vendredi 14 septembre 2018

La miséricorde, cœur battant de l’Évangile

« L’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Évangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. L’Épouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne. » (pape François) Ainsi doivent agir les véritables enfants de Dieu le Père, les sœurs et frères de Jésus animés par son Esprit.
 
La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son annonce de l’Évangile et dans son témoignage au monde, rien ne doit en être privé. Cette attitude est donc aussi à vivre envers toutes les personnes, les couples, les familles qui souffrent toutes sortes de blessures, rappelle le pape François dans son texte magistral La joie de l’amour (par. 309). Il nous faut souvent nous rappeler que nous ne sommes pas des contrôleurs, mais bien des facilitateurs de la grâce. L’Église n’est pas une douane, elle est « la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile ». (La joie de l’Évangile, par. 47)
 
Dans toutes nos pensées, nos paroles, nos actions et même nos omissions, « on doit toujours mettre un soin particulier à souligner et encourager les valeurs plus hautes et centrales de l’Évangile, surtout la primauté de la charité comme réponse à l’initiative gratuite de l’amour de Dieu. » (La joie de l’amour, par 311) Il nous coûte parfois beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu! « Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile. » La miséricorde n’exclut pas la justice et la vérité, mais avant tout, nous devons dire qu’elle est la plénitude de la justice et la manifestation la plus lumineuse de la vérité de Dieu. C’est pourquoi, toutes les notions qui remettent en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde, sont inadéquates, donc à revoir.
 
Voilà un cadre qui nous situe dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux pour traiter avec les personnes vivant des situations matrimoniales « irrégulières ». Il nous fait tendre toujours à comprendre, à pardonner, à accompagner, à attendre, et surtout à intégrer. C’est, dit le pape (par. 15), la logique qui doit prédominer dans l’Église, pour « faire l’expérience d’ouvrir le cœur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes ». Toutes les personnes qui accompagnent des couples blessés pourront ainsi les « écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(58e et dernier texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 7 septembre 2018

La loi morale ne suffit pas pour guider la vie

Le pape François demande avec insistance et courage aux catholiques de ne pas juger sans miséricorde les actes des personnes divorcées et remariées. « Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain. » (La joie de l’amour, par. 302)
 
Bien que nécessaires, les principes généraux ne suffisent pas. Plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre de défaillances. Plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient. Alors, conclut le pape, « les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières. »
 
S’adressant surtout à ceux et à celles qui accompagnent des personnes qui vivent des situations « irrégulières » (mais ça vaut pour tous), le pape ajoute qu’on ne peut pas se satisfaire d’appliquer des lois morales et des règles. « À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église. Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations. En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu. »
 
Sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour, faisant confiance à la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible.
 
Mais que dire aux personnes qui préfèrent une attitude plus rigide et insistent sur la norme morale? Il faut les aider « à assumer la logique de la compassion avec les personnes fragiles et à éviter les persécutions ou les jugements trop durs ou impatients. L’Évangile lui-même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner (cf. Mt 7, 1; Lc 6,37). » (par. 308) Jésus « attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse ».
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(57e texte d’une série sur La joie de l’amour)