vendredi 14 septembre 2018

La miséricorde, cœur battant de l’Évangile

« L’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Évangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. L’Épouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne. » (pape François) Ainsi doivent agir les véritables enfants de Dieu le Père, les sœurs et frères de Jésus animés par son Esprit.
 
La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son annonce de l’Évangile et dans son témoignage au monde, rien ne doit en être privé. Cette attitude est donc aussi à vivre envers toutes les personnes, les couples, les familles qui souffrent toutes sortes de blessures, rappelle le pape François dans son texte magistral La joie de l’amour (par. 309). Il nous faut souvent nous rappeler que nous ne sommes pas des contrôleurs, mais bien des facilitateurs de la grâce. L’Église n’est pas une douane, elle est « la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile ». (La joie de l’Évangile, par. 47)
 
Dans toutes nos pensées, nos paroles, nos actions et même nos omissions, « on doit toujours mettre un soin particulier à souligner et encourager les valeurs plus hautes et centrales de l’Évangile, surtout la primauté de la charité comme réponse à l’initiative gratuite de l’amour de Dieu. » (La joie de l’amour, par 311) Il nous coûte parfois beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu! « Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile. » La miséricorde n’exclut pas la justice et la vérité, mais avant tout, nous devons dire qu’elle est la plénitude de la justice et la manifestation la plus lumineuse de la vérité de Dieu. C’est pourquoi, toutes les notions qui remettent en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde, sont inadéquates, donc à revoir.
 
Voilà un cadre qui nous situe dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux pour traiter avec les personnes vivant des situations matrimoniales « irrégulières ». Il nous fait tendre toujours à comprendre, à pardonner, à accompagner, à attendre, et surtout à intégrer. C’est, dit le pape (par. 15), la logique qui doit prédominer dans l’Église, pour « faire l’expérience d’ouvrir le cœur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes ». Toutes les personnes qui accompagnent des couples blessés pourront ainsi les « écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(58e et dernier texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 7 septembre 2018

La loi morale ne suffit pas pour guider la vie

Le pape François demande avec insistance et courage aux catholiques de ne pas juger sans miséricorde les actes des personnes divorcées et remariées. « Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain. » (La joie de l’amour, par. 302)
 
Bien que nécessaires, les principes généraux ne suffisent pas. Plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre de défaillances. Plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient. Alors, conclut le pape, « les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières. »
 
S’adressant surtout à ceux et à celles qui accompagnent des personnes qui vivent des situations « irrégulières » (mais ça vaut pour tous), le pape ajoute qu’on ne peut pas se satisfaire d’appliquer des lois morales et des règles. « À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations. En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu. »
 
Sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour, faisant confiance à la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible.
 
Mais que dire aux personnes qui préfèrent une attitude plus rigide et insistent sur la norme morale? Il faut les aider « à assumer la logique de la compassion avec les personnes fragiles et à éviter les persécutions ou les jugements trop durs ou impatients. L’Évangile lui-même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner (cf. Mt 7, 1; Lc 6,37). » (par. 308) Jésus « attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse ».
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(57e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 31 août 2018

Tenir compte des circonstances atténuantes

Dans une recherche sincère de la volonté de Dieu, il faut tenir compte des circonstances atténuantes. « L’Église a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes. Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. » (Pape François dans La joie de l’amour par. 301)
 
Le pape cite le Catéchisme de l’Église catholique : « L’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux. » (par. 1736) Dans un autre paragraphe (2352) du même Catéchisme, on lit ceci : « Pour former un jugement équitable sur la responsabilité morale des sujets et pour orienter l’action pastorale, on tiendra compte de l’immaturité affective, de la force des habitudes contractées, de l’état d’angoisse ou des autres facteurs psychiques ou sociaux qui amoindrissement voire exténuent la culpabilité morale ».
 
Le pape Francois en tire une affirmation qu’il nous faut méditer et approfondir : « Un jugement négatif sur une situation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou la culpabilité de la personne impliquée. » (La joie de l’amour, par. 302)
 
Et le pape tient à y joindre une réflexion sur la conscience à respecter : « À partir de la reconnaissance du poids des conditionnements concrets, nous pouvons ajouter que la conscience des personnes doit être mieux prise en compte par la praxis de l’Église dans certaines situations qui ne réalisent pas objectivement notre conception du mariage. Évidemment, il faut encourager la maturation d’une conscience éclairée, formée et accompagnée par le discernement responsable et sérieux du Pasteur, et proposer une confiance toujours plus grande dans la grâce. Mais cette conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Évangile. De même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations, même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif. » (par. 303) (voir aussi : Péché grave et péché véniel)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(56e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 24 août 2018

Communion pour les catholiques divorcés et remariés?

Faut-il, oui ou non, accueillir à la communion les personnes catholiques divorcées remariées dont la nullité du premier mariage n’a pas été prononcée par un tribunal compétent de l’Église? C’est là une des questions très sensibles qui furent discutées lors des deux sessions du Synode sur la famille et que le pape François a développé dans son Exhortation apostolique La joie de l’amour.
 
Dans plusieurs paragraphes  (par. 296ss), il traite de diverses situations dites « irrégulières ». Il s’agit de situations de fragilité ou d’imperfection. Le pape demande à tous de comprendre que « la route de l’Église est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration. La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère. » Il faut donc éviter les jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations. Il faut également être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition.
 
Et le pape cite les conclusions du synode : « Dans l’optique d’une approche pastorale envers les personnes qui ont contracté un mariage civil, qui sont divorcées et remariées, ou qui vivent simplement en concubinage, il revient à l’Église de leur révéler la divine pédagogie de la grâce dans leurs vies et de les aider à parvenir à la plénitude du plan de Dieu sur eux. » Cela est toujours possible avec la force de l’Esprit Saint.
 
Il ne s’agit pas de changer la législation actuellement en vigueur. « Il faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral des cas particuliers, qui devrait reconnaître que, étant donné que le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas, les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes. » Les prêtres doivent donc accompagner les personnes concernées sur la voie du discernement « selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque. » (par. 300)
 
On connait l’insistance du pape actuel sur la question du discernement et du respect de la conscience. Il y revient très souvent dans ses divers discours. Il continue dans La joie de l’amour : « Le colloque avec le prêtre, dans le for interne, concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir. […] Lorsqu’on rencontre une personne responsable et discrète, qui ne prétend pas placer ses désirs au-dessus du bien commun de l’Église, et un Pasteur qui sait reconnaître la gravité de la question entre ses mains, on évite le risque qu’un discernement donné conduise à penser que l’Église entretient une double morale. »
 
Il faut prier beaucoup l’Esprit de Jésus ressuscité et don du Père pour que nous comprenions ce que le pape actuel nous indique comme chemin où il faut s’engager résolument. C’est celui du discernement, du respect des consciences et de la miséricorde.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(55e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 17 août 2018

Une spiritualité familiale

« La spiritualité de l’amour familial est faite de milliers de gestes réels et concrets. Dans cette variété de dons et de rencontres qui font mûrir la communion, Dieu établit sa demeure. […] En définitive, la spiritualité matrimoniale est la spiritualité du lien habité par l’amour divin. » (par. 315)
 
Dieu aime d’un amour débordant et créateur. Il fait le monde magnifique, si diversifié, si grand que nous habitons : les milliards d’étoiles, notre soleil, notre terre, dont il nous a confié la responsabilité. « Mais le plus beau que Dieu ait fait – a dit la Bible – a été la famille. Il a créé l’homme et la femme. Et il leur a tout confié. Il leur a confié le monde : “‘Croissez et multipliez-vous, cultivez la terre, faites-la fructifier, faites-la croître”’. Tout l’amour qu’il a mis dans cette Création merveilleuse, il l’a confié à une famille. » (Pape François)
 
Mais il a voulu aller encore plus dans son amour pour les humains. Il leur a donné son Fils. Et pour l’envoyer sur terre, il est passé par une famille. Il a ainsi sanctifié à sa base le mystère de la famille, lieu où veut demeurer le Dieu Amour et Trinité.
 
La pierre angulaire de cette construction qu’est la famille, c’est le Christ Jésus lui-même. Et l’on peut dire de la famille chrétienne ce que Paul disait de la petite communauté d’Éphèse : « En lui, vous êtes, vous aussi, les éléments d’une même construction pour devenir une demeure de Dieu par l’Esprit Saint. »  L’Esprit éclaire alors joie et peines dans la famille par la croix et la résurrection du Seigneur Jésus.
 
La prière en famille est un moyen privilégié pour fortifier la foi, l’espérance et l’amour dans la maisonnée. Il en est de même de la participation ensemble à la messe dominicale. Nourriture qui fortifie et encourage la vie familiale quotidienne ensemble, dans le soutien mutuel et la tendresse de la fidélité et du pardon.
 
Car la spiritualité familiale en est une de l’attention, de la consolation et de l’encouragement. Le pape François stimule les familles à aller dans ce sens : « Prenons soin les uns des autres, soutenons-nous et encourageons-nous les uns les autres, et vivons tout cela comme faisant partie de notre spiritualité familiale. » (par. 321)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(54e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 11 août 2018

Lorsque la mort frappe une famille

La mort frappe toutes les familles. Pourtant, nous ne parvenons pas à voir le départ de nos proches comme naturel. La perte du conjoint ou d’un enfant est toujours un drame dans une famille et dans son entourage immédiat.
 
Lorsqu’un de mes frères est décédé, ma mère m’a dit en pleurant que ce n’était pas normal que les enfants partent avant les parents! Le pape François développe cette même conviction : « Pour les parents, survivre à ses propres enfants est quelque chose de particulièrement déchirant, qui contredit la nature élémentaire des relations qui donnent un sens à la famille elle-même. La perte d’un fils ou d’une fille est comme si le temps s’arrêtait : un précipice s’ouvre, qui engloutit le passé et aussi l’avenir. La mort, qui emporte l’enfant petit ou jeune, est une gifle aux promesses, aux dons et aux sacrifices d’amour joyeusement faits pour la vie que nous avons fait naître. » (Voir aussi par. 253-258)
 
Regardons Jésus devant une telle situation. Il va vers Naïn. « Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. […] Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : “Ne pleure pas.” Il s’approcha et toucha le cercueil; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : “Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.” Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. » Quelle attention à cette souffrance! Quelle tendresse! Quel souci pour cette pauvre veuve!
 
Notre foi nous assure que la vie ne finit pas avec la mort. Les défunts ne sont pas détruits complètement. Ils sont dans la main puissante de Dieu qui aime ses créatures. Ils prient pour nous. Nous pouvons leur parler. Ils sont puissants auprès du cœur de notre Père et veillent sur nous. La petite Thérèse de Lisieux affirmait peu avant sa mort qu’elle passerait son ciel à faire du bien sur la terre.
 
Expérimenter ce lien d’amour qui nous unit à nos proches défunts est une grande source de courage et d’élan pour vivre avec tendresse et générosité en faveur des vivants.
 
Et il existe aussi diverses aides disponibles.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(53e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 4 août 2018

Crises dans le couple et la famille

L’histoire d’un couple, d’une famille, est jalonnée de défis considérables, de difficultés sérieuses, même de crises angoissantes. Faut-il se résigner à une détérioration irréparable ou encore à une médiocrité simplement supportable? Non! « Chaque crise cache une bonne nouvelle qu’il faut savoir écouter en affinant l’ouïe du cœur. […]  En ces moments, il est nécessaire de créer des espaces pour communiquer cœur à cœur. » (par. 232 et 234)
 
Toute crise dérange. On peut être tenté de la nier, de se révolter, de chercher à l’ignorer. On peut aussi seulement compter sur le temps qui passe et qui, on pense naïvement, règlera le problème. Les liens alors se détériorent progressivement et l’isolement se consolide, portant préjudice à l’intimité. Une crise non assumée affecte et même parfois ruine la communication. L’autre n’est plus la personne aimée, mais seulement une personne qui est là, même qui est seulement le père, la mère des enfants. Finalement, l’autre devient un étranger.
 
Ces couples ont besoin d’un accompagnement pour s’en sortir plus vigoureux, plus vivants, plus amoureux. D’autres couples, expérimentés et lucides, peuvent rendre un tel service, si précieux et qui peut ouvrir un avenir neuf.
 
Les proches, les personnes amies peuvent aussi aider, s’ils savent y mettre sagesse, respect, écoute, consolation, encouragements.
 
Nous devons ne pas abandonner les personnes qui sont chères dans les moments difficiles de leur vie de couple et de famille. C’est le temps de leur manifester encore plus notre présence, notre tendresse, notre fidélité.
 
Nous pouvons aussi prier pour eux. Car Dieu est amour et veut l’épanouissement de l‘amour humain. Dieu nous a créés avec tendresse et nous veut heureux. Nous sommes responsables les uns les autres de ce bonheur auquel aspirer avec grande espérance.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(52e texte d’une série sur La joie de l’amour)
(Dans ce document sur la joie de l’amour dans la vie du couple et de la famille, le pape offre beaucoup de conseils pertinents sur le sujet : voir les par. 232-252.)

dimanche 29 juillet 2018

Prendre un enfant par le cœur

On connait la magnifique chanson populaire d’Yves Duteil : « Prendre un enfant par la main pour l'emmener vers demain pour lui donner la confiance en son pas […]Prendre un enfant par le cœur pour soulager ses malheurs tout doucement sans parler, sans pudeur […] En regardant tout au bout du chemin prendre un enfant pour le sien. » (paroles)
 
Cette évocation poétique et musicale évoque bien l’importance primordiale des parents dans l’éducation des enfants. Cela vaut pour tous les aspects de la personnalité enfantine. Mais c’est particulièrement vrai de la dimension morale. « Les parents influent toujours sur le développement moral de leurs enfants, en bien ou en mal. Par conséquent, ce qui convient, c’est qu’ils acceptent cette responsabilité incontournable et l’accomplissent d’une manière consciente, enthousiaste, raisonnable et appropriée. » (par 259) Les longs développements que le pape consacre à cette question (par. 259-290) montrent bien l’importance qu’il leur accorde.
 
Le pape François commente : « La famille ne peut renoncer à être un lieu de protection, d’accompagnement, d’orientation, même si elle doit réinventer ses méthodes et trouver de nouvelles ressources. Elle a besoin de se demander à quoi elle veut exposer ses enfants. Voilà pourquoi, elle ne doit pas éviter de s’interroger sur ceux qui sont chargés de leur divertissement et de leurs loisirs, sur ceux qui rentrent dans leurs chambres à travers les écrans, sur ceux à qui ils les confient pour qu’ils les guident dans leur temps libre. Seuls les moments que nous passons avec eux, parlant avec simplicité et affection des choses importantes, et les possibilités saines que nous créons pour qu’ils occupent leur temps, permettront d’éviter une invasion nuisible. Il faut toujours rester vigilant. L’abandon n’est jamais sain. Les parents doivent orienter et prévenir les enfants ainsi que les adolescents afin qu’ils sachent affronter les situations où il peut y avoir des risques d’agression, d’abus ou de toxicomanie, par exemple. »
 
Et il ajoute : « Ce qui importe surtout, c’est de créer chez l’enfant, par beaucoup d’amour, des processus de maturation de sa liberté, de formation, de croissance intégrale, de culture d’une authentique autonomie. C’est seulement ainsi que cet enfant aura en lui-même les éléments nécessaires pour savoir se défendre ainsi que pour agir intelligemment et avec lucidité dans les circonstances difficiles. »
 
Les parents sont la première école où l’enfant et l’adolescent apprennent quelles sont les valeurs qui le soutiendront dans sa vie et lui ouvriront des chemins d’amour, de service, de sens de l’autre et de l’environnement humain et écologique.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(51e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 21 juillet 2018

Un foyer à construire

Le pape François donne de précieux conseils au sujet des jeunes couples et de leur avenir. Il invite à reconnaître que la célébration du mariage n’en fait pas un couple achevé. « L’union est réelle, elle est irrévocable, et elle a été confirmée et consacrée par le sacrement de mariage. Mais en s’unissant, les époux deviennent protagonistes, maîtres de leur histoire et créateurs d’un projet qu’il faut mener à bien ensemble. » (par. 218)
 
Aucun conjoint n’est parfait. Chacun est « inachevé, appelé à grandir, en évolution. » D’où pointe un danger pour le couple qui n’en prend pas conscience. « Lorsque le regard sur le conjoint est constamment critique, cela signifie qu’on n’a pas assumé le mariage également comme un projet à construire ensemble, avec patience, compréhension, tolérance et générosité. Cela conduit à ce que l’amour soit peu à peu substitué par un regard inquisiteur et implacable, par le contrôle des mérites et des droits de chacun, par les réclamations, la concurrence et l’autodéfense. Ainsi, les conjoints deviennent incapables de se prendre en charge l’un l’autre pour la maturation des deux et pour la croissance de l’union. »
 
Le oui échangé lors de la célébration du mariage à l’église « est le début d’un itinéraire, avec un objectif capable de surmonter les aléas liés aux circonstances et les obstacles qui s’interposent. La bénédiction reçue est une grâce et une impulsion pour ce parcours toujours ouvert. »
 
Tout amour qui unit à l’autre porte en germe une grande espérance. Force vitale qui fait qu’au-delà des contradictions, des conflits, des conjonctures, on saura se maintenir sur un chemin de croissance. « La même espérance nous invite à vivre à plein le présent, le cœur tout à la vie familiale, car la meilleure manière de préparer et de consolider l’avenir est de bien vivre le présent. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(50e texte d’une série sur La joie de l’amour)

mercredi 18 juillet 2018

La célébration du mariage

Des couples, dont certains en union de fait depuis longtemps, ne se marient pas parce que les conjoints estiment qu’une telle célébration coûte trop cher. Invitations, costumes, gâteau, banquet, réceptions : de quoi se ruiner!
 
Le pape François interpelle vigoureusement ces couples qui pensent se marier à l’église. « Chers fiancés : ayez le courage d’être différents, ne vous laissez pas dévorer par la société de consommation et de l'apparence. Ce qui importe, c’est l'amour qui vous unit, consolidé et sanctifié par la grâce. Vous êtes capables d’opter pour une fête sobre et simple, pour placer l’amour au-dessus de tout. » (par. 212)
 
Se marier à l’église comporte une profonde signification pour ce couple, mais aussi pour la communauté et la société. Célébration liturgique et sacrement, le mariage chrétien est le pacte d’amour qui marquera tout le reste de la vie de l’épouse et de l’époux. « On peut dire que la famille vit de la promesse d’amour et de fidélité que l’homme et la femme se font l’un à l’autre. Celle-ci comporte l’engagement à accueillir et à éduquer les enfants; mais elle se réalise aussi en prenant soin des parents âgés, en protégeant et en s’occupant des membres les plus faibles de la famille, en s’aidant mutuellement pour développer ses propres qualités et accepter ses limites. Et la promesse conjugale s’élargit pour partager les joies et les souffrances de tous les pères, les mères, les enfants, avec une généreuse ouverture à l’égard de la coexistence humaine et du bien commun. » (audience générale)
 
Et le pape dit son admiration, sa reconnaissance pour ces millions de couples qui vivent au quotidien leur alliance conjugale jusqu’à la mort, et qui rayonnent au ras du quotidien cet amour qui seul rend la vie plus belle et meilleure : « La fidélité aux promesses est un véritable chef-d’œuvre d’humanité! Si nous regardons sa beauté audacieuse, nous sommes effrayés, mais si nous méprisons sa ténacité courageuse, nous sommes perdus. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(49e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 12 juillet 2018

La préparation au mariage

L’alliance d’amour entre un homme et une femme, pour toute une vie, ne s’improvise pas. Elle ne se réalise pas non plus en un jour. Et beaucoup d'obstacles s’opposent à ce que les futurs couples acceptent de prendre le temps nécessaire pour une réelle maturation et de s’y faire aider.
 
Nous ne parlons presque plus de fiançailles! La culture et la société actuelle sont devenues plutôt indifférentes à la délicatesse et au sérieux du passage des fréquentations au mariage. D’où la nécessité d’un temps de préparation, soutenu par les communautés chrétiennes, et si possible animé non seulement par un prêtre, mais aussi par des couples ayant une bonne expérience conjugale et familiale.
 
Il est pourtant difficile pour les communautés paroissiales de mettre en œuvre une véritable préparation au mariage chrétien. Souvent, les personnes qui aspirent à un tel mariage religieux, sacramentel, ne reconnaissent pas la nécessité d’un tel temps de préparation sérieuse et suffisamment prolongée.
 
Le pape François donne une grande attention à ce temps de murissement et de discernement des futurs époux. Il a à cœur une bonne préparation des couples qui veulent entreprendre une vie ensemble dans l’amour, la fidélité, la fécondité, la durée. Ainsi, il déclarait lors d’une audience générale au sujet des cours de préparation au mariage (Voir, parmi de très nombreuses offres de tels cours) : « Nous voyons de nombreux couples, qui arrivent à ce cours peut-être un peu de mauvais gré […] Mais après, ils sont contents et ils remercient, car en effet ils ont trouvé là l’occasion — souvent l’unique! — de réfléchir sur leur expérience en termes qui ne sont pas banals. Oui, de nombreux couples sont ensemble depuis longtemps, peut-être même dans l’intimité, parfois ils cohabitent, mais ils ne se connaissent pas vraiment. Cela semble étrange, mais l’expérience démontre qu’il en est ainsi. C’est pourquoi il faut réévaluer les fiançailles comme un temps de connaissance réciproque et de partage d’un projet. Le chemin de préparation au mariage doit être organisé dans cette perspective, en se servant également du témoignage simple, mais intense des conjoints chrétiens. »
 
Pour qui veut aller plus loin dans cette réflexion, le pape offre d’amples développements dans La joie de l’amour (par. 205-231).
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(48e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 8 juillet 2018

Le trésor du pardon en famille

La famille peut devenir un lieu de tensions, de conflits, même de ruptures. Comment parvenir à gérer ces situations qui peuvent blesser profondément un ou des membres de la famille?
 
Savoir dire des paroles et poser des gestes de pardon : voilà des façons de retisser les liens familiaux, de les réparer, même de les fortifier. C’est ce que le pape François (audience générale du 4 novembre 2015) a expliqué : « La famille est une grande école d’entraînement au don et au pardon réciproque sans lesquels aucun amour ne peut durer longtemps. Sans se donner et sans se pardonner, l’amour ne reste pas, il ne dure pas. »
 
Chaque jour, nous nous heurtons, nous nous faisons du mal l’un l’autre. C’est inévitable : nous sommes fragiles, souvent égoïstes, pensant plus à nous-mêmes qu’à l’autre. Que faire alors? L’important est de retisser chaque jour les fils que nous brisons ainsi. Plus nous attendons, plus nous risquons que ça devienne difficile.
 
S. Paul recommandait aux disciples de ses communautés : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère. » (Éphésiens 4, 26) Le pape François dit la même chose aux membres des familles. Il insiste sur ce secret simple, mais efficace pour guérir les blessures et pour éliminer les accusations. Il importe de ne pas laisser la journée prendre fin « sans se demander pardon, sans faire la paix entre époux et épouse, entre parents et enfants, entre frères et sœurs. »
 
Et le pape explicite les bienfaits de cette pratique quotidienne : « Les blessures guérissent, le mariage se fortifie, et la famille devient une maison toujours plus solide, qui résiste aux secousses de nos méchancetés petites et grandes. Et pour cela, il n’est pas nécessaire de se faire un grand discours, mais une caresse suffit : une caresse, et tout est fini et recommence. Mais il ne faut pas finir la journée dans la guerre! »
 
Apprendre à pratiquer le pardon en famille nous rend capables de le pratiquer aussi dans les diverses relations sociales. « La pratique du pardon non seulement sauve les familles de la division, mais les rend capables d’aider la société à être moins mauvaise et moins cruelle. » Certes difficile à vivre! Mais l’Esprit de Jésus nous est donné pour nous en rendre capables jour après jour.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(47e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 28 juin 2018

Une politique familiale?

Sommes-nous préoccupés de la situation de la famille dans notre société? Travaillons-nous à interpeler nos dirigeants politiques, qu’ils soient provinciaux ou municipaux, pour leur demander une telle politique, leur suggérer des points essentiels à développer pour le mieux-être des familles?
 
Former une famille est un droit humain fondamental. C’est ce qu’affirmait il y a 70 ans la Déclaration universelle des droits de l’homme (10 décembre 1948, art. 17.3) : « La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'État. » Et la déclaration de l’ONU ajoutait : « La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'État. » (art. 16,3)
 
C’est ce droit à la protection par la société et par l’État que le pape François a défendu avec fermeté devant les ambassadeurs attitrés au Vatican. Le pape reconnaît d’abord que, « surtout en Occident, la famille est considérée comme une institution dépassée. À la stabilité d’un projet définitif, on préfère de nos jours des liens fugaces. » Le couple et la famille sont ainsi fragilisés et risquent d’être instables. Elles jouent pourtant un rôle primordial sur le plan social : sans les familles, il est impossible de construire des sociétés en mesure d’affronter les défis de l’avenir. Elles ont donc droit à un soutien fort et constant de politiques efficaces à leur égard.
 
Le gouvernement du Québec et beaucoup de municipalités québécoises ont formulé une politique familiale et des plans d’action pour y donner suite.
 
Comme citoyennes et citoyens, les connaissons-nous? Nous y intéressons-nous? Surveillons-nous pour nous assurer que ces politiques sont suivies? Sommes-nous préoccupés de ce que l’État, dans ses divers paliers, fait pour soutenir la famille?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(46e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 23 juin 2018

La famille élargie

En Occident, nous vivons en général dans une famille nucléaire : parents et enfants vivant ensemble sous le même toit. Mais il ne faut pas oublier ce que nous appelons : « la famille élargie. » Nous parlons alors oncles et tantes, cousins et cousines, même le voisinage.
 
Le pape François note : « Dans cette grande famille, il peut y avoir des personnes qui ont besoin d’aide, ou au moins de compagnie et de gestes d’affection; ou bien il peut y avoir de grandes souffrances qui appellent une consolation. L’individualisme de ces temps conduit parfois à s’enfermer dans un petit nid de sécurité et à sentir les autres comme un danger gênant. Toutefois, cet isolement n’offre pas plus de paix et de bonheur, mais plutôt ferme le cœur de la famille et la prive de l’ampleur de l’existence. » (par. 187)
 
Je pense en particulier à l’importance des personnes âgées dans ce large réseau familial. Le pape actuel est particulièrement sensible à ces personnes qui peuvent si facilement être oubliées ou négligées alors qu’elles peuvent offrir sagesse, bons conseils, tendresse, amabilité, écoute. Les personnes âgées sont une richesse pour nos familles!
 
« Les personnes âgées sont des hommes et des femmes, des pères et des mères qui sont passés avant nous sur notre même route, dans notre même maison, dans notre bataille quotidienne pour une vie digne. Ce sont des hommes et des femmes dont nous avons beaucoup reçu. La personne âgée n’est pas un extra-terrestre. La personne âgée, c’est nous, dans peu de temps, dans longtemps, mais cependant inévitablement, même si nous n’y pensons pas. Et si nous apprenons à bien traiter les personnes âgées, nous serons traités de la même manière. »  (Audience générale du Pape)
 
Lors d’une audience générale, le pape rappelait l’image du vieux Siméon et de la prophétesse Anne qui avait 84 ans. Quand Marie et Joseph arrivèrent au temple pour y présenter Jésus à Dieu, Siméon improvisa un très bel hymne de joie et Anne devint la première prédicatrice de Jésus.
 
Et le pape concluait : « Les paroles des grands-parents ont quelque chose de spécial, pour les jeunes. Et ils le savent. Je conserve encore avec moi les paroles que ma grand-mère me remit par écrit le jour de mon ordination sacerdotale; elles sont toujours dans mon bréviaire, je les lis souvent et cela me fait du bien. Comme je voudrais une Église qui défie la culture du rebut par la joie débordante d’une nouvelle étreinte entre les jeunes et les personnes âgées! »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(45e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 15 juin 2018

C’est bon de se sentir frère et sœur!

« Grandir entre frères offre la belle expérience de nous protéger mutuellement, d’aider et d’être aidés. » (par. 195) Cette fraternité qui unit frères et sœurs en famille « resplendit de manière particulière quand nous voyons l’attention, la patience, l’affection dont sont entourés le petit frère ou la petite sœur plus faible, malade, ou porteur de handicap ». Le pape François ajoute, se basant sans doute sur son expérience personnelle : « Avoir un frère, une sœur qui t’aime est une expérience forte, inégalable, irremplaçable ».
 
Et le pape développe cette idée avec une belle insistance. « Le lien de fraternité qui se forme en famille entre les enfants […] est la grande école de liberté et de paix. En famille, entre frères, on apprend la cohabitation humaine, comment on doit coexister en société. Peut-être n’en sommes-nous pas toujours conscients, mais c’est précisément la famille qui introduit la fraternité dans le monde! À partir de cette première expérience de fraternité, nourrie par les liens d’affection et par l’éducation familiale, le style de la fraternité rayonne comme une promesse sur toute la société et sur les relations entre les peuples. »
 
« “Frère” » et « “sœur” » sont des mots que le christianisme aime beaucoup. Et grâce à l’expérience familiale, ce sont des mots que toutes les cultures et les époques comprennent. »
 
Mais ce lien entre le frère et la sœur peut être fragile, même brisé. Pensons à la rupture du lien fraternel entre Caïn et Abel! Dieu demande à Caïn : « Où est ton frère Abel? » Dieu nous pose la même question aujourd’hui. Et nous sommes tentés de répéter la réponse dramatique de Caïn : « Suis-je le gardien de mon frère? »  La rupture du lien entre frères et sœurs est mauvaise pour la famille, pour l’humanité. Pensons à ces familles où frères et sœurs se disputent pour des petites choses, ou pour un héritage, ne se parlent plus, refusent de se voir.
 
Le pape ajoute : « La fraternité est une grande chose, quand on pense que tous les frères ont habité dans le sein de la même maman pendant neuf mois, ils viennent de la chair de leur maman! Et on ne peut pas rompre la fraternité. »
 
C’est là un fruit essentiel de la famille : introduire la fraternité dans le monde! C’est à partir de cette expérience première que le style de la fraternité rayonne sur la société et sur les relations entre les peuples.
 
Et la foi en Jésus mort et ressuscité pour tous les humains nous rend capables « de dépasser toute différence de nation, de langue, de culture et même de religion. […] Pensez à ce que devient le lien entre les hommes, même très différents entre eux, quand ils peuvent dire d’un autre : “Celui-ci est vraiment comme un frère, celle-ci est vraiment comme une sœur pour moi!” »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(44e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 9 juin 2018

Motiver ses troupes


J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. Et nous, les Apôtres, animés de cette même foi, nous croyons, nous aussi, et c’est pourquoi nous parlons. (2 Corinthiens 4, 13)
 
Il n’est pas rare que dans un bon film hollywoodien, le personnage principal fasse un discours mémorable pour motiver et rassembler la foule afin de surmonter les épreuves et aller de l’avant. Même si nous pouvons deviner la suite, cela est émouvant. Nous disons alors que c’est organisé avec le « gars des vues ».
 
Dans la lettre de Paul aux Corinthiens, Paul est un peu comme un héros. Il se fait persuasif, rassembleur, convaincant. Son discours se veut rassurant et tourné vers l’espérance. En effet, ses propos sont imagés et il veut donner de l’espoir aux Corinthiens: “... nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour.” L’intérieur de l’humain, c’est l’âme, c’est son cœur. C’est pourquoi Paul parle de l’abondance de la grâce de Dieu pour l’humanité. 
 
La deuxième lecture de ce dimanche, tout comme le psaume, nous invite à garder toujours espoir devant les embûches de la vie, devant les difficultés rencontrées. Dieu est à l’œuvre pour notre bonheur, ici et maintenant, comme dans la vie après la mort. L’espérance est donc au centre de l’annonce du message de Jésus. Oui près de lui est l’amour, près de lui abonde la miséricorde, le pardon, la paix et le bonheur.
 
René Laprise
Diacre permanent
(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

vendredi 1 juin 2018

Jeunes et grands-parents

Ça fait de très nombreuses années que je célèbre le sacrement de la confirmation pour des jeunes, en général au début de la vingtaine. Je leur demande de m’envoyer une lettre me disant, entre autres choses, quelles furent les personnes importantes dans leur vie. Ces milliers de lettres de confirmation que j’ai toujours lues avec intérêt, souvent avec émotion et profit spirituel, m’ont révélé la place très importante des grands-parents dans la vie humaine et chrétienne de ces jeunes.
 
Les psychologues peuvent aussi témoigner de la particularité de ces relations entre jeunes et grands-parents. Diverses études montrent que non seulement les enfants, mais aussi les jeunes ont besoin de leurs grands-parents pour peu à peu déterminer les valeurs qui leur permettront de trouver un sain épanouissement de leur personnalité.
 
Lors de rencontres avec de jeunes adultes qui vont recevoir le sacrement de la confirmation, plusieurs m’ont montré discrètement un chapelet, une médaille, une statue, un texte de prière, me disant : c’est un cadeau de ma grand-mère, de mon grand-père. Et j’ai constaté que ces grands-parents en profitaient pour faire une petite catéchèse, toute simple à leur petite-fille ou petit-fils.
 
Le pape François revient souvent sur ces relations entre générations. Il affirmait lors d’une audience générale : « Les enfants et les jeunes sont l’avenir, ils constituent la force, ceux qui font progresser. C’est en eux que nous mettons notre espérance. Les grands-parents sont la mémoire de la famille. Ce sont eux qui nous ont donné la foi, nous ont transmis la foi. Prendre soin des grands-parents et prendre soin des enfants sont preuve d’amour. » Et il ajoutait : « Un peuple qui ne sait pas prendre soin des enfants et un peuple qui ne sait pas protéger les grands-parents est un peuple sans avenir, car il n’a ni la force ni la mémoire qui font progresser. »
 
Le pape terminait une autre audience par ces mots sur la mission des grands-parents : « Les paroles des grands-parents ont quelque chose de spécial, pour les jeunes. Et ils le savent. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(43e texte d’une série sur La joie de l’amour)