samedi 5 octobre 2019

Dans ma prière, me souvenir des miséricordes divines

Peuple choisi par Dieu et qui en a reçu le don d’une alliance avec lui au Sinaï (Exode 24,8), les descendants d’Abraham feront sans cesse mémoire dans leurs prières, et particulièrement dans les psaumes, des protections, des générosités, des pardons de son Allié. Et il saura adorer son Allié, lui rendre grâces pour tant de merveilles, solliciter son pardon et sa miséricorde.
 
Cela vaut aussi pour nous qui sommes en alliance avec le Père, grâce au sang de Jésus et par l’œuvre de l’Esprit. Par notre baptême, nous sommes devenus membres de la famille divine et nous vivons continuellement des dons généreux, merveilleux dont Dieu nous comble. Il faut savoir les identifier, les nommer et nous en réjouir, en rendre grâces, en faire mémoire.
 
Il nous est donc essentiel de faire mémoire, dans nos prières, de la bonté, de la miséricorde divines à notre égard, mais aussi à l’égard des autres, de tout ce que le Seigneur fait dans l’histoire de l’Église, dans la vie des peuples, dans les merveilles de la nature.
 
C’est ce qu’enseigne s. Ignace de Loyola aux personnes qui vivent les Exercices spirituels, par. 233-237. Après m’être mis en présence de Dieu, « je demanderai la connaissance intime de tant de bienfaits que j'ai reçus de Dieu, afin que dans un vif sentiment de gratitude, je me consacre sans réserve au service et à l'amour de sa divine Majesté. […] Je rappellerai à ma mémoire les bienfaits que j'ai reçus : ceux qui me sont communs avec tous les hommes, la Création, la Rédemption, et ceux qui me sont particuliers. […] Puis, faisant un retour sur moi-même, je me demanderai ce que la raison et la justice m'obligent de mon côté à offrir et à donner à sa divine Majesté, c'est-à-dire toutes les choses qui sont à moi et moi-même avec elles; et, comme une personne qui veut faire agréer un don, je dirai du fond de l'âme : prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon entendement et toute ma volonté; tout ce que j'ai et tout ce que je possède. Vous me l'avez donné, Seigneur, je vous le rends; tout est à vous, disposez-en selon votre bon plaisir. Donnez-moi votre amour; donnez-moi votre grâce : elle me suffit. »
 
« Puis je considérerai Dieu présent dans toutes les créatures : dans les éléments, leur donnant l'être; dans les plantes, leur donnant la végétation; dans les animaux, leur donnant le sentiment; dans les hommes, leur donnant l'intelligence. Il est en moi-même de ces différentes manières, me donnant tout à la fois l'être, la vie, le sentiment et l'intelligence. Il a fait plus : il a fait de moi son temple; et, dans cette vue, il m'a créé à la ressemblance et à l'image de sa divine Majesté. » Tous ces actes de mémoire deviendront les fils qui tisseront ma prière quotidienne.
 
Le pape François (par. 153) m’exhorte à prier ainsi : « Regarde ton histoire quand tu pries et tu y trouveras beaucoup de miséricorde. En même temps, cela alimentera ta conscience du fait que le Seigneur te garde dans sa mémoire et ne t’oublie jamais. Cela a donc un sens de lui demander d’éclairer encore les petits détails de ton existence, qui ne lui échappent pas. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(45e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

lundi 30 septembre 2019

Avent et Noël 2019 : déjà!

L’automne vient à peine de commencer avec les colories automnales et voilà qu’il est question du temps liturgique de l’Avent et de Noël. C’est ce que nous propose Novalis avec son nouveau carnet de retraite intitulé Au quotidien,  Avent et Noël 2019. Rédigé par Mgr Roger Ébacher, archevêque émérite de Gatineau, le carnet de retraite propose un texte par jour du 1er au 25 décembre 2019. Dans son texte de présentation du carnet, Mgr Ébacher nous invite à « être un lumignon, certes bien vacillant, mais rayonnant quand même de la joie tamisée de cette saison. » La Parole peut être notre bâton de marche et c’est cette espérance que l’auteur nous invite à vivre.
 
Les paroisses sont invitées à s’en procurer des copies pour l’offrir dans leur communauté. Voici le lien pour se procurer le carnet de prière.

vendredi 27 septembre 2019

Entrer dans les plaies du Seigneur et dans le cœur du prochain

Le pape François sait interpeler en « tu », et très vigoureusement. Je retiens deux exemples (par. 151-152), entre tellement d’autres. En deux courts paragraphes, il affirme comment toutes les deux sont nécessaires au cheminement vers la sainteté : la prière contemplation dans le silence et la prière qui n’éloigne pas des humains et de leurs besoins, mais rend toujours plus présents aux autres. Il faut cesser d’opposer contemplation et action, comme l’enseignait déjà le pape dans son homélie du 21 juillet 2013.
 
D’abord, la nécessité de longuement s’arrêter devant le visage du Christ pour entrer dans ses entrailles de tendresse et de miséricorde :
 
« J’ose donc te demander : Y a-t-il des moments où tu te mets en sa présence en silence, où tu restes avec lui sans hâte, et tu te laisses regarder par lui? Est-ce que tu laisses son feu embraser ton cœur? Si tu ne lui permets pas d’alimenter la chaleur de son amour et de sa tendresse, tu n’auras pas de feu, et ainsi comment pourras-tu enflammer le cœur des autres par ton témoignage et par tes paroles? Et si devant le visage du Christ tu ne parviens pas à te laisser guérir et transformer, pénètre donc les entrailles du Seigneur, entre dans ses plaies, car c’est là que la miséricorde divine a son siège. » (Le pape réfère au 61e sermon de s. Bernard sur le Cantique des Cantiques.)
 
Puis la prière qui nous rend frère, sœur des autres, capable de sentir leurs souffrances et de leur manifester tendresse et amour en actes :
 
« Mais je prie pour que nous ne considérions pas le silence priant comme une évasion niant le monde qui nous entoure. Le “pèlerin russe”, qui marchait dans une prière continue, raconte que cette prière ne le séparait pas de la réalité extérieure : Lorsqu’il m’arrivait de rencontrer des gens, ils me semblaient aussi aimables que s’ils avaient été de ma famille [...] Ce bonheur n’illuminait pas seulement l’intérieur de mon âme; le monde extérieur aussi m’apparaissait sous un aspect ravissant”. »
 
Comme tout ce document sur la sainteté et sur les chemins pour y parvenir, voilà deux petits paragraphes à bien méditer pour discerner ce que nous vivons!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(44e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

mardi 17 septembre 2019

La personne sainte a besoin de communiquer avec Dieu

Dans les textes précédents, j’ai résumé les quatre premières caractéristiques du style de vie auquel Jésus appelle ses disciples, selon le pape François :
-        Endurance, patience et douceur (112-121).
-        Joie et sens de l’humour (122-128).
-        Audace et ferveur (129-139).
-        En communauté (147-157).
-        Le pape en identifie une cinquième : une personne sainte est dotée d’un esprit de prière (« En prière constante ») (147-157).
 
Ce sont là cinq chemins de sanctification au ras de la vie quotidienne avec ses joies et ses peines, ses morts et ses résurrections.
 
Jésus, dès l’âge de douze ans, allait au temple avec ses parents pour prier. Jésus priait en allant sur les routes vers les pécheurs et les rejetés par la société. Jésus priait la nuit, seul sur la montagne. Jésus priait en présence de ses disciples et ainsi leur enseignait à prier. S. Jean nous apprend que la veille de sa mort, Jésus, levant les yeux au ciel, a fait une longue prière pour lui-même, pour ses disciples, pour toutes les personnes qui croiront en lui, donc pour chacun et chacune de nous. Jésus priait sur la croix.
 
Le pape est catégorique : « Je ne crois pas dans la sainteté sans prière, bien qu’il ne s’agisse pas nécessairement de longs moments ou de sentiments intenses. » (par. 147)
 
S’efforcer de vivre toujours en la présence de Dieu, ne pas se lasser de désirer Dieu, de l’adorer en tout, de toujours rendre grâces, même au milieu des diverses occupations de la vie ordinaire, des déboires, des croix : voilà le style de vie que l’Esprit œuvre de faire jaillir en nous, les disciples de Jésus qui veulent suivre leur Seigneur et Maître dans ce chemin de prière.
 
Mais pour que cela soit possible, « il faut aussi quelques moments uniquement pour Dieu, dans la solitude avec lui. » La prière est « un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé ». (Thérèse d’Avila) La prière confiante est une réaction du cœur qui s’ouvre à Dieu pour écouter la voix suave du Seigneur qui résonne dans le silence.
 
Et le pape nous exhorte avec fermeté : « J’ose donc te demander : Y a-t-il des moments où tu te mets en sa présence en silence, où tu restes avec lui sans hâte, et tu te laisses regarder par lui? Est-ce que tu laisses son feu embraser ton cœur? Si tu ne lui permets pas d’alimenter la chaleur de son amour et de sa tendresse, tu n’auras pas de feu, et ainsi comment pourras-tu enflammer le cœur des autres par ton témoignage et par tes paroles? Et si devant le visage du Christ tu ne parviens pas à te laisser guérir et transformer, pénètre donc les entrailles du Seigneur, entre dans ses plaies, car c’est là que la miséricorde divine a son siège. » (par. 151)
 
« Dans le silence, il est possible de discerner, à la lumière de l’Esprit, les chemins de sainteté que le Seigneur nous propose. […] Pour tout disciple, il est indispensable d’être avec le Maître, de l’écouter, d’apprendre de lui, d’apprendre toujours. Si nous n’écoutons pas, toutes nos paroles ne seront que du bruit qui ne sert à rien. » (par.150)
 
Comment de telles paroles me guident-elles pour discerner la qualité spirituelle et apostolique de ma vie quotidienne?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(43e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

dimanche 8 septembre 2019

Un appel au dépassement

Évangile de Jésus selon saint Luc (14, 25-33)
 
 « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » Si Jésus voulait attirer des personnes dans la foule qui le suivait, il plaçait la barre très haute pour les critères de recrutement. L’histoire ne précise pas si plusieurs personnes ont posé leur candidature. Mais la radicalité de Jésus trouve tout son sens dans la suite de son interpellation : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. »
 
Depuis les débuts des premières communautés chrétiennes, il y a eu beaucoup d’hommes et de femmes qui ont tout abandonné pour vivre et témoigner du message de Jésus. Il n’est pas rare d’avoir entendu le témoignage d’un oncle religieux ou d’une tante religieuse qui racontait comment il ou elle avait vécu sa coupure avec sa famille. Les règles ou modalités de la vie religieuse étaient parfois difficiles et souffrantes. La dimension missionnaire passait avant la dimension de la famille naturelle.
 
Et aujourd’hui, voyons-nous encore des disciples se lever pour marcher à la suite du Christ? Oui, même si la vie religieuse étonne parfois et pose question. Mais, il y a aussi plusieurs autres personnes qui font des choix radicaux dans leur style de vie pour militer pour la protection de l’environnement, la paix dans le monde, la défense des personnes marginalisées ou encore la défense des droits humains fondamentaux. C’est aussi ça être en résonnance avec l’Évangile.
 
En fait, porter sa croix à la suite de Jésus, c’est être capable de communier aux souffrances et aux joies de ses frères et sœurs en humanité.

René Laprise
Diacre permanent

(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

mardi 3 septembre 2019

La sanctification est un chemin communautaire

Nous connaissons les moines trappistes de Tibhirine qui se sont préparés ensemble au martyre. L’Église les a déclarés tous en même temps « bienheureux ». Nous connaissons aussi le couple Martin. Les deux époux ont été canonisés en même temps parce qu’ils ont vécu saintement la vie ordinaire des époux chrétiens. Beaucoup d’autres couples ne sont pas canonisés, mais pour qui la vie dans le mariage a été un instrument du Christ pour la sanctification de chaque conjoint.
 
Le pape François (par. 141) l’affirme sans hésitation : « La sanctification est un cheminement communautaire, à faire deux à deux. […] Vivre ou travailler avec d’autres, c’est sans aucun doute un chemin de développement spirituel. »
 
Que ce soit en famille, en paroisse, en communauté religieuse, la vie communautaire est faite de beaucoup de petits détails quotidiens. Le pape (par. 144) note que Jésus invitait ses disciples à prêter attention aux détails. Et il en donne une liste apte à attirer notre attention sur les petits détails de notre propre vie avec les autres :
 
« Le petit détail du vin qui était en train de manquer lors d’une fête.
Le petit détail d’une brebis qui manquait.
Le petit détail de la veuve qui offrait ses deux piécettes.
Le petit détail d’avoir de l’huile en réserve pour les lampes au cas où tarderait le fiancé.
Le petit détail de demander à ses disciples de vérifier combien de pains ils avaient.
Le petit détail d’avoir allumé un feu de braise avec du poisson posé dessus tandis qu’il attendait les disciples à l’aube. »
 
Autre exemple : non seulement dans le couple et dans la famille, mais dans toute communauté, doivent être employés généreusement, en vérité et avec cœur trois mots-clés (par. 133) : « s’il te plaît, merci, pardon ». Ce sont de telles petites attentions qui, vécues au bon moment, protègent et alimentent jour après jour l’amour dans la communauté. Les membres s’y protègent mutuellement. Et Jésus qui y est présent, protège et sanctifie ce lieu de vie ensemble et chacun de ses membres.
 
Car, à l’opposé de la tendance à l’individualisme consumériste qui finit par nous isoler dans la quête du bien-être en marge des autres, une telle vie communautaire est un véritable chemin de sanctification.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(42e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 29 août 2019

L’exemple des saintes et des saints

L’exemple premier et essentiel pour nous guider dans le chemin de la sanctification, c’est Jésus. Dans l’Évangile, nous le voyons, poussé sans cesse par l’Esprit Saint, cheminer « à travers villes et villages, prêchant et annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu » (Luc 8, 1). C’est ce que font à leur tour les Apôtres, après la résurrection de leur Seigneur. « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » (Marc 16, 20)  Par l’Esprit, ils sont rivés à Jésus ressuscité et évangélisent sans arrêt.
 
Tout au long de l’histoire de l’Église, des témoins nous révèlent que leur rencontre intime avec Jésus les a poussés sur les grands chemins du monde. Il y a certes, les missionnaires célèbres : François Xavier, les Saints Martyrs Canadiens, des milliers d’autres au 20e s.. Les saintes et saints sont des modèles de vie chrétienne, charitable, apostolique. En les canonisant, l’Église tente de nous réveiller de notre sommeil et de nous arracher à notre paresse.
 
Ouvrons les yeux et les oreilles de notre cœur pour nous laisser émouvoir par ce qui se passe autour de nous : là aussi, l’Esprit fait surgir des saints et des saintes! De nombreux prêtres, religieuses, religieux et laïcs se consacrent à évangéliser et à servir avec fidélité, souvent en risquant leurs vies et toujours au prix de leur confort. « Leur témoignage nous rappelle que l’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante. » (Pape François) (par. 138)
 
D’où l’exhortation si vive du pape : « Demandons au Seigneur la grâce de ne pas vaciller quand l’Esprit nous demande de faire un pas en avant; demandons le courage apostolique d’annoncer l’Évangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. De toute manière, laissons l’Esprit Saint nous faire contempler l’histoire sous l’angle de Jésus ressuscité. Ainsi, l’Église, au lieu de stagner, pourra aller de l’avant en accueillant les surprises du Seigneur. » (par. 139)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(41e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

mardi 20 août 2019

Disciples de Jésus et avec son Esprit, osons évangéliser

Devenir un saint, une sainte, c’est marcher à la suite de Jésus. Sa compassion profonde « l’incitait à sortir de lui-même avec vigueur pour annoncer, pour envoyer en mission, pour envoyer guérir et libérer. » (Pape François) (par. 131) Ouvrons les Évangiles. Partout, on constate que l’audace et le courage sont les caractéristiques de sa vie itinérante et missionnaire.
 
C’est la mission de l’Esprit de nous rendre « comme » Jésus, de nous faire participer à sa détermination tendre et fervente pour proclamer l’Évangile. Il nous pousse à sortir de nos sécurités, à aller vers qui est en mal d’espoir, de ressources, de relations. Il faut, comme l’Église nous l’enseigne, supplier l’Esprit de venir et de nous relancer sans cesse à la suite de Jésus : « Viens, Esprit Créateur… »
 
La première communauté chrétienne connaissait ce besoin de l’Esprit et savait intensément l’appeler par la prière. Pierre est en prison. Les disciples sont paralysés par la peur du danger mortel qui les menace. Ils réagissent en priant : « Seigneur, sois attentif à leurs menaces : donne à ceux qui te servent de dire ta parole avec une totale assurance. Étends donc ta main pour que se produisent guérisons, signes et prodiges, par le nom de Jésus, ton Saint, ton Serviteur. » Quand ils eurent fini de prier, « le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils disaient la parole de Dieu avec assurance. » (Actes des Apôtres 4, 29-31)
 
Il faut savoir reconnaître l’obstacle qui risque de nous faire tomber dans la médiocrité et de ne plus annoncer la Parole. « Nous avons en nous la tentation latente de fuir vers un endroit sûr qui peut avoir beaucoup de noms : individualisme, spiritualisme, repli dans de petits cercles, dépendance, routine, répétition de schémas préfixés, dogmatisme, nostalgie, pessimisme, refuge dans les normes. Peut-être refusons-nous de sortir d’un territoire qui nous était connu et commode. » (Pape François, par 134) Que l’Esprit nous pousse sans relâche « à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu, vers les périphéries et les frontières. Il nous conduit là où l’humanité est la plus blessée et là où les êtres humains, sous l’apparence de la superficialité et du conformisme, continuent à chercher la réponse à la question du sens de la vie. […] Jésus nous devance dans le cœur de ce frère, dans sa chair blessée, dans sa vie opprimée, dans son âme obscurcie. Il y est déjà. »
 
À nous d’y aller avec audace, de l’y reconnaître et de le servir : voilà notre chemin de sanctification! Et un jour, Jésus nous dira, à notre grand étonnement : « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi! » (Matthieu 25, 35-36)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(40e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

dimanche 11 août 2019

La sainteté est "parresia" pour évangéliser

Que signifie ce mot étrange : parresia? Loin d’être rare dans les écrits apostoliques, ce mot peut se traduire par audace, mais peut évoquer aussi plusieurs comportements dynamiques dans la vie d’un disciple de Jésus. Le pape François l’emploie souvent, particulièrement dans son texte sur la sainteté (par. 129-139). « Audace, enthousiasme, parler en toute liberté, ferveur apostolique, tout cela est compris dans le vocable parresía, terme par lequel la Bible désigne également la liberté d’une existence qui est ouverte, parce qu’elle se trouve disponible à Dieu et aux autres (cf. Ac 4, 29; 9, 28; 28, 31; 2 Co 3, 12; Ep 3, 12; He 3, 6; 10, 19). » (par. 129)
 
La personne qui suit Jésus reçoit en son cœur l’ordre toujours actuel de Jésus Ressuscité : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » (Jean 20, 21) Il souffle dans le cœur du croyant, de la croyante : « Recevez l’Esprit Saint. » Cette action de Jésus ressuscité, par laquelle il actualise sa promesse de présence avec les siens tous les jours, nous permet « de marcher et de servir dans cette attitude pleine de courage que suscitait l’Esprit Saint chez les Apôtres et qui les conduisait à annoncer Jésus-Christ. »
 
Un grand obstacle à l’évangélisation consiste dans le manque de parresía, de ferveur. C’est un engourdissement, une tiédeur qui vient du dedans et nous incite à nous endormir, nous ankyloser dans notre confort. C’est pourtant à tous ses disciples, donc à nous aujourd’hui qui voulons le suivre, que Jésus ordonne : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » (Luc 5, 4) Attachés à Jésus, nous aurons le courage de mettre tous nos charismes au service des autres. Et l’Esprit saura bien faire résonner au fond de notre conscience cette parole qui a jailli du cœur de saint Paul : « Malheur à moi si je n'annonçais pas l’Évangile! » (1 Co 9,16)
 
Jésus doit être toujours notre modèle, notre guide, nous infusant sans cesse son Esprit. Sa compassion profonde ne le paralysait pas dans la peur. Elle l’incitait « à sortir de lui-même avec vigueur pour annoncer, pour envoyer en mission, pour envoyer guérir et libérer. Reconnaissons notre fragilité mais laissons Jésus la saisir de ses mains et nous envoyer en mission. Nous sommes fragiles mais porteurs d’un trésor qui nous grandit et qui peut rendre meilleurs et plus heureux ceux qui le reçoivent. L’audace et le courage apostoliques sont des caractéristiques de la mission. » (par. 131)
 
Quand une personne annonce l’Évangile avec une telle audace, c’est un signe que l’Esprit verse dans son cœur une confiance inébranlable dans la fidélité de Jésus et dans l’amour de Dieu pour elle. C’est ainsi que l’Esprit poursuit l’œuvre de Jésus dans notre monde, dans nos vies!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(39e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

dimanche 4 août 2019

La personne sainte a le sens de l’humour

Consentir humblement et en paix à la vie avec son stress et ses heurts de toutes sortes est un don de Jésus qui vient pacifier les cœurs. Lui seul peut nous libérer « de cette agressivité qui jaillit d’un ego démesuré. » (pape François) (par. 121) Il est alors possible de vivre avec une belle assurance intérieure et de supporter les contradictions de toutes sortes.
 
« Ce qui a été dit jusqu’à présent n’implique pas un esprit inhibé, triste, aigri, mélancolique ou un profil bas amorphe. Le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. Sans perdre le réalisme, il éclaire les autres avec un esprit positif et rempli d’espérance. » (par. 122)
 
Ordinairement, la joie chrétienne est accompagnée du sens de l’humour. Le pape François nous présente d’abord Thomas More comme un modèle de saint qui sait vivre avec humour. Il cite même intégralement une de ses prières pleines d’humour :
 
« Donne-moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer. Donne-moi la santé du corps avec le sens de la garder au mieux. Donne-moi une âme sainte, Seigneur, qui ait les yeux sur la beauté et la pureté, afin qu’elle ne s’épouvante pas en voyant le péché, mais sache redresser la situation. Donne-moi une âme qui ignore l’ennui, le gémissement et le soupir. Ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle “moi”. Seigneur, donne-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres. » (source)
 
Le pape donne aussi en exemple saint Philippe Néri. Voici quelques traits de cet humour si souriant et si brûlant! À quelqu’un qui l’interroge sur l’opportunité de porter un cilice, il répond : « Certainement, mais au-dessus des vêtements ». À un autre qui l’entretient des transports mystiques d’une très pieuse jeune fille, il réagit : « Qu’on la marie! » (sens de l'humour)
 
Après son bref texte sur l’humour, le pape François revient sur la joie. C’est là un autre signe qu’est profondément ancrée dans son cœur la certitude que la joie est la caractéristique de la personne qui croit en Jésus et le suit.
 
Dieu « nous veut positifs, reconnaissants et pas trop compliqués. […] En toute circonstance, il faut garder un esprit souple. […] C’est ce que vivait saint François d’Assise, capable d’être ému de gratitude devant un morceau de pain dur, ou bien, heureux de louer Dieu uniquement pour la brise qui caressait son visage. » (par. 127)
 
Cette joie se vit non pas dans une consommation individualiste et égocentrique. Elle le vit dans la communion et le partage. « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Corinthiens 9,7).
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(38e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

mardi 30 juillet 2019

« Un saint triste est un triste saint »

Ce proverbe tiré des écrits de s. François de Sales dit en négatif ce que le pape François répète sans cesse en positif. Le titre de son exhortation apostolique Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse le montre bien, comme d’ailleurs les titres de tous ses textes majeurs (sauf le premier : Lumen Fidei). Le même thème est développé dans de très nombreux textes d’homélie et de discours lors des audiences du mercredi.
 
Continuant à exposer ce qu’est la sainteté chrétienne (par. 122-124), le pape nous donne un riche résumé des enseignements bibliques sur la joie.
 
Les prophètes annonçaient le temps du Messie comme une explosion de joie : « Pousse des cris de joie, des clameurs » (Isaïe 12, 6). Le même prophète exhorte la nature à participer à la joie du peuple qui attend le Messie : « Que les montagnes poussent des cris, car le Seigneur a consolé son peuple, il prend en pitié ses affligés » (49, 13). Et Zacharie exhorte le peuple à une joie exubérante : « Exulte avec force, fille de Sion! Crie de joie, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble. »
 
Marie enceinte de Jésus actualise dans sa rencontre avec Élisabeth cette joie promise et enfin arrivée : « Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur. » (Luc 1,47) Quand Jésus passait, « la foule était dans la joie » (Luc 13, 17). Après sa résurrection, Jésus va rejoindre ses amis angoissés et terrés. Il leur dit : « La paix soit avec vous! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » (Jean 20, 20-22) Dans son testament, Jésus donne aux siens l’assurance que sa joie sera vivante et active dans ses disciples et que rien ne pourra la leur enlever!
 
Cet échantillon bien court peut toutefois suffire à qui veut saisir que, selon la Parole de Dieu, la joie est une dimension essentielle de toute vie chrétienne, de toute marche vers la sainteté. Méditer ces textes ou d’autres de la bible sur la joie réveille en nous cette source inépuisable de joie qu’est l’Esprit du Ressuscité. Car la joie est un merveilleux fruit que l’Esprit entretient dans le cœur des disciples de Jésus qui se comportent comme frères et sœurs en Église et responsables de l’amour des plus faibles, des plus marginalisés autour d’eux.
 
Notre pape rayonne de cette joie qu’il nous enseigne : il en témoigne par son visage et ses gestes.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(37e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 20 juillet 2019

Une personne sainte est humble

Une forme subtile de violence dans notre société consiste à regarder les autres de haut, à les juger et à passer son temps à leur donner des leçons. Mieux vaut, pour la paix, se réjouir du bien d’autrui, surtout des personnes qui nous reviennent le moins. Sans une telle attitude, impossible de croître dans la charité et donc de marcher sur le chemin de la sainteté. Car pas de charité sans humilité!
 
Le pape François (par. 117-121) commente les défis et combats de qui veut suivre Jésus qui est doux et humble de cœur. « L’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations. Sans elles, il n’y a ni humilité ni sainteté. Si tu n’es pas capable de supporter et de souffrir quelques humiliations, tu n’es pas humble et tu n’es pas sur le chemin de la sainteté. »
 
« La sainteté que Dieu offre à son Église vient à travers l’humiliation de son Fils. Voilà le chemin! L’humiliation te conduit à ressembler à Jésus, c’est une partie inéluctable de l’imitation de Jésus-Christ : “Le Christ […] a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces” (1 Pierre 2, 21). Pour sa part, il exprime l’humilité du Père qui s’humilie pour marcher avec son peuple, qui supporte ses infidélités et ses murmures. »
 
Le pape commente ensuite les « humiliations quotidiennes de ceux qui se taisent pour sauver leur famille, ou évitent de parler bien d’eux-mêmes et préfèrent louer les autres au lieu de se glorifier, choisissent les tâches les moins gratifiantes, et même préfèrent parfois supporter quelque chose d’injuste pour l’offrir au Seigneur. » Une personne humble, c’est-à-dire libérée de l’égocentrisme, peut oser discuter gentiment, réclamer la justice ou défendre les faibles face aux puissants, bien que cela lui attire des conséquences négatives pour son image.
 
L’humiliation n’est pas une chose agréable. Mais c’est « un chemin pour imiter Jésus et grandir dans l’union avec lui. Cela ne va pas de soi et le monde se moque d’une pareille proposition. C’est une grâce qu’il nous faut demander : “Seigneur, quand arrivent les humiliations, aide-moi à sentir que je suis derrière toi, sur ton chemin”. »
 
Cette attitude suppose un cœur libéré de cette agressivité qui jaillit d’un ego démesuré. C’est là l’œuvre du Christ et de l’Esprit qui permet de persévérer à faire le bien au milieu des obstacles, des rejets, des risques des toutes sortes. C’est cette assurance intérieure qui permet au psalmiste de se coucher avec un cœur pacifié et de bien dormir : « Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d'habiter, Seigneur, seul, dans la confiance. » (Psaume 4,9)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(36e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 13 juillet 2019

Une personne sainte intervient avec douceur dans les médias sociaux

Notre société est violente. Il ne s’agit pas toujours d’actes mortifères, bien qu’il y en ait trop! Mais la violence, surtout verbale, est partout, et marque particulièrement certains domaines.
 
Il suffit de conduire une automobile pour constater la brusquerie, les manques de civilité qui y règnent souvent. Pensons aux crises de « rage au volant » qui conduisent à des altercations, des insultes, souvent des provocations et même parfois des morts.
 
Et le domaine des médias sociaux, domaine favorable à l’expression sans retenue des émotions et des sentiments, devient une tentation pour des déferlements de violence verbale. Le pape François (par. 115) commente cette situation.
 
« Les chrétiens aussi peuvent faire partie des réseaux de violence verbale sur Internet et à travers les différents forums ou espaces d’échange digital. Même dans des milieux catholiques, on peut dépasser les limites, on a coutume de banaliser la diffamation et la calomnie, et toute éthique ainsi que tout respect de la renommée d’autrui semblent évacués. » On écrit ou dit sur ces réseaux des choses « qui ne seraient pas tolérables dans la vie publique, et on cherche à compenser ses propres insatisfactions en faisant déferler avec furie les désirs de vengeance. »
 
On y ignore trop souvent le huitième commandement de Dieu : « Ne pas porter de faux témoignage, ni mentir », et, commente le pape, « on détruit l’image de l’autre sans pitié. » Mettre de côté tout principe éthique, et en particulier le respect dû à la dignité de toute personne et le respect de la vérité, ouvre les vannes pour un déferlement de violence verbale qui peut plonger certaines personnes dans une détresse qui va jusqu’à conduire au suicide.
 
Rester fermement unis à Jésus donne une force intérieure qui « nous préserve de la contagion de la violence qui envahit la vie sociale, car la grâce apaise la vanité et rend possible la douceur du cœur. Le saint ne consacre pas ses énergies à déplorer les erreurs d’autrui; il est capable de faire silence devant les défauts de ses frères et il évite la violence verbale qui dévaste et maltraite. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(35e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 6 juillet 2019

Une personne sainte est patiente

Nous vivons dans un monde où abondent les occasions de stress, de violence physique ou verbale. Comment une personne qui veut suivre Jésus peut-elle y vivre avec la paix dans le cœur?
 
Le pape François (par. 112-114) nous aide à examiner cette question, pour le plus grand profit de relations pacifiées avec notre milieu social et ecclésial. Cette situation appelle de la patience, de l’endurance, de la douceur.
 
L’attitude essentielle exigée dans ces situations est de demeurer dans la main de Dieu. Jésus nous révèle que Dieu le Père nous aime et nous soutient; et il nous demande de lui faire totalement confiance. « Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi? Ne vous faites donc pas tant de souci. […] Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même; à chaque jour suffit sa peine. » (Matthieu 6, 30-34)
 
« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? », atteste s. Paul (Romains 8, 31). Rester centré sur Dieu qui nous aime donne une force intérieure qui rend capable « d’endurer, de supporter les contrariétés, les vicissitudes de la vie, et aussi les agressions de la part des autres, leurs infidélités et leurs défauts. […] Voilà la source de la paix qui s’exprime dans les attitudes d’un saint. Grâce à cette force intérieure, le témoignage de sainteté, dans notre monde pressé, changeant et agressif, est fait de patience et de constance dans le bien. »
 
S’appuyer sur Dieu rend apte à vivre des relations pacifiques et fidèles envers les humains. Qui tient fermement à Dieu n’abandonne pas dans les moments difficiles : il ne se laisse pas mener par l’anxiété et reste aux côtés des autres qui souffrent.
 
Saint Paul demande aux chrétiens de ne « rendre à personne le mal pour le mal » (Romains 12,17). Il ne faut pas se faire justice à soi-même, ni se laisser vaincre par le mal, mais à être vainqueur « du mal par le bien ». Cette attitude n’est pas un signe de faiblesse, mais une participation à la force de Dieu qui est « lent à la colère ». La Parole de Dieu nous met en garde : « Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes » (Éphésiens 4, 31-32).
 
La marche qui est sanctifiante est une lutte face à nos penchants agressifs ou égocentriques. Pour garder la paix du cœur quand des circonstances nous accablent, il faut recourir à la prière de supplication par laquelle nous demeurons bien reliés aux mains de Dieu, force de sécurité et source de la paix : « N’entretenez aucun souci; mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées » (Philippiens 4, 6-7).
 
La confiance en Dieu qui nous aime et nous soutient pacifie nos attitudes et nos relations.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(34e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

dimanche 30 juin 2019

Être solidement axé sur Dieu

Nous connaissons les moyens généraux de sanctification traditionnellement enseignés et pratiqués dans l’Église : les différentes formes de prière, chacun des sacrements et en particulier l’Eucharistie et de la Réconciliation, l’offrande des sacrifices imposés par la vie quotidienne en union avec Jésus crucifié, les diverses formes de dévotion populaire, la direction spirituelle ou encore les Exercices de s. Ignace, etc.
 
Le pape François, dans son magnifique texte sur la sainteté (par. 110-157), présuppose ces moyens de sanctification. Il choisit de se référer uniquement à quelques aspects de notre temps qui interfèrent avec l’appel à la sainteté et dont il faut particulièrement tenir compte dans le cheminement d’une vie de foi.
 
Le pape explicite son projet : « Ces caractéristiques que je voudrais souligner ne sont pas toutes celles qui peuvent composer un modèle de sainteté, mais elles sont au nombre de cinq, les grandes manifestations de l’amour envers Dieu et le prochain. » Nous examinerons ces cinq points dans les textes qui vont suivre.
 
Le pape les privilégie parce qu’il les « considère d’une importance particulière, vu certains risques et certaines limites de la culture d’aujourd’hui. Dans cette culture se manifestent : l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse et nous affaiblit; la négativité et la tristesse; l’acédie commode, consumériste et égoïste; l’individualisme et de nombreuses formes de fausse spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel. » (par. 111)
 
Cette énumération sommaire veut nous aider à nous situer face à notre milieu culturel, social et religieux, ainsi que face à ce que chacun vit intérieurement de résistances ou de réticences quand il sent que l’Esprit tente de l’attirer que Dieu et vers le prochain. Car la sainteté consiste foncièrement à être solidement axé sur Dieu et son grand commandement de l’amour en acte de tout être humain, surtout du plus rejeté, devenu un déchet dans notre société de consommation et du gaspillage.
 
D’où la nécessité de prier l’Esprit Saint qui continue l’œuvre de Jésus ressuscité dans le cœur et la vie des croyants et croyantes, et ainsi « achève toute sanctification. » (Prière eucharistique IV)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(33e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

lundi 24 juin 2019

Marcher avec son Dieu

Je lis dans le prophète Michée (6, 1-8) que Dieu s’adresse à son peuple comme à son allié. Telle est bien la situation depuis que Dieu s’est manifesté sur le Sinaï, et, par l’intermédiaire Moïse, a fait alliance avec ce peuple qu’il a tiré de l’esclavage égyptien (Exode 24,3-8). Mais cet allié n’a pas tenu son serment! Et Dieu lui fait un procès. Il l’appelle à la conversion et à la fidélité!
 
N’est-ce pas mon cas? Je suis bien en alliance avec Jésus et, par lui avec le Père, de par l’œuvre de l’Esprit. Cette alliance que Jésus a conclue sur la croix par son sang, j’ai consenti à y entrer par la foi et le baptême. Mais depuis?
 
C’est une grande grâce que l’Esprit me fasse un procès, cherchant à réveiller ma conscience! Il me rappelle les bienfaits et merveilles que le Père et Jésus ont multipliés pour moi depuis ma naissance, depuis mon baptême. Et au nom du Père et du Fils, il m’interpelle : « Que t’ai-je fait? En quoi t’ai-je fatigué? Réponds-moi. » Dieu est-il vraiment si exigeant à mon égard? Est-ce si difficile de le contenter? Que réclame-t-il de moi?
 
Il me le dit par son prophète. « On t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. »
 
Dieu réclame de moi une conversion du cœur. Dans un élan d’amour miséricordieux, il réclame que je le reconnaisse comme mon Allié toujours fidèle malgré mes infidélités.
 
Mais il réclame surtout que je reconnaisse comme un frère, une sœur, les personnes autour de moi, surtout celles qui subissent des injustices, qui sont écrasées par la pauvreté alors que je suis dans l’aisance. Il exige que je me révolte contre tout ce qui blesse, bafoue, humilie ses enfants : contre les multiples formes d’esclavage moderne, contre l’accaparement des biens de cette terre, contre la destruction de notre maison commune, notre terre, unique jardin pour tous et toutes.
 
Pour m’y entraîner, il a envoyé son Fils, son Bien-Aimé qui s’est fait homme pour m’indiquer par ses paroles et ses exemples le chemin de la sanctification, de la vie, du bonheur. Il a été consacré par l’onction spirituelle, afin de « porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » (Luc 4, 18-19)
 
Le Père me demande de marcher avec son Fils Jésus qui a toujours fait la volonté de son Père. N’a-t-il pas déclaré : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. » (Jean 4, 34) C’est à moi qu’il dit : « Écoute-le! »
 
Père, que ton nom soit sanctifié en moi, que ton règne vienne en moi, que ta volonté soit faite dans tous les aspects de ma vie!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(32e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)