dimanche 21 janvier 2018

Pourquoi se marier?

Se marier, c’est donner à son amour une expression visible, sociale. L’engagement dans le sacrement de mariage peut à première vue sembler être une simple et en somme négligeable façon d’institutionnaliser un fait. Et ne serait-ce pas là risquer de compromettre l’amour conjugal qui existe déjà?
 
L’amour conjugal porte pourtant en lui un désir, j’oserais dire un instinct, de durer par-delà, les difficultés et souffrances qu’il peut impliquer. C’est là un grand défi. Et alors, le couple qui s’est uni en public, devant les proches et devant la société, trouvera « dans cette institution la manière d’orienter sa stabilité et sa croissance réelle et concrète. » L’amour ne se réduit pas à un consentement externe, ou à un contrat matrimonial. Mais cet engagement visible devant la famille et la société a son importance. Il montre le sérieux de l’attachement à l’autre et exprime la ferme décision de s’appartenir l’un à l’autre.
 
« Le mariage, en tant qu’institution sociale, est une protection et le fondement de l’engagement mutuel, de la maturation de l’amour, afin que l’option pour l’autre grandisse en solidité, dans le concret et en profondeur, et pour qu’il puisse, en retour, accomplir sa mission dans la société. C’est pourquoi le mariage va au-delà de toutes les modes passagères et perdure. Son essence est enracinée dans la nature même de la personne humaine et de son caractère social. Il implique une série d’obligations, mais qui jaillissent de l’amour même, un amour si déterminé et si généreux qu’il est capable de risquer l’avenir. »
 
S’engager l’un envers l’autre en public, sans réserve et sans restriction, assure aussi l’autre conjoint « qu’il pourra toujours avoir confiance, qu’il ne sera pas abandonné quand il perdra son attrait, quand il aura des difficultés. »
 
J’ai souvent l’occasion de participer à des célébrations de 50e, de 60e, même parfois de 70e anniversaire de mariage. Le témoignage de ces couples chante dans ces fêtes amicales et familiales le désir profond du cœur humain : vieillir avec toi.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(26e texte d’une série sur La joie de l’amour)

lundi 15 janvier 2018

La joie de l’amour dans le mariage

Il ne faut pas confondre la recherche obsessionnelle du plaisir et la joie véritable dans le mariage. Cette dernière « élargit la capacité de jouir et nous permet de trouver du plaisir dans des réalités variées, même aux étapes de la vie où le plaisir s’éteint. » Cette joie peut être vécue même dans la douleur. Elle implique « d’accepter que le mariage soit un mélange nécessaire de satisfactions et d’efforts, de tensions et de repos, de souffrances et de libérations, de satisfactions et de recherches, d’ennuis et de plaisirs. » Ce qui importe alors est de toujours tendre à développer cette amitié qui fait qu’on prend alors soin l’un de l’autre. Les époux qui vivent avec cœur leur amour s’entraident dans les joies et les peines de la vie quotidienne.
 
Pour parvenir à se soutenir ainsi mutuellement, ils doivent être attentifs à la beauté, à la valeur unique de l’autre. L’amour conjugal fait qu’on ne se concentre pas seulement sur les attraits physiques ou psychologiques du conjoint ou de la conjointe. Les époux savent rejeter la tentation cachée dans la société de consommation qui est la nôtre, qui nous pousse à posséder l’autre. C’est là une attitude contraire à la tendresse. Car cette dernière « conduit à vibrer face à une personne avec un immense respect et avec une certaine peur de lui faire du tort ou de la priver de sa liberté. L’amour de l’autre implique ce goût de contempler et de valoriser le beau et la sacralité de son être personnel, qui existe au-delà de mes nécessités. » Ce qui compte alors, c’est de chercher le bien de l’autre, quelle que soit sa situation physique ou psychologique. 
 
L‘amour ouvre les yeux et fait voir la beauté secrète de l’autre. L’amour conjugal est alors joie, même au cœur des épreuves et de la souffrance. L’amour est alors même plus fort que la mort!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(25e texte d’une série sur La joie de l’amour)

lundi 8 janvier 2018

L’amour conjugal

Le pape François décrit ainsi l’amour conjugal : « C’est l’amour qui unit les époux, sanctifié, enrichi et éclairé par la grâce du sacrement de mariage. C’est une “union affective”, spirituelle et oblative, mais qui inclut la tendresse de l’amitié et la passion érotique, bien qu’elle soit capable de subsister même lorsque les sentiments et la passion s’affaiblissent. »
 
C’est un amour répandu dans le cœur des époux par l’Esprit-Saint. C’est un grand don de Dieu qui rend les époux capables ensemble de sans cesse grandir, se développer, s’épanouir dans le couple uni par le sacrement du mariage. Il s’agit d’un processus dynamique, qui a l’énergie pour sans cesse aller en avant, au cœur des défis, des recherches, des déceptions, des joies et des appels renouvelés du cœur.
 
« C’est une union qui a toutes les caractéristiques d’une bonne amitié : la recherche du bien de l’autre, l’intimité, la tendresse, la stabilité, et une ressemblance entre les amis qui se construit avec la vie partagée. » Une amitié toutefois peut être temporaire, selon les circonstances de la vie. Telle n’est pas l’amitié conjugale. Elle est indissoluble. Elle porte le projet de partager et bâtir ensemble toute l’existence. L’amour conjugal porte en soi une ouverture au définitif. Il ne s’agit pas d’une simple formalité sociale ou une tradition. Cette amitié et cette union définitive s’enracinent dans les inclinations spontanées de la personne humaine. La nature profonde de l’amour humain dit bien son aspiration : « Vieillir Avec Toi ».  
 
Cette amitié conjugale inclut les notes propres à la passion et de l’érotisme. Mais elle les oriente vers une union toujours plus solide et intense. Ainsi, l’amour conjugal peut s’exprimer, progresser et s’épanouir. L’amour conjugal est une amitié exclusive, fidèle et ouverte à la procréation. En « associant l’humain et le divin, un tel amour conduit les époux à un don libre et mutuel d’eux-mêmes, qui se manifeste par des sentiments et des gestes de tendresse et il imprègne toute leur vie ».
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(24e texte d’une série sur La joie de l’amour)

mercredi 3 janvier 2018

L’amour endure tout avec constance

La personne qui aime tient bon sans se décourager, le cœur en paix et avec une patience inlassable. Aimer, c’est « supporter, dans un esprit positif, toutes les contrariétés. C’est se maintenir ferme au milieu d’un environnement hostile. Cela ne consiste pas seulement à tolérer certaines choses contrariantes, mais c’est quelque chose de plus large : une résistance dynamique et constante, capable de surmonter tout défi. C’est l’amour en dépit de tout, même quand tout le contexte invite à autre chose. Il manifeste une part d’héroïsme tenace, de puissance contre tout courant négatif, une option pour le bien que rien ne peut abattre. » (Pape François, La joie de l’amour, par.118) Et le pape cite  Martin Luther King refaisant le choix de l’amour fraternel même au milieu des pires persécutions et humiliations :
 
« Celui qui te hait le plus a quelque chose de bon en lui ; même la nation qui te hait le plus a quelque chose de bon en elle ; même la race qui te hait le plus a quelque chose de bon en elle. Et lorsque tu arrives au stade où tu peux regarder le visage de chaque homme et y voir ce que la religion appelle ‘‘l’image de Dieu’’, tu commences à l’aimer en dépit de [tout]. Peu importe ce qu’il fait, tu vois en lui l’image de Dieu. Il y a un aspect de la bonté dont tu ne peux jamais te défaire […]. Haine contre haine ne fait qu’intensifier l’existence de la haine et du mal dans l’univers. Si je te frappe et tu me frappes et je te frappe en retour et tu me frappes encore et ainsi de suite, tu vois, cela se poursuit à l’infini. Évidemment, ça ne finit jamais. Quelque part, quelqu’un doit avoir un peu de bon sens, et c’est celui-là qui est fort. Le fort, c’est celui qui peut rompre l’engrenage de la haine, l’engrenage du mal […]. Quelqu’un doit être assez religieux et assez sage pour le rompre et injecter dans la structure même de l’univers cet élément fort et puissant qu’est l’amour. »
 
Il faut appliquer cet enseignement si évangélique à l’amour conjugal et familial : «  Dans la vie de famille, il faut cultiver cette force de l’amour qui permet de lutter contre le mal qui la menace. L’amour ne se laisse pas dominer par la rancœur, le mépris envers les personnes, le désir de faire du mal ou de se venger. L’idéal chrétien, et particulièrement dans la famille, est un amour en dépit de tout. J’admire parfois, par exemple, l’attitude de personnes qui ont dû se séparer de leur conjoint pour se préserver de la violence physique, et qui cependant, par charité conjugale qui sait aller au-delà des sentiments, ont été capables de leur faire du bien – même si c’est à travers d’autres personnes – en des moments de maladie, de souffrance ou de difficulté. Cela aussi est un amour en dépit de tout. (Pape François, La joie de l’amour, par. 118)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(23e texte d’une série sur La joie de l’amour)

mardi 26 décembre 2017

Année 2018 : accueillir le réfugié

Guerres, faim, génocides, conflits interminables, dégradation de leur environnement jettent sans cesse des millions d’humains sur les routes. Ils sont actuellement près de 23 millions, qui n’ont plus de patrie. Ils vivent fatigues, souffrances, souvent rejets et haines. Ce sont  pourtant « des hommes et des femmes, des enfants, des jeunes et des personnes âgées qui cherchent un endroit où vivre en paix ». (Benoît XVI) Ce sont des humains tout comme nous.
 
Que pouvons-nous faire en cette année pour les accueillir, les protéger, promouvoir leurs diverses capacités et ainsi vraiment les intégrer?
 
Quels petits gestes ferons-nous en cette année pour que la fraternité grandisse sur notre planète et que notre terre devienne une maison commune dans la solidarité et la paix?
 
Le pape François nous pose de telles questions dans son message de la Journée mondiale pour la Paix, premier janviers 2018. Je vous invite à le méditer.
 
Bonne, heureuse et
sainte année 2018!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 23 décembre 2017

Du doute à la confiance

Avec le quatrième dimanche de l’Avent, notre attente tire à sa fin. Si l’Avent est une attente remplie d’espérance, il en est parfois autrement dans le quotidien de la vie. L’attente peut être associée à un temps de doute, d’inquiétude, de désespoir ou d’inconnu. Noël est alors comme une lumière qui scintille au cœur de nos hivers. L’attente d’une visite tant attendue vient ainsi nous combler de joie, d’espérance, d’amour.
 
La visite de l’ange Gabriel à Marie suscite chez elle étonnement et surprise. L’annonce de la naissance de son fils est reçue avec certaines craintes pour ne pas dire scepticisme. Et lorsque l’ange lui annonce qu’Élisabeth est dans son sixième mois de grossesse, elle aurait pu lui répondre que ça suffit les histoires à dormir debout, les fausses nouvelles… Mais non, Marie laisse l’espérance combler son cœur. Le doute fait place à la confiance en l’amour et la fidélité de Dieu.
 
Comme la mélodie du psaume de ce dimanche le redit sans cesse, « Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. » Le sens profond du oui de Marie se retrouve dans cette fidélité à l’immensité de l’amour de Dieu qui passe par la naissance d’un petit enfant pour témoigner de son amour pour toute l’humanité.  
 
René Laprise
Diacre permanent

(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

samedi 16 décembre 2017

L’amour espère tout

Ne jamais désespérer de l’avenir, quoi qu’il soit arrivé et quoi qu’il arrive : voilà une attitude difficile, mais que le dynamisme d’un amour vrai permet de faire sans cesse grandir. Une telle attitude peut jaillir d’un cœur optimiste et magnanime : un cœur qui escompte toujours le triomphe du bien sur le mal. Alors, par-delà les tromperies et les mensonges, il est encore possible d’espérer toujours de nouveau pouvoir faire confiance à l’autre. Une telle attitude ouvre avec audace et courage sur un avenir meilleur.
 
En somme, l’amour se fait alors espérance que l’autre peut changer. La personne qui aime avec fidélité espère toujours qu’une maturation est possible en l’autre, que les potentialités les plus cachées de son être germent un jour. Cela ne signifie pas que tout va changer. La personne qui aime sait accepter que certaines choses ne se passent pas comme on le désire. Mais elle ne désespère pas. À Dieu rien n’est impossible!
 
« Ici, l’espérance est présente dans tout son sens, parce qu’elle inclut la certitude d’une vie au-delà de la mort. Cette personne, avec toutes ses faiblesses, est appelée à la plénitude du ciel. Là, complètement transformée par la résurrection du Christ, ses fragilités n’existeront plus, ni ses obscurités, ni ses pathologies. Là, le véritable être de cette personne brillera avec toute sa puissance de bien et de beauté. Cela nous permet aussi, au milieu des peines de cette terre, de contempler cette personne avec un regard surnaturel, à la lumière de l’espérance, et d’espérer cette plénitude qu’elle recevra un jour dans le Royaume du ciel, bien que cela ne soit pas visible maintenant. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 117)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(22e texte d’une série sur La joie de l’amour)