samedi 20 mai 2017

L’Esprit qui donne la vie

La communauté chrétienne rassemblée atteste sa foi en disant : « Je crois en l’Esprit-Saint qui est Seigneur et qui donne la vie. » Que signifions-nous quand nous faisons cette proclamation de notre foi? Nous reconnaissons que l’Esprit-Saint est à l’origine d’une nouvelle naissance : celle des enfants de Dieu recevant une vie spirituelle et éternelle de leur Père par Jésus ressuscité et par son Esprit. Comment le savons-nous? C’est saint Jean qui nous l’apprend.
 
Jésus déclare à Nicodème (Jean 3, 1-17), un maître et un notable dans son peuple : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » Nicodème est estomaqué! « Comment un homme pourrait-il naître s'il est vieux? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître? » Jésus insiste et précise : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » Certes, l’Esprit est bien mystérieux. Comme le vent, nous ne savons pas d’où il vient ni où il va. Mais nous expérimentons ses effets : il donne la vie éternelle. Et il le fait par le lien vital qu’il crée entre le croyant et Jésus qui, du haut de la croix, a livré son Souffle (Esprit) à ceux qui croient (Jean 19, 30. 34). En somme, cette œuvre de l‘Esprit est en même temps l’œuvre du Fils mort et ressuscité et en dernier essor l’œuvre du Père qui est source de toute vie. Dieu a tant aimé le monde! Il a voulu faire de ceux qui croient en Jésus ses propres enfants, membres de sa famille divine. Voilà ce que font la foi et le baptême, par l’Esprit de Jésus.
 
Le sacrement du baptême est le moyen voulu par le Père pour que Jésus ressuscité donne son Esprit qui est vie éternelle à celles et ceux qui croient.
 
Suis-je conscient de cet immense cadeau? J’ai développé ces réalités dans mon livre intitulé : Devenir enfant de Dieu. Je vous invite à le lire, à méditer les pages qui vous rejoignent le plus, qui parlent à votre cœur et vous révèlent l’étonnant mystère que vous portez au fond de vous : un cœur neuf, le cœur d’un enfant de Dieu qui se fait follement chéri par le Père, cœur qui est habité par l’Esprit de Jésus ressuscité y apportant la vie divine en abondance.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

mercredi 17 mai 2017

Comment connaître l’Esprit-Saint?

Nous proclamons notre foi en communauté, durant la messe dominicale : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; il procède du Père et du Fils; avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;  il a parlé par les prophètes. »
 
D’où nous vient cette connaissance de la troisième personne de la Sainte Trinité? Pour connaître Dieu et quelques aspects de son mystère intime comme de ses actions dans nos vies personnelles, nos communautés, nos sociétés et notre monde, nous ne pouvons pas nous contenter de puiser dans nos connaissances naturelles des réalités. Car « seul Dieu peut bien parler de Dieu. » C’est donc dans la Parole de Dieu qu’il nous puiser pour en venir à connaître, au moins un peu, cet Esprit à la fois bien mystérieux et bien actif parmi nous et en nous.
 
Car il faut ajouter que nous pouvons aussi avoir une certaine connaissance de l’Esprit de Jésus et du Père en nous, si nous sommes attentifs, dans la prière et le discernement, aux mouvements que provoque la présence de cet Esprit divin dans notre affectivité spirituelle. Je pense à la place reconnue à l’Esprit consolateur dans la méthode de saint Ignace pour en venir à discerner les mouvements de l’Esprit dans notre vie spirituelle, y soulignant le rôle fondamental de ces consolations. Mais remontons plus avant : chez le prophète Isaïe. « Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. » L’Esprit de Dieu vient consoler le peuple en exil.
 
Jésus, c’est le Fils de Dieu envoyé pour parler au cœur des croyants, de toutes les personnes de bonne volonté. Toujours, il offre l’Esprit-Saint, celui que nous aimons appeler : « l’Esprit consolateur »
 
« Viens, Esprit-Saint […] Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos, dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort... »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 13 mai 2017

L’exultation pascale

Alors que nous approchons de la Pentecôte, notre cœur doit s’imprégner de la joie de Pâques. Exultation de celles et ceux qui suivent le Christ dans sa Pâque! Laissons-la doucement chanter dans nos cœurs.

Nous te louons, splendeur du Père. Jésus, Fils de Dieu. 
Qu’éclate dans le ciel la joie des anges!
Qu’éclate de partout la joie du monde
Qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu
La lumière éclaire l’Église,
La lumière éclaire la terre, peuples, chantez!
Voici pour tous les temps l’unique Pâque,
Voici pour Israël le grand passage,
Voici la longue marche vers la terre de liberté!
Ta lumière éclaire la route,
Dans la nuit ton peuple s’avance, libre, vainqueur! […]
Voici maintenant la Victoire,
Voici la liberté pour tous les peuples,
Le Christ ressuscité triomphe de la mort.
Ô nuit qui nous rend la lumière,
Ô nuit qui vit dans sa Gloire le Christ Seigneur!
Amour infini de notre Père,
Suprême témoignage de tendresse,
Pour libérer l’esclave, tu as livré le Fils!
Bienheureuse faute de l’homme,
Qui valut au monde en détresse le seul Sauveur!
Victoire qui rassemble ciel et terre,
Victoire où Dieu se donne un nouveau peuple
Victoire de l’Amour, victoire de la Vie.
Ô Père, accueille la flamme,
Qui vers toi s’élève en offrande, feu de nos cœurs!
Que brille devant toi cette lumière!
Demain se lèvera l’aube nouvelle
D’un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils!
Et que règnent la Paix, la Justice et l’Amour,
Et que passent tous les hommes
De cette terre à ta grande maison, par Jésus Christ!

Laissons ces mots pénétrer jusqu’au fond de nos cœurs et que leur Souffle y active le feu qui y pétille pour qu’il « s’enflamme d’avantage, comme une torche en mouvement. » (s. Augustin)

lundi 8 mai 2017

Les énergies pascales qui nous habitent

La veille de sa Pâques, de son élévation auprès du Père par la croix, la résurrection et l’ascension, Jésus donnait des paroles éternelles à ses amis, et à nous qui voulons le devenir de plus en plus chaque jour. C’est son précieux, inépuisable, irremplaçable, testament.
 
Jésus nous y invite à lui faire confiance. Et il en est bien digne. Car il est le Fils éternel envoyé par le Père pour nous parler de cet Amour qui est la source vivante et donneuse de vie éternelle, jaillissant au cœur du monde. « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » (Jean 14, 1) Croire en la personne et aux paroles de Jésus, c’est dès ici-bas obtenir la vie éternelle et recevoir la promesse de la résurrection de tout notre être au dernier jour. Quelle force pour rassurer nos cœurs si souvent bouleversés!
 
Croire en Jésus ressuscité ouvre pour nous une brèche dans le mur de la mort. Jésus a vécu sa Pâque à travers sa mort pour aller chez le Père nous y préparer une place. Et il promet : « Je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. » (Jean 14, 3)
 
Disciples de Jésus, notre vie trouve en lui son sens, son orientation, son véritable but. Sans un tel but éternel, que valent nos projets de toutes sortes? Certes, ils portent des espoirs, ils sèment des réalités souvent grandioses dans notre histoire. Mais tout cela est mortel, éphémère, temporel. Jésus nous en averti : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean 15, 5) C’est en demeurant enté sur Jésus ressuscité que nous portons des fruits qui demeurent. Quelle espérance et quelle énergie ainsi semées en nous!
 
Ces fruits éternels ne peuvent être que ceux de la charité. Seul l’amour ne passera jamais. Et Dieu, qui est Amour, nous veut chez lui, qui est chez nous, avec Jésus. Agit en nous comme un puissant élan et un attrait dynamisant la dernière prière de Jésus pour les siens, pour nous : « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. » (Jean 17, 28)
 
Nous vivons notre Pâque avec, au cœur, ces dynamismes qui sont œuvres, fruits du Père, par Jésus ressuscité agissant par l’Esprit gémissant en nos cœurs : « Père! » (Jean 17, 1)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 5 mai 2017

Jésus ressuscité m’a cherché et trouvé

L’évangéliste Luc (24, 13-35) raconte un événement qui s’est produit le soir même du jour où le tombeau de Jésus a été trouvé ouvert et vide. (Jean, 20, 1-2) Il nous présente deux disciples, dont il ne nomme qu’un : Cléophas. Je me reconnais dans l’autre, l’anonyme.
 
Comme ces deux-là, j’ai vécu de nombreuses années, comme baptisé puis comme prêtre, avec des doutes au cœur sur mon orientation vocationnelle, une profonde déception face à diverses dimensions de la vie de l’Église. Comme eux, je connaissais tout sur la vie et la mort de Jésus, aussi sur les dires qu’il est ressuscité. Mais c’était une connaissance théorique, incapable de dynamiser ma vie, lourde et souvent triste.
 
Puis, sans que je sache pourquoi ni comment, un jour de ce mois de juillet il y a 42 ans, Jésus ressuscité a fait irruption dans ma vie. Depuis, je cherche à reprendre contact avec cet instant, court comme un éclair, mais qui a illuminé et brûlé mon cœur. Je n’y parviens pas! Mais je ne peux pas oublier le tremblement intérieur, l’éruption provoquée dans ma vie par cette visite. Les Écritures sont devenues un flot jaillissant dans la mémoire de mon cœur. Elles me parlaient d’un Vivant. Elles me murmuraient, même impétueusement m’ordonnaient, mais avec tendresse, d’oser affirmer : « Jésus est vraiment ressuscité! ».
 
Quel don bouleversant que celui de la foi en Jésus vainqueur du mal et de la mort, vivant et venant me rejoindre sur mes chemins de vie, m’y révélant même qu’il m’y précède toujours.
 
Le Vivant me demandait de témoigner en sa faveur dans le procès que le monde continue à lui faire. J’ai été, hélas, plus souvent un gardien d’institution qu’un témoin audacieux et humble!
 
Mais Jésus ressuscité ne m’a jamais abandonné. Le choc sismique provoqué il y a 42 ans par l’irruption de Jésus ressuscité est toujours actif en moi, malgré tant d’infidélités et d’oublis. En ressuscitant Jésus, le Père a attesté l’authenticité de son identité de Fils de Dieu, la vérité dc tout son ministère : actes, paroles, mort ignominieuse en croix. Et le cœur blessé (Jean 19, 34) du Ressuscité est la source inépuisable de l’Esprit du Père pour ses enfants qui acceptent de lui faire confiance. Source enfouie en moi par mon baptême, jaillie comme un geyser en ce juillet 1975, devenue plus discrète mais sans cesse me dynamisant par la vie même du Vivant.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 1 mai 2017

Le GPS qui guide notre Pâque vers le Père

Jésus avait un GPS qui l’a guidé durant sa vie et sa mort : sa Pâque, son passage de ce monde vers le Père. C’était la volonté de son Père. Il l’a affirmé à ses disciples : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. » (Jean 4, 34) Et encore : « Celui qui m’a envoyé est avec moi; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. » (Jean 8, 29)
 
C’est particulièrement durant son agonie que nous pouvons voir comment, au plus profond de sa détresse, Jésus a cherché son chemin en se laissant guider par cette divine et mystérieuse volonté du Père sur lui. « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » Puis, il tombe à terre et prie pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux! » (Marc 14, 34-36)
 
Jésus a vécu son chemin pascal en s’orientant sur la volonté du Père qui l’a envoyé. Il vit cette Pâque avec au cœur un amour filial et un courage bien décidé à obéir au Père, à lui faire totalement confiance, quelles que soient les difficultés de ce chemin qui doit donner comme fruit la vie éternelle pour tous les humains. Et sa dernière parole est pacifiée et filiale : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » (Luc 23,46)
 
« Il n’y a pas de moment ou d’action de la vie d’un croyant qui ne puisse être transformé en un acte d’obéissance amoureuse au Père. Il suffit que nous nous demandions avec un peu de recueillement et d’insistance : qu’est-ce que le Seigneur veut que je fasse en ce moment et dans cette circonstance? » (Raniero Cantalamessa) Les évangiles nous montrent que c’est ainsi que faisait Jésus.
 
Et c’est pour que sa Pâque devienne la nôtre au ras des jours et des aléas divers, avec leurs joies et leurs peines, que Jésus a ajouté : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. » (Jean 12, 26) Notre GPS, c’est Jésus ressuscité nous incitant sans cesse par son Esprit à nous conduire comme des filles et des fils qui se savent tendrement chéris par le Père qui veut que nous passions avec son Fils vers notre demeure éternelle. La vie, les gestes, les paroles du Fils incarné nous montrent et nous disent constamment le chemin vers le Père.
 
Quelle espérance est ainsi semée dans notre histoire, même au cœur de ses moments les plus douloureux! Le Père, notre Père ne nous laisse jamais seuls et il nous aime! Et il veut nous honorer pour toujours avec Jésus chez lui, chez nous.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 28 avril 2017

Notre Pâque

La Pâque de Jésus, son passage de ce monde chez le Père, est le plein accomplissement de sa mission. Il a pris notre chair, avec ses beautés et ses lourdeurs, pour que nous passions avec lui chez le Père. Il est par le mystère de sa mort et de sa résurrection l’initiateur et le couronnement de notre salut. C’est lui qui y fait tout.
 
Mais il ne suffit pas de passivement accueillir ce don de notre salut qui est vie éternelle. Il nous faut vivre notre propre Pâque, passer avec Jésus chez le Père. Et encore là, Jésus est l’initiateur qui nous met en marche dans ce passage.
 
Par le don de la foi et du baptême, nous recevons l’Esprit qui était promis. C’est bien Jésus, lui qui est passé de la mort à la vie, « qui baptise dans l'Esprit Saint. » (Jean 1, 33) Nous sommes lavés par son sang, nourris de sa chair, habités par son Esprit. Telle est la richesse qu’il nous confie pour que, durant notre Pâque, notre passage sur cette terre en marche vers notre patrie, nous devenions des témoins crédibles, qui osent, comme Marie de Magdala, proclamer par leurs vies : « J’ai vu le Seigneur! » (Jean 20, 18) et qui racontent ce que le Ressuscité leur a dit.
 
Notre Pâque consiste alors à vivre au quotidien le commandement de Jésus : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jean 13, 14-17)
 
Ou encore, selon la belle homélie baptismale de Pierre : « En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères; aussi, d’un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres, car Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure. » (1 Pierre, 1, 22-23)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau