vendredi 9 novembre 2018

Tu es appelé à la sainteté

On peut être porté à penser que la sainteté est réservée à certaines catégories de membres de l’Église : papes, évêques, religieuses et religieux, personnes contemplatives. La Bible nous enseigne que ce n’est pas le cas : elle nous fait connaître une multitude de ces personnes, toutes différentes, appelées à la sainteté. Chaque appel diffère et est ajusté à la personnalité de celui ou celle appelés à suivre un chemin, son chemin de sanctification.
 
C’est ce que le pape François explicite bien : « Il y a des témoins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pour que nous les copiions, car cela pourrait même nous éloigner de la route unique et spécifique que le Seigneur veut pour nous. Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1 Corinthien 12,7) et qu’il ne s’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui. » (par. 11)
 
Ce qui importe, c’est que chacun progresse dans les chemins de la sainteté en réalisant « ce projet unique et inimitable que Dieu a voulu pour lui de toute éternité. »
 
Les saints ne sont pas copiés les uns sur les autres. Chacun est unique : Dieu le veut ainsi de toute éternité et lui donne les grâces pour répondre à cet appel unique, personnalisé, différent de tous les autres.
 
Certes, les saintes et saints qui nous ont précédés peuvent nous inspirer, nous stimuler dans notre marche. Mais nous n’avons pas à prétendre les reproduire en nous. Chaque personne croyante est une œuvre unique façonnée par l’Esprit de Jésus ressuscité selon le plan d’amour éternel du Père. À chacune, à chacun de collaborer dans la foi amoureuse à cette œuvre divine.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(7e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 2 novembre 2018

« Les saints de la porte d’à côté »

C’est là une belle expression du pape François (par. 6) pour parler des saintes et des saints que nous côtoyons quotidiennement, hélas souvent sans nous en rendre compte. Il les qualifie aussi de « la classe moyenne de la sainteté. » De qui s’agit-il?
 
Le pape l’a expliqué lors de l’angélus du 1er novembre 2015. Ce sont les personnes « qui se sont efforcées, avec la grâce de Dieu, d’appliquer l’Évangile dans leur vie normale de tous les jours. Des saints comme ça, on en a rencontré nous aussi; peut-être en avons-nous eu un dans notre famille, ou bien parmi nos amis et connaissances. Nous devons leur être reconnaissants, mais surtout être reconnaissants à Dieu qui nous les a donnés, qui les a mis près de nous, comme des exemples vivants et contagieux d’une manière de vivre et de mourir, fidèles au Seigneur Jésus et à son Évangile. »
 
Depuis très longtemps, je suis convaincu que dans chaque paroisse, dans chaque communauté, si petite soit-elle, il y a des saints. Ne dit-on pas : « Un tel, c’est un vrai saint! » Nous en côtoyons tous les jours. Ces personnes sont des exemples qui nous enseignent comment vivre un aspect ou l’autre de l’Évangile.
 
Ces personnes ne seront sans doute pas canonisées. Mais elles doivent nous inspirer durant leur vie et continuer, après leur mort, à vivre dans le mémoire et dans le cœur des personnes qui les ont côtoyées, ont vu leur qualité de vie chrétienne, leur foi, leur espérance, leur charité, leur bonté, leur patience, leur générosité.
 
Le pape ajoutait : « Imiter leurs gestes d’amour et de miséricorde est un peu comme perpétuer leur présence sur cette terre. Et en effet, ces gestes évangéliques sont les seuls qui résistent à la destruction de la mort : un geste de tendresse, une aide généreuse, un moment passé à écouter, une visite, une bonne parole, un sourire… À nos yeux ces gestes peuvent sembler insignifiants, mais aux yeux de Dieu ils sont éternels, car l’amour et la compassion sont plus forts que la mort. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(6e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 26 octobre 2018

Communiquer avec les saints

Nous trouvons un bel exemple de cette communication entre les saints et saintes et nous qui œuvrons, souvent dans la peine, à faire la volonté de Dieu sur cette terre. Rappelant l’affirmation rassurante de l’Apocalypse 6,9-10 que les saints prient Dieu pour nous, surtout dans nos moments de souffrances et de détresses, le pape François affirmait et explicitait : « Les saints qui sont déjà parvenus en la présence de Dieu gardent avec nous des liens d’amour et de communion. » (par. 4
 
Il convient ici de lire longuement le beau témoignage du pape Benoit XVI, donné lors de l’inauguration de son ministère papal. Il commente les litanies des saints chantées lors des funérailles de Jean-Paul II, durant le conclave, puis lors de cette messe d’inauguration.
 
« Chaque fois, de manière toute particulière, j’ai ressenti, pendant cette prière chantée, une grande consolation. Combien nous nous sommes-nous sentis abandonnés après le départ de Jean-Paul II! Pendant plus de 26 ans, ce Pape a été notre pasteur et notre guide sur le chemin à travers ce temps. Il a franchi le seuil vers l’autre vie – entrant dans le mystère de Dieu. Mais il n’accomplissait pas ce passage tout seul. Celui qui croit n’est jamais seul – il ne l’est pas dans la vie, et pas même dans la mort. À ce moment-là, nous avons pu invoquer les saints de tous les siècles – ses amis, ses frères dans la foi, sachant qu’ils ont été le cortège vivant qui l’a accompagné dans l’au-delà, jusqu’à la gloire de Dieu. […] De nouveau, nous avons été consolés alors que nous accomplissions l’entrée solennelle en conclave pour élire celui que le Seigneur avait choisi. Comment pouvions-nous reconnaître son nom? Comment 115 Évêques, provenant de toutes les cultures et de nombreux pays, pouvaient-ils trouver celui auquel le Seigneur désirait conférer la mission de lier et de délier? Encore une fois, nous le savions : nous savions que nous n’étions pas seuls, nous nous savions entourés, conduits et guidés par les amis de Dieu. Et maintenant, en ce moment, moi-même, fragile serviteur de Dieu, je dois assumer cette charge inouïe, qui dépasse réellement toute capacité humaine. Comment puis-je faire cela? Comment serai-je en mesure de le faire? Vous tous, chers amis, vous venez d’invoquer la troupe innombrable des saints, représentés par certains des grands noms de l’histoire de Dieu avec les hommes. De cette manière, se ravive aussi en moi cette conscience : je ne suis pas seul. Je ne dois pas porter seul ce que, en réalité, je ne pourrais jamais porter seul. La troupe des saints de Dieu me protège, me soutient et me porte. Et votre prière, chers amis, votre indulgence, votre amour, votre foi et votre espérance m’accompagnent. En effet, à la communauté des saints n’appartiennent pas seulement les grandes figures qui nous ont précédés et dont nous connaissons les noms. Nous sommes tous la communauté des saints, nous, les baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, nous qui vivons du don de la chair et du sang du Christ, par lesquels il a voulu nous transformer et nous rendre semblables à lui. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(5e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 18 octobre 2018

Une nuée de témoins

L’auteur de la lettre aux Hébreux, au chapitre 12 nous donne un émouvant portrait de la multitude des saintes et saints qui ont marqué l’histoire du peuple de Dieu. Et il signale que, mortes, ces personnes continuent à nous environner, à nous soutenir et à nous fortifier dans notre marche vers le but de notre vie : être des saints et des saints pour toujours chez le Père, avec Jésus. D’où l’interpellation : « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée. »
 
Lisons le beau commentaire du pape François :
« On y parle d’Abraham, de Sara, de Moïse, de Gédéon et de plusieurs autres (cf. 11, 1-12, 3) et surtout on nous invite à reconnaître que nous sommes enveloppés “d’une si grande nuée de témoins” (12, 1) qui nous encouragent à ne pas nous arrêter en chemin, qui nous incitent à continuer de marcher vers le but. Et parmi eux, il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2 Tm 1, 5). Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur. » (par. 3)
 
Ouvrons les yeux. Activons notre mémoire. Souvenons-nous des personnes qui nous ont aidés, accompagnés, soutenus avec patience, pardonnés avec grande bonté au cours de nos années passées. Elles sont maintenant décédées. Ne sont-elles pas toujours des témoins vivants pour moi? Des témoins qui me parlent au cœur? Garder leur souvenir m’aide-t-il à entendre l’appel de Jésus à grandir dans ma vie chrétienne et à y répondre?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(4e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 12 octobre 2018

Une multitude

Il n’y a pas que les personnes qui ont été déclarées vénérables, bienheureuses ou qui ont été canonisées par l’Église qui sont au ciel. Il existe une multitude de saintes et de saints que personne ne peut compter!
 
En fait, Dieu nous veut tous et toutes saints éternellement devant lui. Il nous veut pour toujours avec lui. Être des saints, c’est « la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. » (par. 1)
 
Partout dans la Bible, et sous diverses formes, Dieu fait entendre cet appel à la sainteté. C’est déjà ce qu’il proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Genèse 17, 1).
 
Nous apprenons à connaître en particulier par les célébrations liturgiques, mais aussi par les livres de piété ou des revues religieuses, les noms et la vie de saintes et de saints. Il s’agit alors de personnes béatifiées ou canonisées. Elles ont vécu les vertus chrétiennes d’une façon héroïque, allant parfois jusqu’au martyre pour tenir bon dans leur témoignage pour Jésus. Elles ont aussi donné d’une façon exemplaire leur vie dans l’amour et le service des autres, surtout des plus démunis. « Ce don exprime une imitation exemplaire du Christ et est digne d’admiration de la part des fidèles. » (par. 5)
 
Mais prenons le temps de regarder les personnes défuntes de notre famille, de notre parenté, de notre entourage. Sommes-nous capables d’identifier des personnes dignes d’être considérées comme vénérables ou saintes par la qualité de leur vie? Osons-nous leur demander de prier pour nous?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(3e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 6 octobre 2018

Appel à la joie

Je profite de la publication du texte du pape François Gaudete et exsultate pour rappeler la grande place que le pape reconnaît à la joie dans la vie chrétienne. Nous connaissons les grands textes de notre pape qui parlent de joie dans leur titre même. Mais le pape a parlé de la joie dans de multiples autres occasions.
 
Je ne retiens qu’un exemple. Le pape s’adresse à de futurs prêtres : « La vraie joie ne vient pas des choses, du fait d’avoir, non! Elle naît de la rencontre, de la relation avec les autres, elle naît du fait de se sentir acceptés, compris, aimés, du fait d’accepter, de comprendre et d’aimer, et ceci non pas en raison de l’intérêt d’un moment, mais parce que l’autre, homme, femme, est une personne. La joie naît de la gratuité d’une rencontre! C’est s’entendre dire : “Tu es important pour moi” […] En vous appelant, Dieu vous dit : “Tu es important pour moi, je t’aime, je compte sur toi”. Jésus dit ceci à chacun de nous! C’est de là que naît la joie! La joie du moment où Jésus m’a regardé. Comprendre et sentir cela est le secret de notre joie. Se sentir aimé de Dieu, sentir que pour lui nous ne sommes pas des numéros, mais des personnes, et sentir que c’est Lui qui nous appelle. […] N’ayez pas peur de montrer votre joie d’avoir répondu à l’appel du Seigneur, à son choix d’amour, et de témoigner de son Évangile dans le service de l’Église. Et la joie, la vraie, est contagieuse, elle contamine. » (document du Pape)
 
Il est bon de nous rappeler cette joie alors que nous entrons dans la méditation du texte du pape qui nous fait entendre l’appel d’amour de Jésus qui nous veut toutes des saintes, des saints.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(2e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 28 septembre 2018

Ce n’est pas un concours de popularité

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (9, 38-43.45.47-48)
 
Avec l’arrivée du mois d’octobre se termine la campagne électorale au Québec. Depuis quelques semaines, les candidats et candidates des partis politiques ont fait campagne pour se faire connaître. Nous les avons vus sur des affiches, dans les médias, dans les rassemblements publics ou encore nous les avons accueillis à notre porte. Ils veulent partager leurs idées et leurs projets et ainsi offrir leur disponibilité à servir. Le rôle d’un élu est donc d’abord de servir et non un concours de popularité.
 
Depuis quelques dimanches, les textes de l’évangile selon saint Marc nous font découvrir que l’action d’évangéliser n’est pas non plus un concours de popularité, mais une mission de service, dans la simplicité, le respect et l’humilité. « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » disait Jésus à ses disciples. Jésus donne ici l’attitude profonde et essentielle pour ceux et celles qui veulent marcher à sa suite. L’annonce de la Bonne nouvelle passe par des gestes d’amour, de miséricorde, de partage et d’espérance envers les plus petits, sans tambour ni trompette.
 
L’évangile de ce dimanche est également un rappel que la mission d’évangéliser n’est pas uniquement l’affaire de ceux qui suivent Jésus. Pour le Christ, celui qui fait un miracle en son nom ne peut pas parler en mal de lui. Il dira à ses disciples, « celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». Ainsi, chacun et chacune, selon ses talents et ses dons, peut contribuer à la mission d’évangélisation pour la construction d’un monde de justice et de paix.
 
René Laprise
Diacre permanent
(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

dimanche 23 septembre 2018

« Soyez dans la joie…! »

Ce titre nous fait penser au pape François! Un des grands thèmes de son pontificat est bien la joie. Il y revient constamment, soit comme un appel, soit comme le fruit d’une vie chrétienne vécue sous la mouvance de l’Esprit.
 
Le 19 mars 2018, en la fête de saint Joseph, ce grand et humble saint que le pape affectionne, il a signé un texte intitulé : Soyez dans la joie et l’allégresse. C’est sa troisième exhortation apostolique, après La joie de l’Évangile (dans laquelle le pape faisait connaître au monde les grandes lignes de ce que sera son pontificat) et La joie de l’amour (dans laquelle le pape donnait de précieux enseignements sur la famille).
 
Le récent texte a pour thème : l’appel à la sainteté dans le monde actuel. Depuis le début de son pontificat, le pape revient souvent sur ce thème. Car la sainteté est au cœur du mystère chrétien. Elle est aussi la condition fondamentale pour une vie de disciple missionnaire. Car c’est du cœur sanctifié par l’Esprit que jaillit l’énergie nécessaire pour offrir au monde d’aujourd’hui le message évangélique.
 
Quoi ne pas attendre et quoi attendre de ce texte? Le pape répond clairement à ces deux questions dès le second paragraphe de l’exhortation apostolique.
 
« Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons “saints et immaculés en sa présence, dans l’amour” (Ep 1, 4). »
 
Je me propose, pour les prochains textes de ce blogue, de faire ressortir les grands thèmes de ce document. Mais je vous invite d’ici là à le lire. Il est le moins long des exhortations pontificales du présent pape. Le langage est simple, parfois même humoristique, proche de la vie. Texte dynamique et inspirant, qui ne décourage pas, mais au contraire montre que la sainteté est accessible dans la vie la plus ordinaire!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(1er texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 14 septembre 2018

La miséricorde, cœur battant de l’Évangile

« L’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Évangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. L’Épouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne. » (pape François) Ainsi doivent agir les véritables enfants de Dieu le Père, les sœurs et frères de Jésus animés par son Esprit.
 
La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son annonce de l’Évangile et dans son témoignage au monde, rien ne doit en être privé. Cette attitude est donc aussi à vivre envers toutes les personnes, les couples, les familles qui souffrent toutes sortes de blessures, rappelle le pape François dans son texte magistral La joie de l’amour (par. 309). Il nous faut souvent nous rappeler que nous ne sommes pas des contrôleurs, mais bien des facilitateurs de la grâce. L’Église n’est pas une douane, elle est « la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile ». (La joie de l’Évangile, par. 47)
 
Dans toutes nos pensées, nos paroles, nos actions et même nos omissions, « on doit toujours mettre un soin particulier à souligner et encourager les valeurs plus hautes et centrales de l’Évangile, surtout la primauté de la charité comme réponse à l’initiative gratuite de l’amour de Dieu. » (La joie de l’amour, par 311) Il nous coûte parfois beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu! « Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile. » La miséricorde n’exclut pas la justice et la vérité, mais avant tout, nous devons dire qu’elle est la plénitude de la justice et la manifestation la plus lumineuse de la vérité de Dieu. C’est pourquoi, toutes les notions qui remettent en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde, sont inadéquates, donc à revoir.
 
Voilà un cadre qui nous situe dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux pour traiter avec les personnes vivant des situations matrimoniales « irrégulières ». Il nous fait tendre toujours à comprendre, à pardonner, à accompagner, à attendre, et surtout à intégrer. C’est, dit le pape (par. 15), la logique qui doit prédominer dans l’Église, pour « faire l’expérience d’ouvrir le cœur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes ». Toutes les personnes qui accompagnent des couples blessés pourront ainsi les « écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(58e et dernier texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 7 septembre 2018

La loi morale ne suffit pas pour guider la vie

Le pape François demande avec insistance et courage aux catholiques de ne pas juger sans miséricorde les actes des personnes divorcées et remariées. « Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain. » (La joie de l’amour, par. 302)
 
Bien que nécessaires, les principes généraux ne suffisent pas. Plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre de défaillances. Plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient. Alors, conclut le pape, « les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières. »
 
S’adressant surtout à ceux et à celles qui accompagnent des personnes qui vivent des situations « irrégulières » (mais ça vaut pour tous), le pape ajoute qu’on ne peut pas se satisfaire d’appliquer des lois morales et des règles. « À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations. En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu. »
 
Sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour, faisant confiance à la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible.
 
Mais que dire aux personnes qui préfèrent une attitude plus rigide et insistent sur la norme morale? Il faut les aider « à assumer la logique de la compassion avec les personnes fragiles et à éviter les persécutions ou les jugements trop durs ou impatients. L’Évangile lui-même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner (cf. Mt 7, 1; Lc 6,37). » (par. 308) Jésus « attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse ».
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(57e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 31 août 2018

Tenir compte des circonstances atténuantes

Dans une recherche sincère de la volonté de Dieu, il faut tenir compte des circonstances atténuantes. « L’Église a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. » (Pape François dans La joie de l’amour par. 301)
 
Le pape cite le Catéchisme de l’Église catholique : « L’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux. » (par. 1736) Dans un autre paragraphe (2352) du même Catéchisme, on lit ceci : « Pour former un jugement équitable sur la responsabilité morale des sujets et pour orienter l’action pastorale, on tiendra compte de l’immaturité affective, de la force des habitudes contractées, de l’état d’angoisse ou des autres facteurs psychiques ou sociaux qui amoindrissement voire exténuent la culpabilité morale ».
 
Le pape Francois en tire une affirmation qu’il nous faut méditer et approfondir : « Un jugement négatif sur une situation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou la culpabilité de la personne impliquée. » (La joie de l’amour, par. 302)
 
Et le pape tient à y joindre une réflexion sur la conscience à respecter : « À partir de la reconnaissance du poids des conditionnements concrets, nous pouvons ajouter que la conscience des personnes doit être mieux prise en compte par la praxis de l’Église dans certaines situations qui ne réalisent pas objectivement notre conception du mariage. Évidemment, il faut encourager la maturation d’une conscience éclairée, formée et accompagnée par le discernement responsable et sérieux du Pasteur, et proposer une confiance toujours plus grande dans la grâce. Mais cette conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Évangile. De même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif. » (par. 303) (voir aussi : Péché grave et péché véniel)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(56e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 24 août 2018

Communion pour les catholiques divorcés et remariés?

Faut-il, oui ou non, accueillir à la communion les personnes catholiques divorcées remariées dont la nullité du premier mariage n’a pas été prononcée par un tribunal compétent de l’Église? C’est là une des questions très sensibles qui furent discutées lors des deux sessions du Synode sur la famille et que le pape François a développé dans son Exhortation apostolique La joie de l’amour.
 
Dans plusieurs paragraphes  (par. 296ss), il traite de diverses situations dites « irrégulières ». Il s’agit de situations de fragilité ou d’imperfection. Le pape demande à tous de comprendre que « la route de l’Église est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration. La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère. » Il faut donc éviter les jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations. Il faut également être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition.
 
Et le pape cite les conclusions du synode : « Dans l’optique d’une approche pastorale envers les personnes qui ont contracté un mariage civil, qui sont divorcées et remariées, ou qui vivent simplement en concubinage, il revient à l’Église de leur révéler la divine pédagogie de la grâce dans leurs vies et de les aider à parvenir à la plénitude du plan de Dieu sur eux. » Cela est toujours possible avec la force de l’Esprit Saint.
 
Il ne s’agit pas de changer la législation actuellement en vigueur. « Il faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral des cas particuliers, qui devrait reconnaître que, étant donné que le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas, les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes. » Les prêtres doivent donc accompagner les personnes concernées sur la voie du discernement « selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque. » (par. 300)
 
On connait l’insistance du pape actuel sur la question du discernement et du respect de la conscience. Il y revient très souvent dans ses divers discours. Il continue dans La joie de l’amour : « Le colloque avec le prêtre, dans le for interne, concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir. […] Lorsqu’on rencontre une personne responsable et discrète, qui ne prétend pas placer ses désirs au-dessus du bien commun de l’Église, et un Pasteur qui sait reconnaître la gravité de la question entre ses mains, on évite le risque qu’un discernement donné conduise à penser que l’Église entretient une double morale. »
 
Il faut prier beaucoup l’Esprit de Jésus ressuscité et don du Père pour que nous comprenions ce que le pape actuel nous indique comme chemin où il faut s’engager résolument. C’est celui du discernement, du respect des consciences et de la miséricorde.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(55e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 17 août 2018

Une spiritualité familiale

« La spiritualité de l’amour familial est faite de milliers de gestes réels et concrets. Dans cette variété de dons et de rencontres qui font mûrir la communion, Dieu établit sa demeure. […] En définitive, la spiritualité matrimoniale est la spiritualité du lien habité par l’amour divin. » (par. 315)
 
Dieu aime d’un amour débordant et créateur. Il fait le monde magnifique, si diversifié, si grand que nous habitons : les milliards d’étoiles, notre soleil, notre terre, dont il nous a confié la responsabilité. « Mais le plus beau que Dieu ait fait – a dit la Bible – a été la famille. Il a créé l’homme et la femme. Et il leur a tout confié. Il leur a confié le monde : “‘Croissez et multipliez-vous, cultivez la terre, faites-la fructifier, faites-la croître”’. Tout l’amour qu’il a mis dans cette Création merveilleuse, il l’a confié à une famille. » (Pape François)
 
Mais il a voulu aller encore plus dans son amour pour les humains. Il leur a donné son Fils. Et pour l’envoyer sur terre, il est passé par une famille. Il a ainsi sanctifié à sa base le mystère de la famille, lieu où veut demeurer le Dieu Amour et Trinité.
 
La pierre angulaire de cette construction qu’est la famille, c’est le Christ Jésus lui-même. Et l’on peut dire de la famille chrétienne ce que Paul disait de la petite communauté d’Éphèse : « En lui, vous êtes, vous aussi, les éléments d’une même construction pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint. »  L’Esprit éclaire alors joie et peines dans la famille par la croix et la résurrection du Seigneur Jésus.
 
La prière en famille est un moyen privilégié pour fortifier la foi, l’espérance et l’amour dans la maisonnée. Il en est de même de la participation ensemble à la messe dominicale. Nourriture qui fortifie et encourage la vie familiale quotidienne ensemble, dans le soutien mutuel et la tendresse de la fidélité et du pardon.
 
Car la spiritualité familiale en est une de l’attention, de la consolation et de l’encouragement. Le pape François stimule les familles à aller dans ce sens : « Prenons soin les uns des autres, soutenons-nous et encourageons-nous les uns les autres, et vivons tout cela comme faisant partie de notre spiritualité familiale. » (par. 321)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(54e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 11 août 2018

Lorsque la mort frappe une famille

La mort frappe toutes les familles. Pourtant, nous ne parvenons pas à voir le départ de nos proches comme naturel. La perte du conjoint ou d’un enfant est toujours un drame dans une famille et dans son entourage immédiat.
 
Lorsqu’un de mes frères est décédé, ma mère m’a dit en pleurant que ce n’était pas normal que les enfants partent avant les parents! Le pape François développe cette même conviction : « Pour les parents, survivre à ses propres enfants est quelque chose de particulièrement déchirant, qui contredit la nature élémentaire des relations qui donnent un sens à la famille elle-même. La perte d’un fils ou d’une fille est comme si le temps s’arrêtait : un précipice s’ouvre, qui engloutit le passé et aussi l’avenir. La mort, qui emporte l’enfant petit ou jeune, est une gifle aux promesses, aux dons et aux sacrifices d’amour joyeusement faits pour la vie que nous avons fait naître. » (Voir aussi par. 253-258)
 
Regardons Jésus devant une telle situation. Il va vers Naïn. « Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. […] Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : “Ne pleure pas.” Il s’approcha et toucha le cercueil; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : “Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.” Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. » Quelle attention à cette souffrance! Quelle tendresse! Quel souci pour cette pauvre veuve!
 
Notre foi nous assure que la vie ne finit pas avec la mort. Les défunts ne sont pas détruits complètement. Ils sont dans la main puissante de Dieu qui aime ses créatures. Ils prient pour nous. Nous pouvons leur parler. Ils sont puissants auprès du cœur de notre Père et veillent sur nous. La petite Thérèse de Lisieux affirmait peu avant sa mort qu’elle passerait son ciel à faire du bien sur la terre.
 
Expérimenter ce lien d’amour qui nous unit à nos proches défunts est une grande source de courage et d’élan pour vivre avec tendresse et générosité en faveur des vivants.
 
Et il existe aussi diverses aides disponibles.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(53e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 4 août 2018

Crises dans le couple et la famille

L’histoire d’un couple, d’une famille, est jalonnée de défis considérables, de difficultés sérieuses, même de crises angoissantes. Faut-il se résigner à une détérioration irréparable ou encore à une médiocrité simplement supportable? Non! « Chaque crise cache une bonne nouvelle qu’il faut savoir écouter en affinant l’ouïe du cœur. […]  En ces moments, il est nécessaire de créer des espaces pour communiquer cœur à cœur. » (par. 232 et 234)
 
Toute crise dérange. On peut être tenté de la nier, de se révolter, de chercher à l’ignorer. On peut aussi seulement compter sur le temps qui passe et qui, on pense naïvement, règlera le problème. Les liens alors se détériorent progressivement et l’isolement se consolide, portant préjudice à l’intimité. Une crise non assumée affecte et même parfois ruine la communication. L’autre n’est plus la personne aimée, mais seulement une personne qui est là, même qui est seulement le père, la mère des enfants. Finalement, l’autre devient un étranger.
 
Ces couples ont besoin d’un accompagnement pour s’en sortir plus vigoureux, plus vivants, plus amoureux. D’autres couples, expérimentés et lucides, peuvent rendre un tel service, si précieux et qui peut ouvrir un avenir neuf.
 
Les proches, les personnes amies peuvent aussi aider, s’ils savent y mettre sagesse, respect, écoute, consolation, encouragements.
 
Nous devons ne pas abandonner les personnes qui sont chères dans les moments difficiles de leur vie de couple et de famille. C’est le temps de leur manifester encore plus notre présence, notre tendresse, notre fidélité.
 
Nous pouvons aussi prier pour eux. Car Dieu est amour et veut l’épanouissement de l‘amour humain. Dieu nous a créés avec tendresse et nous veut heureux. Nous sommes responsables les uns les autres de ce bonheur auquel aspirer avec grande espérance.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(52e texte d’une série sur La joie de l’amour)
(Dans ce document sur la joie de l’amour dans la vie du couple et de la famille, le pape offre beaucoup de conseils pertinents sur le sujet : voir les par. 232-252.)

dimanche 29 juillet 2018

Prendre un enfant par le cœur

On connait la magnifique chanson populaire d’Yves Duteil : « Prendre un enfant par la main pour l'emmener vers demain pour lui donner la confiance en son pas […]Prendre un enfant par le cœur pour soulager ses malheurs tout doucement sans parler, sans pudeur […] En regardant tout au bout du chemin prendre un enfant pour le sien. » (paroles)
 
Cette évocation poétique et musicale évoque bien l’importance primordiale des parents dans l’éducation des enfants. Cela vaut pour tous les aspects de la personnalité enfantine. Mais c’est particulièrement vrai de la dimension morale. « Les parents influent toujours sur le développement moral de leurs enfants, en bien ou en mal. Par conséquent, ce qui convient, c’est qu’ils acceptent cette responsabilité incontournable et l’accomplissent d’une manière consciente, enthousiaste, raisonnable et appropriée. » (par 259) Les longs développements que le pape consacre à cette question (par. 259-290) montrent bien l’importance qu’il leur accorde.
 
Le pape François commente : « La famille ne peut renoncer à être un lieu de protection, d’accompagnement, d’orientation, même si elle doit réinventer ses méthodes et trouver de nouvelles ressources. Elle a besoin de se demander à quoi elle veut exposer ses enfants. Voilà pourquoi, elle ne doit pas éviter de s’interroger sur ceux qui sont chargés de leur divertissement et de leurs loisirs, sur ceux qui rentrent dans leurs chambres à travers les écrans, sur ceux à qui ils les confient pour qu’ils les guident dans leur temps libre. Seuls les moments que nous passons avec eux, parlant avec simplicité et affection des choses importantes, et les possibilités saines que nous créons pour qu’ils occupent leur temps, permettront d’éviter une invasion nuisible. Il faut toujours rester vigilant. L’abandon n’est jamais sain. Les parents doivent orienter et prévenir les enfants ainsi que les adolescents afin qu’ils sachent affronter les situations où il peut y avoir des risques d’agression, d’abus ou de toxicomanie, par exemple. »
 
Et il ajoute : « Ce qui importe surtout, c’est de créer chez l’enfant, par beaucoup d’amour, des processus de maturation de sa liberté, de formation, de croissance intégrale, de culture d’une authentique autonomie. C’est seulement ainsi que cet enfant aura en lui-même les éléments nécessaires pour savoir se défendre ainsi que pour agir intelligemment et avec lucidité dans les circonstances difficiles. »
 
Les parents sont la première école où l’enfant et l’adolescent apprennent quelles sont les valeurs qui le soutiendront dans sa vie et lui ouvriront des chemins d’amour, de service, de sens de l’autre et de l’environnement humain et écologique.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(51e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 21 juillet 2018

Un foyer à construire

Le pape François donne de précieux conseils au sujet des jeunes couples et de leur avenir. Il invite à reconnaître que la célébration du mariage n’en fait pas un couple achevé. « L’union est réelle, elle est irrévocable, et elle a été confirmée et consacrée par le sacrement de mariage. Mais en s’unissant, les époux deviennent protagonistes, maîtres de leur histoire et créateurs d’un projet qu’il faut mener à bien ensemble. » (par. 218)
 
Aucun conjoint n’est parfait. Chacun est « inachevé, appelé à grandir, en évolution. » D’où pointe un danger pour le couple qui n’en prend pas conscience. « Lorsque le regard sur le conjoint est constamment critique, cela signifie qu’on n’a pas assumé le mariage également comme un projet à construire ensemble, avec patience, compréhension, tolérance et générosité. Cela conduit à ce que l’amour soit peu à peu substitué par un regard inquisiteur et implacable, par le contrôle des mérites et des droits de chacun, par les réclamations, la concurrence et l’autodéfense. Ainsi, les conjoints deviennent incapables de se prendre en charge l’un l’autre pour la maturation des deux et pour la croissance de l’union. »
 
Le oui échangé lors de la célébration du mariage à l’église « est le début d’un itinéraire, avec un objectif capable de surmonter les aléas liés aux circonstances et les obstacles qui s’interposent. La bénédiction reçue est une grâce et une impulsion pour ce parcours toujours ouvert. »
 
Tout amour qui unit à l’autre porte en germe une grande espérance. Force vitale qui fait qu’au-delà des contradictions, des conflits, des conjonctures, on saura se maintenir sur un chemin de croissance. « La même espérance nous invite à vivre à plein le présent, le cœur tout à la vie familiale, car la meilleure manière de préparer et de consolider l’avenir est de bien vivre le présent. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(50e texte d’une série sur La joie de l’amour)

mercredi 18 juillet 2018

La célébration du mariage

Des couples, dont certains en union de fait depuis longtemps, ne se marient pas parce que les conjoints estiment qu’une telle célébration coûte trop cher. Invitations, costumes, gâteau, banquet, réceptions : de quoi se ruiner!
 
Le pape François interpelle vigoureusement ces couples qui pensent se marier à l’église. « Chers fiancés : ayez le courage d’être différents, ne vous laissez pas dévorer par la société de consommation et de l'apparence. Ce qui importe, c’est l'amour qui vous unit, consolidé et sanctifié par la grâce. Vous êtes capables d’opter pour une fête sobre et simple, pour placer l’amour au-dessus de tout. » (par. 212)
 
Se marier à l’église comporte une profonde signification pour ce couple, mais aussi pour la communauté et la société. Célébration liturgique et sacrement, le mariage chrétien est le pacte d’amour qui marquera tout le reste de la vie de l’épouse et de l’époux. « On peut dire que la famille vit de la promesse d’amour et de fidélité que l’homme et la femme se font l’un à l’autre. Celle-ci comporte l’engagement à accueillir et à éduquer les enfants; mais elle se réalise aussi en prenant soin des parents âgés, en protégeant et en s’occupant des membres les plus faibles de la famille, en s’aidant mutuellement pour développer ses propres qualités et accepter ses limites. Et la promesse conjugale s’élargit pour partager les joies et les souffrances de tous les pères, les mères, les enfants, avec une généreuse ouverture à l’égard de la coexistence humaine et du bien commun. » (audience générale)
 
Et le pape dit son admiration, sa reconnaissance pour ces millions de couples qui vivent au quotidien leur alliance conjugale jusqu’à la mort, et qui rayonnent au ras du quotidien cet amour qui seul rend la vie plus belle et meilleure : « La fidélité aux promesses est un véritable chef-d’œuvre d’humanité! Si nous regardons sa beauté audacieuse, nous sommes effrayés, mais si nous méprisons sa ténacité courageuse, nous sommes perdus. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(49e texte d’une série sur La joie de l’amour)