste ensuite, quand on recherche la justice pour les pauvres et les faibles. » (Pape François) Le précepte de l’amour du prochain « doit pousser les affamés de justice à se préoccuper des affamés de pain. Il s’agit du grand principe à travers lequel l’Évangile agit sur le plan social » (Cantalamessa)
 
Dans la Parole de Jésus, « le mot “justice” peut être synonyme de fidélité à la volonté de Dieu par toute notre vie, mais si nous lui donnons un sens très général, nous oublions qu’elle se révèle en particulier dans la justice envers les désemparés : “Recherchez le droit, redressez le violent! Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve!” (Is 1, 17). » (Pape François) (par. 79) La Parole de Dieu nous impose à vivre de l’amour et de la pitié qui doivent se traduire dans des actes, dans des œuvres de miséricorde.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(23e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 16 mars 2019

Le Seigneur est ma lumière et mon salut

Le beau refrain du psaume de la liturgie de ce deuxième dimanche du Carême se veut un signe révélateur de l’espérance qui nous mène vers la grande fête de Pâques. Oui, la lumière du Seigneur éclaire nos obscurités, nos temps de doute, notre soif de conversion et notre désir de renaître à une vie nouvelle, une vie au service de nos frères et de nos soeurs en humanité.   
 
La lumière est également une source de joie et d’espoir en ce temps de l’année où nous espérons des journées plus longues et ensoleillées. À la veille du printemps, la terre témoigne elle aussi de la vie qui refait surface sous l’épaisse couche de neige, du passage de la saison morte à la saison des bourgeons. Devant cette transformation, nous retrouvons courage et nous sommes émerveillés.
 
En laissant remonter dans notre cœur la mélodie de ce psaume, “Le Seigneur est ma lumière et mon salut”, n’est-il pas plus facile de comprendre la foi d’Abraham dans le Seigneur pour la descendance qui lui était promise. “Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux…” Et le Seigneur lui déclara: “Telle sera ta descendance!” L’alliance conclue entre le Seigneur et Abraham n’est-elle pas un signe évocateur que la bonté du Seigneur se traduit par des gestes concrets dans l’aujourd’hui de nos vies et pour les générations à venir. Oui, espérons et prenons courage, la lumière du Seigneur fait route avec nous pour le salut de chacun et chacune, spécialement des plus blessés.
 
René Laprise
Diacre permanent
(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

samedi 9 mars 2019

Une personne sainte sait pleurer avec les autres

« Heureux les affligés, car ils seront consolés »
 
Le pape François (par. 75-76) commente cette béatitude en montrant d’emblée qu’elle est en flagrante contradiction avec le style de jugement et de vie de notre monde. « Le monde nous propose le contraire : le divertissement, la jouissance, le loisir, la diversion, et il nous dit que c’est cela qui fait la bonne vie. L’homme mondain ignore, détourne le regard quand il y a des problèmes de maladie ou de souffrance dans sa famille ou autour de lui. Le monde ne veut pas pleurer : il préfère ignorer les situations douloureuses, les dissimuler, les cacher. Il s’ingénie à fuir les situations où il y a de la souffrance, croyant qu’il est possible de masquer la réalité, où la croix ne peut jamais, jamais manquer. »
 
Dieu est tendre et comme atteint par les larmes des siens. C’est ce que montre l’histoire du roi Ézékias (Isaïe 38, 1ss) devant sa mort. Il fondit en larmes et pria Dieu de le sauver. Par le prophète, Dieu lui manifeste que ses larmes l’ont ému et il le guérit. Ailleurs, il est affirmé que les larmes des veuves coulent sur les joues de Dieu! (cf Ben Sirac 35, 18)
 
Jésus nous montre le même chemin de la compassion et des larmes devant les afflictions diverses de notre monde. Il est bouleversé dans ses entrailles devant les larmes et la détresse de la veuve qui va enterrer son fils unique (Luc 7,11ss). Devant les larmes de Marie, la sœur de Lazare mort et mis au tombeau, « Jésus se mit à pleurer. » (Jean, 11, 29)
 
Paul reconnaît devoir pleurer sur les pécheurs, « sur bien des gens qui ont été autrefois dans le péché et qui ne se sont pas repentis de l’impureté, de l’inconduite et de la débauche qu’ils ont pratiquées. » (2 Corinthiens 12,21) Et par ailleurs, il exhorte ses jeunes chrétiens : « Pleurez avec ceux qui pleurent. »  (Romains 12, 15)
 
Le pape François commente pour nous aujourd’hui : « La personne qui voit les choses comme elles sont réellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur. […] Cette personne est consolée, mais par le réconfort de Jésus et non par celui du monde. Elle peut ainsi avoir le courage de partager la souffrance des autres et elle cesse de fuir les situations douloureuses. De cette manière, elle trouve que la vie a un sens, en aidant l’autre dans sa souffrance, en comprenant les angoisses des autres, en soulageant les autres. Cette personne sent que l’autre est la chair de sa chair, elle ne craint pas de s’en approcher jusqu’à toucher sa blessure, elle compatit jusqu’à se rendre compte que les distances ont été supprimées. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(22e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 1 mars 2019

Une personne sainte réagit avec une humble douceur

Heureux les doux, car ils possèderont la terre. »  (Matthieu 5, 5)
 
« C’est une expression forte, dans ce monde qui depuis le commencement est un lieu d’inimitié, où l’on se dispute partout, où, de tous côtés, il y a de la haine, où constamment nous classons les autres en fonction de leurs idées, de leurs mœurs, voire de leur manière de parler ou de s’habiller. » (Pape François) (par. 71) Notre monde prône un style de violence, de vanité et d’orgueil. Au contraire, Jésus interpelle : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. » (Matthieu 11, 29)
 
Ces paroles divines ne sont pas qu’une très haute leçon de vie morale. Elles dessinent l’autoportrait de Jésus. Ce sont « la personne et la vie du Christ qui font que ces béatitudes et tout le discours sur la montagne sont quelque chose de plus qu'une splendide utopie éthique; elles en font une réalisation historique dans laquelle chacun peut puiser sa force pour atteindre cette communion mystique qui le liera à la personne du Sauveur. Il ne s'agit pas uniquement de devoirs, mais de grâce. » (Cantalamessa)
 
Jésus, par toute sa vie et par sa mort, nous révèle un style de vie, celle des enfants de Dieu. Il est caractérisé par la douceur. Ce mot (douceur)  contient beaucoup de richesses. Pour les scruter, il faut d’une part faire le rapprochement entre les mots douceur et humilité; et d’autre part mettre en avant les dispositions intérieures d'où jaillira ce style de vie dans nos relations avec le prochain : affabilité, gentillesse. « Il s’agit de ces mêmes traits que l'Apôtre met en lumière lorsqu'il parle de charité : “La charité est longanime ; la charité est serviable; elle n'est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; elle ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas...” (1 Corinthiens 13, 4-5). » (Cantalamessa)
 
Paul mentionne ailleurs la douceur parmi les fruits de l’Esprit Saint (cf. Galates 5,23). Pierre pour sa part nous rappelle qu’il importe bien sûr de défendre sa foi et ses convictions, mais il faut le faire « avec douceur. » (1 Pierre 3, 16)
 
« La douceur est une autre expression de la pauvreté intérieure de celui qui place sa confiance seulement en Dieu. […] Les doux, indépendamment des circonstances, espèrent dans le Seigneur. » (Pape François, par. 74)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(21e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 22 février 2019

Une personne sainte est pauvre de cœur

Avant d’entrer dans la lecture du commentaire des béatitudes fait par le pape François (par. 65ss.), prenons conscience que ces divines paroles vont à contrecourant de ce qui se fait dans la société. Le monde nous conduit vers un autre style de vie. Les béatitudes ne sont pas des vérités légères ou superficielles, mais de sérieux appels à la conversion. « Nous ne pouvons les vivre que si l’Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous libère de la faiblesse de l’égoïsme, du confort, de l’orgueil. »
 
Ces paroles évangéliques sont à écouter avec respect et amour. Il faut permettre à Jésus de nous provoquer, de nous interpeller en vue d’un changement réel de vie.
« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux. ».
 
Qu’est-ce qui me donne le sentiment de sécurité? « En général, le riche se sent en sécurité avec ses richesses, et il croit que lorsqu’elles sont menacées, tout le sens de sa vie sur terre s’effondre. » C’est une attitude insensée, folle! Les richesses ne nous garantissent rien! Le disciple de Jésus fait comme son maître : mettre sa sécurité en Dieu le Père qui l’aime et veille avec bienveillance et bonne providence sur lui.
 
« Qui plus est, quand le cœur se sent riche, il est tellement satisfait de lui-même qu’il n’y a plus de place pour la Parole de Dieu, pour aimer les frères ni pour jouir des choses les plus importantes de la vie. Il se prive ainsi de plus grands biens. »
 
C’est à cette pauvreté du cœur que pense s. Ignace de Loyola quand il enseigne « la sainte indifférence », de telle manière que « nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste. »
 
« Heureux les pauvres de cœur! » Il s’agit d’une « disposition de l’âme faite d’une disponibilité totale à Dieu parce qu’elle vient d’une humble conviction de sa misère spirituelle. […] Le pauvre a mis tout son espoir dans le Seigneur. Être pauvre, c’est être avide de recueillir ce que Dieu dispense quand on se fait capacité d’accueil. »
 
Cette pauvreté d’esprit, de cœur, va me conduire à être pauvre tout court et à aider ceux et celles qui concrètement sont dans le besoin. C’est ce qu’enseigne Jésus dans Luc 6, 20. Le pape (par. 70) rappelle que c’est là une invitation à suivre notre Seigneur et Maître dans sa vie austère et dépouillée pour partager la vie des pauvres, « et en définitive à nous configurer à Jésus qui, étant riche, “s’est fait pauvre” (2 Corinthiens 8,9). »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(20e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 15 février 2019

Portrait de Jésus le Fils et le Saint

Le pape François, dans son grand document sur la sainteté (par. 63ss), traite des béatitudes. Il nous demande « de revenir aux paroles de Jésus et de recueillir sa manière de transmettre la vérité. » C’est avec une grande simplicité que Jésus y explique ce que veut dire être saint ou sainte : c’est son enseignement sur les béatitudes (cf. Matthieu 5, 3-12). « Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Donc, si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. » Le mot « bienheureux » y est synonyme de « saint ».
 
Les béatitudes sont des attitudes intérieures, au niveau du cœur, mais qui se traduisent dans des actes. Il s’agit d’attitudes permanentes, mais aussi de manières de vivre. Jésus nous y enseigne des façons de nous comporter dans nos relations avec Dieu et avec nos semblables. De telles attitudes sont le fruit et le signe de notre filiation divine. Car elles sont d’abord le portrait même de Jésus!
 
Il s’agit donc de se mettre à son école : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Matthieu 11, 28-30)
 
Jésus nous apprend alors à reconnaître la primauté de Dieu qui est notre Père et à vivre avec lui des relations confiantes, filiales : vivre avec un cœur humble et pauvre qui s’ouvre à Dieu. Il nous apprend aussi à vivre avec les autres des relations d’amour et de justice : vivre la miséricorde, la bienveillance, la non-violence et la douceur, être des bâtisseurs de paix. À l’école de Jésus, nous apprenons à vivre des relations dynamiques et bonnes avec Dieu et avec les autres.
 
En somme, les béatitudes sont les huit traits du visage spirituel de Jésus, le Fils éternel. En les vivant, grâce à l’œuvre de l’Esprit en nous, nous devenons nous aussi vraiment enfants du Dieu « trois fois Saint ». Voilà notre chemin de sanctification!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(19e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)