jeudi 27 décembre 2018

Qu’est-ce que la sainteté?

« La sainteté, la plénitude de la vie chrétienne ne consiste pas à accomplir des entreprises extraordinaires, mais à s'unir au Christ, à vivre ses mystères, à faire nôtres ses attitudes, ses pensées, ses comportements. La mesure de la sainteté est donnée par la stature que le Christ atteint en nous, par la mesure dans laquelle, avec la force de l'Esprit Saint, nous modelons toute notre vie sur la sienne. » (Benoît  XVI audience du 13 avril 2011).
 
Personne n’est exclu de l’appel universel à la sainteté! Et il n’y a qu’une seule sainteté. Elle consiste à marcher à la suite de Jésus pauvre, humble, aimant jusqu’au don de sa vie.
 
Le pape Benoît insiste : « Comment pouvons-nous parcourir la voie de la sainteté, répondre à cet appel? Puis-je le faire avec mes propres forces? » Une vie sainte n’est pas le fruit de notre effort, car c’est Dieu qui nous rend saints. L’œuvre de sanctification est le fruit de l’action de l’Esprit Saint qui nous anime de l’intérieur, qui nous communique la vie du Christ ressuscité et ainsi nous transforme de plus en plus en enfants de Dieu, saints devant le Père.
 
La sainteté est foncièrement un don divin. Mais il faut, toujours avec la grâce de Dieu, la conserver et l’achever tout au long de notre vie. « La sainteté a donc sa racine ultime dans la grâce baptismale, dans le fait d’être greffés dans le Mystère pascal du Christ, avec lequel nous est communiqué son Esprit, sa vie de Ressuscité. […]   Mais Dieu respecte toujours notre liberté et demande que nous acceptions ce don et vivions les exigences qu’il comporte, il demande que nous nous laissions transformer par l’action de l’Esprit Saint, en conformant notre volonté à la volonté de Dieu. »
 
Puis Benoît XVI demande : « Comment notre façon de penser et nos actions peuvent-elles devenir la manière de penser et d’agir du Christ et avec le Christ? Quelle est l’âme de la sainteté? » Il répond : la charité, l’amour envers Dieu et envers le prochain. Et il cite saint Augustin : « Aime et fais ce que tu veux […] Si tu te tais, tais-toi par amour; si tu parles, parle par amour; si tu corriges, corrige par amour; si tu pardonnes, pardonne par amour. »
 
Voilà l’humble et quotidien chemin à suivre pour notre sanctification!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(12e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 20 décembre 2018

Quelques conseils pour cheminer

Ces conseils viennent de notre pape qui y revient tellement souvent! Tu es invité à les lire, à y réfléchir, à voir comment ils t’interpellent, te soutiennent, te font voir de nouveaux chemins de sanctification au cœur de ta vie la plus ordinaire.
 
« Laisse la grâce de ton baptême porter du fruit dans un cheminement de sainteté. Permets que tout soit ouvert à Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans relâche. Ne te décourage pas, parce que tu as la force de l’Esprit Saint pour que ce soit possible; et la sainteté, au fond, c’est le fruit de l’Esprit Saint dans ta vie (cf. Galates 5, 22-23). Quand tu sens la tentation de t’enliser dans ta fragilité, lève les yeux vers le Crucifié et dis-lui : “‘Seigneur, je suis un pauvre, mais tu peux réaliser le miracle de me rendre meilleur”’. Dans l’Église, sainte et composée de pécheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la sainteté. Le Seigneur l’a remplie de dons par sa Parole, par les sacrements, les sanctuaires, la vie des communautés, le témoignage de ses saints, et par une beauté multiforme qui provient de l’amour du Seigneur. » (par. 15)
 
Marcher sur un chemin de sanctification, c’est à la fois accueillir les lumières et impulsions de l’Esprit-Saint et poser ces multiples petits gestes par lesquels « nous construisons ce modèle de sainteté que Dieu a voulu, non pas en tant qu’êtres autosuffisants mais “comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu” (1 Pierre 4,10). » (par. 18) Nous sommes fragiles! Mais le Christ Jésus Ressuscité vient au secours de notre faiblesse : il nous partage sa propre force de vie et de sainteté. Son amour pour nous est inconditionnel n’a pas de limite. Il demeure toujours fidèle. Par l’Esprit, Jésus nous donne de participer à son amour même pour le Père et pour les autres autour de nous. Il marche avec nous, devant nous, sur notre chemin de sanctification!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(11e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 13 décembre 2018

Dieu veut ta sanctification

Tu peux être porté à dire : Dieu ne veut surement pas cela pour moi! Je suis trop imparfait pour cela! De toute façon, je n’y arriverai jamais!
 
Pourtant, dans son enseignement aux jeunes chrétiens d’Éphèse, saint Paul (Éphésiens 1, 3-8) est très affirmatif et clair. Lisons ce texte :
 
« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. »
 
Accueille cette bouleversante révélation en reconnaissant qu’elle te concerne personnellement. Il t’a béni et comblé de bénédictions même avant ta naissance. Il t’a choisi « pour que tu sois saint devant lui ». Il t’a préparé à être son fils, sa fille adoptive. Telle est sa bonté pour toi! Tu es pécheur? En Jésus le Père te donne le pardon de tes fautes!
 
Tu n’en es pas digne! Mais c’est une grâce à accueillir! Elle vient de la grande miséricorde de Dieu et nous est offerte gratuitement! Saint Paul l’explique avec insistance aux Éphésiens (2, 5-9) :
 
« Dieu est riche en miséricorde; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. »
 
Oui, Dieu le Père veut ta sanctification! Et il est allé jusqu’à envoyer son Fils pour t’y conduire! Il continue sans cesse à t’envoyer son Esprit pour te purifier et te renouveler.
 
Cet Esprit, grand don du Père, te rend capable de traduire dans ton quotidien, si petit soit-il, le rêve de Dieu sur toi : il te veut saint, sainte!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(10e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

dimanche 9 décembre 2018

Mes voeux pour Noël 2018

Dieu, que nous dis-tu par cet évènement
si improbable :
la naissance de ton Fils dans la pauvreté
d’une étable, y attirant les petits de ce monde?
Tu nous dévoile les secrets intimes et éternels
de ton cœur :
 
Je suis votre Père et je vous aime.
Je vous cherche avec une passion qui me brûle le cœur et bouleverse mes entrailles maternelles.
Je veux la justice, la paix et l’unité dans ma famille humaine.
 
Merci Père, de cette confidence. Au cœur des joies et des tourments de nos années 2018-2019, je veux l’accueillir avec le même cœur que Marie et Joseph et œuvrer à ton projet.
 
À vous, un Noël pacifiant et que soit sanctifiante l’année qui vient.
† Roger Ébacher

dimanche 2 décembre 2018

L'Avent : une mission d'amour au coeur de notre monde

Existe-t-il des legs plus précieux que celui d’un testament spirituel? Jésus lui-même nous a donné un tel testament. Jean, le disciple bien-aimé, l’a recueilli, médité puis mis pour nous par écrit. Jésus a terminé sa mission. C’est son dernier soir avec les siens. Au cours d’un repas d’adieu vécu dans un climat d’intimité et de tendresse, il dépose dans le cœur de ses disciples ses dernières instructions, l’assurance de sa présence et la promesse de généreux dons qui les rendront aptes à leur mission dans le monde. Avec ce premier dimanche de l’Avent, la mission d’amour du Sauveur se taille une place toute simple au cœur de notre monde par sa venue au cœur d’une famille bien humble. Cette mission d’amour est sans fin et elle est toujours actuelle dans notre d'aujourd’hui.  
 
Mon livre Il nous aima jusqu’au bout est disponible dans toutes les bonnes librairies (dont la Librairie Louis Fréchette, 313, rue Notre-Dame, Gatineau).
 

jeudi 29 novembre 2018

Est-ce que je veux devenir un saint?

Dieu veut notre sanctification. C’est saint Paul (1 Thessaloniciens 4, 3) qui l’enseigne catégoriquement à ses jeunes chrétiens, anciens païens qui ont bien de la difficulté à croire que Dieu les appelle à une telle qualité de vie. « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté. »  Est-ce que je le veux, moi?
 
Être un saint, c’est devenir un signe visible de l’amour miséricordieux et de sa présence quotidienne auprès de nous. Suis-je capable de vivre un tel état de sainteté dans le quotidien : dans ma famille, avec mes proches, sur la rue, au travail?
 
Il ne s’agit pas de prétendre imiter quelque « modèle de sainteté »! Tu as un chemin unique de sainteté, rêvé, voulu et préparé depuis toujours par Dieu spécialement pour toi. Voilà le chemin que tu dois suivre en aimant Dieu et les autres là où tu es, avec ce que tu es. Il s’agit de suivre Jésus sans jamais te décourager, en connaissant sa grande miséricorde et son amour pour toi.
 
Avec le pape François, fais un petit examen de conscience. « Ai-je envie de devenir un peu meilleur, d’être plus chrétien, plus chrétienne? Telle est la voie de la sainteté. Lorsque le Seigneur nous invite à devenir saints, il ne nous appelle pas à quelque chose de lourd, de triste... Au contraire! C’est l’invitation à partager sa joie, à vivre et à offrir avec joie chaque moment de notre vie, en le faisant devenir dans le même temps un don d’amour pour les personnes qui sont à nos côtés. Si nous comprenons cela, tout change et acquiert un sens nouveau, un beau sens, un sens qui commence avec les petites choses de chaque jour. Un exemple. Une dame va au marché faire les courses et rencontre une voisine et elles commencent à parler, puis arrivent les commérages et cette dame dit : “Non, non, moi, je ne parlerai mal de personne”. Cela est un pas vers la sainteté, cela nous aide à devenir plus saint. Puis, à la maison, ton enfant te demande de parler un peu de ses histoires : “Oh non, je suis si fatigué, j’ai beaucoup travaillé aujourd’hui...” — “Mais toi, installe-toi et écoute ton enfant, qui en a besoin!”. Et on s’installe, on écoute avec patience : cela est un pas vers la sainteté. […] Puis je vais dans la rue, je vois un pauvre, quelqu’un dans le besoin, je m’arrête, je l’interroge, je lui donne quelque chose : cela est un pas vers la sainteté. Ce sont de petites choses, mais tant de petits pas vers la sainteté. Chaque pas vers la sainteté fera de nous des personnes meilleures, libérées de l’égoïsme et de la fermeture sur soi, et ouvertes aux frères et à leurs nécessités. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(9e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 24 novembre 2018

Devenir enfant de Dieu

Tel est le titre du livre que j’ai publié en 2015 et qui porte sur la croissance spirituelle dans l'Évangile de Jean. Avec le début de l'Avent dans quelques jours, nous sommes invités à prendre du temps pour redécouvrir l'espérance que nous apporte la naissance du sauveur. "Devenir enfant de Dieu" peut vous aider. Ce livre est disponible à la Librairie Fréchette (313, rue Notre-Dame, Gatineau, tél. : 819-643-1861). https://mediaspaul.ca/catalogue/devenir-enfant-de-dieu-8681

vendredi 23 novembre 2018

Une dignité désarmante

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (18, 33b-37)
 
Dans les films de la franchise « James Bond », l’agent 007 a toujours la mission de trouver et arrêter le méchant personnage qui veut prendre le contrôle de la planète. Le but ultime de ce personnage est de devenir le « Roi de l’Univers » avec son armée et son armement. L’agent secret est alors le sauveur. Chaque film se termine de la même façon avec la victoire de M. Bond et la fin du rêve du méchant.
 
En ce dimanche du Christ Roi où nous célébrons la royauté de notre Seigneur Jésus comme « Roi de l’Univers », l’Évangile de saint Jean nous invite à réfléchir sur le type de royauté dont parle Jésus devant Pilate. Pour ce dernier, si Jésus est roi des Juifs, ne devrait-il pas avoir des gardes et une armée à ses côtés pour le défendre? Jésus lui répond que sa royauté « n’est pas de ce monde ». Il l’invite à voir un autre type de royauté : un régime qui fait référence non pas à la domination d’un souverain sur un peuple, mais qui « témoigne de la vérité ».
 
La royauté de Jésus, c’est le don de sa vie. Son témoignage d’amour, d’accueil, de pardon par ses paroles et ses gestes est encore un message qui touche les cœurs et qui invite les baptisés à servir et à être des signes d’espérance dans le monde d’aujourd’hui. Notre monde n’a-t-il pas besoin d’une révolution de la tendresse comme l’affirmait le pape François? Une révolution qui met de côté la haine, les guerres, les dictatures, de même que l’exploitation des humains et des ressources de notre terre mère.
 
Oui, célébrer le Christ Jésus « Roi de l’Univers », ce n’est pas le garder dans un palais et sur un trône, mais marcher à sa suite avec et pour nos frères et sœurs. Il faut, comme le rappelle si souvent le pape, que les bergers sentent l’odeur des brebis.
 
René Laprise
Diacre permanent
(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

dimanche 18 novembre 2018

Sainte ou saint au ras de la vie

Être un saint, une sainte, c’est être en union de pensée et de cœur avec Dieu Père, Fils et Esprit; et c’est aimer son prochain. De telles attitudes peuvent se vivre dans toutes les conditions de vie, dans quelque métier que l’on soit, exécutant quelque tâche qui nous incombe.
 
Qui que tu sois, quel que soit ton état de vie, tu es appelé à la sainteté. Devenir un saint est un don de la grâce Dieu. C’est l’œuvre de l’Esprit en nous. Mais il faut y collaborer dans les gestes quotidiens, même les plus petits, de notre vie la plus ordinaire.
 
Le pape François (par. 14) le montre par divers exemples qui peuvent nous éclairer et nous stimuler.
 
« Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels. »
 
Ailleurs, le pape explique : « Sois saint en devenant un signe visible de l’amour de Dieu et de sa présence à nos côtés. Voilà : chaque état de vie conduit à la sainteté, toujours! Chez toi, dans la rue, au travail, dans l’Église, à ce moment et dans ton état de vie a été ouverte la voie vers la sainteté. Ne vous découragez pas et allez sur cette voie. C’est vraiment Dieu qui nous donne la grâce. Le Seigneur ne demande que cela : que nous soyons en communion avec Lui et au service de nos frères. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(8e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 9 novembre 2018

Tu es appelé à la sainteté

On peut être porté à penser que la sainteté est réservée à certaines catégories de membres de l’Église : papes, évêques, religieuses et religieux, personnes contemplatives. La Bible nous enseigne que ce n’est pas le cas : elle nous fait connaître une multitude de ces personnes, toutes différentes, appelées à la sainteté. Chaque appel diffère et est ajusté à la personnalité de celui ou celle appelés à suivre un chemin, son chemin de sanctification.
 
C’est ce que le pape François explicite bien : « Il y a des témoins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pour que nous les copiions, car cela pourrait même nous éloigner de la route unique et spécifique que le Seigneur veut pour nous. Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1 Corinthien 12,7) et qu’il ne s’épuise pas en cherchant à imiter quelque chose qui n’a pas été pensé pour lui. » (par. 11)
 
Ce qui importe, c’est que chacun progresse dans les chemins de la sainteté en réalisant « ce projet unique et inimitable que Dieu a voulu pour lui de toute éternité. »
 
Les saints ne sont pas copiés les uns sur les autres. Chacun est unique : Dieu le veut ainsi de toute éternité et lui donne les grâces pour répondre à cet appel unique, personnalisé, différent de tous les autres.
 
Certes, les saintes et saints qui nous ont précédés peuvent nous inspirer, nous stimuler dans notre marche. Mais nous n’avons pas à prétendre les reproduire en nous. Chaque personne croyante est une œuvre unique façonnée par l’Esprit de Jésus ressuscité selon le plan d’amour éternel du Père. À chacune, à chacun de collaborer dans la foi amoureuse à cette œuvre divine.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(7e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 2 novembre 2018

« Les saints de la porte d’à côté »

C’est là une belle expression du pape François (par. 6) pour parler des saintes et des saints que nous côtoyons quotidiennement, hélas souvent sans nous en rendre compte. Il les qualifie aussi de « la classe moyenne de la sainteté. » De qui s’agit-il?
 
Le pape l’a expliqué lors de l’angélus du 1er novembre 2015. Ce sont les personnes « qui se sont efforcées, avec la grâce de Dieu, d’appliquer l’Évangile dans leur vie normale de tous les jours. Des saints comme ça, on en a rencontré nous aussi; peut-être en avons-nous eu un dans notre famille, ou bien parmi nos amis et connaissances. Nous devons leur être reconnaissants, mais surtout être reconnaissants à Dieu qui nous les a donnés, qui les a mis près de nous, comme des exemples vivants et contagieux d’une manière de vivre et de mourir, fidèles au Seigneur Jésus et à son Évangile. »
 
Depuis très longtemps, je suis convaincu que dans chaque paroisse, dans chaque communauté, si petite soit-elle, il y a des saints. Ne dit-on pas : « Un tel, c’est un vrai saint! » Nous en côtoyons tous les jours. Ces personnes sont des exemples qui nous enseignent comment vivre un aspect ou l’autre de l’Évangile.
 
Ces personnes ne seront sans doute pas canonisées. Mais elles doivent nous inspirer durant leur vie et continuer, après leur mort, à vivre dans le mémoire et dans le cœur des personnes qui les ont côtoyées, ont vu leur qualité de vie chrétienne, leur foi, leur espérance, leur charité, leur bonté, leur patience, leur générosité.
 
Le pape ajoutait : « Imiter leurs gestes d’amour et de miséricorde est un peu comme perpétuer leur présence sur cette terre. Et en effet, ces gestes évangéliques sont les seuls qui résistent à la destruction de la mort : un geste de tendresse, une aide généreuse, un moment passé à écouter, une visite, une bonne parole, un sourire… À nos yeux ces gestes peuvent sembler insignifiants, mais aux yeux de Dieu ils sont éternels, car l’amour et la compassion sont plus forts que la mort. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(6e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 26 octobre 2018

Communiquer avec les saints

Nous trouvons un bel exemple de cette communication entre les saints et saintes et nous qui œuvrons, souvent dans la peine, à faire la volonté de Dieu sur cette terre. Rappelant l’affirmation rassurante de l’Apocalypse 6,9-10 que les saints prient Dieu pour nous, surtout dans nos moments de souffrances et de détresses, le pape François affirmait et explicitait : « Les saints qui sont déjà parvenus en la présence de Dieu gardent avec nous des liens d’amour et de communion. » (par. 4
 
Il convient ici de lire longuement le beau témoignage du pape Benoit XVI, donné lors de l’inauguration de son ministère papal. Il commente les litanies des saints chantées lors des funérailles de Jean-Paul II, durant le conclave, puis lors de cette messe d’inauguration.
 
« Chaque fois, de manière toute particulière, j’ai ressenti, pendant cette prière chantée, une grande consolation. Combien nous nous sommes-nous sentis abandonnés après le départ de Jean-Paul II! Pendant plus de 26 ans, ce Pape a été notre pasteur et notre guide sur le chemin à travers ce temps. Il a franchi le seuil vers l’autre vie – entrant dans le mystère de Dieu. Mais il n’accomplissait pas ce passage tout seul. Celui qui croit n’est jamais seul – il ne l’est pas dans la vie, et pas même dans la mort. À ce moment-là, nous avons pu invoquer les saints de tous les siècles – ses amis, ses frères dans la foi, sachant qu’ils ont été le cortège vivant qui l’a accompagné dans l’au-delà, jusqu’à la gloire de Dieu. […] De nouveau, nous avons été consolés alors que nous accomplissions l’entrée solennelle en conclave pour élire celui que le Seigneur avait choisi. Comment pouvions-nous reconnaître son nom? Comment 115 Évêques, provenant de toutes les cultures et de nombreux pays, pouvaient-ils trouver celui auquel le Seigneur désirait conférer la mission de lier et de délier? Encore une fois, nous le savions : nous savions que nous n’étions pas seuls, nous nous savions entourés, conduits et guidés par les amis de Dieu. Et maintenant, en ce moment, moi-même, fragile serviteur de Dieu, je dois assumer cette charge inouïe, qui dépasse réellement toute capacité humaine. Comment puis-je faire cela? Comment serai-je en mesure de le faire? Vous tous, chers amis, vous venez d’invoquer la troupe innombrable des saints, représentés par certains des grands noms de l’histoire de Dieu avec les hommes. De cette manière, se ravive aussi en moi cette conscience : je ne suis pas seul. Je ne dois pas porter seul ce que, en réalité, je ne pourrais jamais porter seul. La troupe des saints de Dieu me protège, me soutient et me porte. Et votre prière, chers amis, votre indulgence, votre amour, votre foi et votre espérance m’accompagnent. En effet, à la communauté des saints n’appartiennent pas seulement les grandes figures qui nous ont précédés et dont nous connaissons les noms. Nous sommes tous la communauté des saints, nous, les baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, nous qui vivons du don de la chair et du sang du Christ, par lesquels il a voulu nous transformer et nous rendre semblables à lui. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(5e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 18 octobre 2018

Une nuée de témoins

L’auteur de la lettre aux Hébreux, au chapitre 12 nous donne un émouvant portrait de la multitude des saintes et saints qui ont marqué l’histoire du peuple de Dieu. Et il signale que, mortes, ces personnes continuent à nous environner, à nous soutenir et à nous fortifier dans notre marche vers le but de notre vie : être des saints et des saints pour toujours chez le Père, avec Jésus. D’où l’interpellation : « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée. »
 
Lisons le beau commentaire du pape François :
« On y parle d’Abraham, de Sara, de Moïse, de Gédéon et de plusieurs autres (cf. 11, 1-12, 3) et surtout on nous invite à reconnaître que nous sommes enveloppés “d’une si grande nuée de témoins” (12, 1) qui nous encouragent à ne pas nous arrêter en chemin, qui nous incitent à continuer de marcher vers le but. Et parmi eux, il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2 Tm 1, 5). Peut-être leur vie n’a-t-elle pas toujours été parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l’avant et ils ont plu au Seigneur. » (par. 3)
 
Ouvrons les yeux. Activons notre mémoire. Souvenons-nous des personnes qui nous ont aidés, accompagnés, soutenus avec patience, pardonnés avec grande bonté au cours de nos années passées. Elles sont maintenant décédées. Ne sont-elles pas toujours des témoins vivants pour moi? Des témoins qui me parlent au cœur? Garder leur souvenir m’aide-t-il à entendre l’appel de Jésus à grandir dans ma vie chrétienne et à y répondre?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(4e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 12 octobre 2018

Une multitude

Il n’y a pas que les personnes qui ont été déclarées vénérables, bienheureuses ou qui ont été canonisées par l’Église qui sont au ciel. Il existe une multitude de saintes et de saints que personne ne peut compter!
 
En fait, Dieu nous veut tous et toutes saints éternellement devant lui. Il nous veut pour toujours avec lui. Être des saints, c’est « la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. » (par. 1)
 
Partout dans la Bible, et sous diverses formes, Dieu fait entendre cet appel à la sainteté. C’est déjà ce qu’il proposait à Abraham : « Marche en ma présence et sois parfait » (Genèse 17, 1).
 
Nous apprenons à connaître en particulier par les célébrations liturgiques, mais aussi par les livres de piété ou des revues religieuses, les noms et la vie de saintes et de saints. Il s’agit alors de personnes béatifiées ou canonisées. Elles ont vécu les vertus chrétiennes d’une façon héroïque, allant parfois jusqu’au martyre pour tenir bon dans leur témoignage pour Jésus. Elles ont aussi donné d’une façon exemplaire leur vie dans l’amour et le service des autres, surtout des plus démunis. « Ce don exprime une imitation exemplaire du Christ et est digne d’admiration de la part des fidèles. » (par. 5)
 
Mais prenons le temps de regarder les personnes défuntes de notre famille, de notre parenté, de notre entourage. Sommes-nous capables d’identifier des personnes dignes d’être considérées comme vénérables ou saintes par la qualité de leur vie? Osons-nous leur demander de prier pour nous?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(3e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 6 octobre 2018

Appel à la joie

Je profite de la publication du texte du pape François Gaudete et exsultate pour rappeler la grande place que le pape reconnaît à la joie dans la vie chrétienne. Nous connaissons les grands textes de notre pape qui parlent de joie dans leur titre même. Mais le pape a parlé de la joie dans de multiples autres occasions.
 
Je ne retiens qu’un exemple. Le pape s’adresse à de futurs prêtres : « La vraie joie ne vient pas des choses, du fait d’avoir, non! Elle naît de la rencontre, de la relation avec les autres, elle naît du fait de se sentir acceptés, compris, aimés, du fait d’accepter, de comprendre et d’aimer, et ceci non pas en raison de l’intérêt d’un moment, mais parce que l’autre, homme, femme, est une personne. La joie naît de la gratuité d’une rencontre! C’est s’entendre dire : “Tu es important pour moi” […] En vous appelant, Dieu vous dit : “Tu es important pour moi, je t’aime, je compte sur toi”. Jésus dit ceci à chacun de nous! C’est de là que naît la joie! La joie du moment où Jésus m’a regardé. Comprendre et sentir cela est le secret de notre joie. Se sentir aimé de Dieu, sentir que pour lui nous ne sommes pas des numéros, mais des personnes, et sentir que c’est Lui qui nous appelle. […] N’ayez pas peur de montrer votre joie d’avoir répondu à l’appel du Seigneur, à son choix d’amour, et de témoigner de son Évangile dans le service de l’Église. Et la joie, la vraie, est contagieuse, elle contamine. » (document du Pape)
 
Il est bon de nous rappeler cette joie alors que nous entrons dans la méditation du texte du pape qui nous fait entendre l’appel d’amour de Jésus qui nous veut toutes des saintes, des saints.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(2e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 28 septembre 2018

Ce n’est pas un concours de popularité

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (9, 38-43.45.47-48)
 
Avec l’arrivée du mois d’octobre se termine la campagne électorale au Québec. Depuis quelques semaines, les candidats et candidates des partis politiques ont fait campagne pour se faire connaître. Nous les avons vus sur des affiches, dans les médias, dans les rassemblements publics ou encore nous les avons accueillis à notre porte. Ils veulent partager leurs idées et leurs projets et ainsi offrir leur disponibilité à servir. Le rôle d’un élu est donc d’abord de servir et non un concours de popularité.
 
Depuis quelques dimanches, les textes de l’évangile selon saint Marc nous font découvrir que l’action d’évangéliser n’est pas non plus un concours de popularité, mais une mission de service, dans la simplicité, le respect et l’humilité. « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » disait Jésus à ses disciples. Jésus donne ici l’attitude profonde et essentielle pour ceux et celles qui veulent marcher à sa suite. L’annonce de la Bonne nouvelle passe par des gestes d’amour, de miséricorde, de partage et d’espérance envers les plus petits, sans tambour ni trompette.
 
L’évangile de ce dimanche est également un rappel que la mission d’évangéliser n’est pas uniquement l’affaire de ceux qui suivent Jésus. Pour le Christ, celui qui fait un miracle en son nom ne peut pas parler en mal de lui. Il dira à ses disciples, « celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». Ainsi, chacun et chacune, selon ses talents et ses dons, peut contribuer à la mission d’évangélisation pour la construction d’un monde de justice et de paix.
 
René Laprise
Diacre permanent
(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

dimanche 23 septembre 2018

« Soyez dans la joie…! »

Ce titre nous fait penser au pape François! Un des grands thèmes de son pontificat est bien la joie. Il y revient constamment, soit comme un appel, soit comme le fruit d’une vie chrétienne vécue sous la mouvance de l’Esprit.
 
Le 19 mars 2018, en la fête de saint Joseph, ce grand et humble saint que le pape affectionne, il a signé un texte intitulé : Soyez dans la joie et l’allégresse. C’est sa troisième exhortation apostolique, après La joie de l’Évangile (dans laquelle le pape faisait connaître au monde les grandes lignes de ce que sera son pontificat) et La joie de l’amour (dans laquelle le pape donnait de précieux enseignements sur la famille).
 
Le récent texte a pour thème : l’appel à la sainteté dans le monde actuel. Depuis le début de son pontificat, le pape revient souvent sur ce thème. Car la sainteté est au cœur du mystère chrétien. Elle est aussi la condition fondamentale pour une vie de disciple missionnaire. Car c’est du cœur sanctifié par l’Esprit que jaillit l’énergie nécessaire pour offrir au monde d’aujourd’hui le message évangélique.
 
Quoi ne pas attendre et quoi attendre de ce texte? Le pape répond clairement à ces deux questions dès le second paragraphe de l’exhortation apostolique.
 
« Il ne faut pas s’attendre, ici, à un traité sur la sainteté, avec de nombreuses définitions et distinctions qui pourraient enrichir cet important thème, ou avec des analyses qu’on pourrait faire concernant les moyens de sanctification. Mon humble objectif, c’est de faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités. En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons “saints et immaculés en sa présence, dans l’amour” (Ep 1, 4). »
 
Je me propose, pour les prochains textes de ce blogue, de faire ressortir les grands thèmes de ce document. Mais je vous invite d’ici là à le lire. Il est le moins long des exhortations pontificales du présent pape. Le langage est simple, parfois même humoristique, proche de la vie. Texte dynamique et inspirant, qui ne décourage pas, mais au contraire montre que la sainteté est accessible dans la vie la plus ordinaire!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(1er texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 14 septembre 2018

La miséricorde, cœur battant de l’Évangile

« L’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Évangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. L’Épouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne. » (pape François) Ainsi doivent agir les véritables enfants de Dieu le Père, les sœurs et frères de Jésus animés par son Esprit.
 
La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son annonce de l’Évangile et dans son témoignage au monde, rien ne doit en être privé. Cette attitude est donc aussi à vivre envers toutes les personnes, les couples, les familles qui souffrent toutes sortes de blessures, rappelle le pape François dans son texte magistral La joie de l’amour (par. 309). Il nous faut souvent nous rappeler que nous ne sommes pas des contrôleurs, mais bien des facilitateurs de la grâce. L’Église n’est pas une douane, elle est « la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile ». (La joie de l’Évangile, par. 47)
 
Dans toutes nos pensées, nos paroles, nos actions et même nos omissions, « on doit toujours mettre un soin particulier à souligner et encourager les valeurs plus hautes et centrales de l’Évangile, surtout la primauté de la charité comme réponse à l’initiative gratuite de l’amour de Dieu. » (La joie de l’amour, par 311) Il nous coûte parfois beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu! « Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile. » La miséricorde n’exclut pas la justice et la vérité, mais avant tout, nous devons dire qu’elle est la plénitude de la justice et la manifestation la plus lumineuse de la vérité de Dieu. C’est pourquoi, toutes les notions qui remettent en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde, sont inadéquates, donc à revoir.
 
Voilà un cadre qui nous situe dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux pour traiter avec les personnes vivant des situations matrimoniales « irrégulières ». Il nous fait tendre toujours à comprendre, à pardonner, à accompagner, à attendre, et surtout à intégrer. C’est, dit le pape (par. 15), la logique qui doit prédominer dans l’Église, pour « faire l’expérience d’ouvrir le cœur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes ». Toutes les personnes qui accompagnent des couples blessés pourront ainsi les « écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(58e et dernier texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 7 septembre 2018

La loi morale ne suffit pas pour guider la vie

Le pape François demande avec insistance et courage aux catholiques de ne pas juger sans miséricorde les actes des personnes divorcées et remariées. « Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain. » (La joie de l’amour, par. 302)
 
Bien que nécessaires, les principes généraux ne suffisent pas. Plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre de défaillances. Plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient. Alors, conclut le pape, « les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières. »
 
S’adressant surtout à ceux et à celles qui accompagnent des personnes qui vivent des situations « irrégulières » (mais ça vaut pour tous), le pape ajoute qu’on ne peut pas se satisfaire d’appliquer des lois morales et des règles. « À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations. En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu. »
 
Sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour, faisant confiance à la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible.
 
Mais que dire aux personnes qui préfèrent une attitude plus rigide et insistent sur la norme morale? Il faut les aider « à assumer la logique de la compassion avec les personnes fragiles et à éviter les persécutions ou les jugements trop durs ou impatients. L’Évangile lui-même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner (cf. Mt 7, 1; Lc 6,37). » (par. 308) Jésus « attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse ».
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(57e texte d’une série sur La joie de l’amour)