samedi 18 mai 2019

La personne sainte accepte chaque jour le chemin de l’Évangile

 
« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5, 10-12)
 
« Depuis longtemps les scientifiques envoient des signaux dans le cosmos, dans l’attente de réponses de la part d’êtres intelligents vivant sur une planète perdue. Depuis toujours l’Église dialogue avec les habitants d’un autre monde, les saints. » (Cantalamessa)
 
Le pape Jean-Paul, à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000, a révélé à l’Église et au monde la multitude des martyrs qui ont glorifié Dieu et suivi le Christ jusqu’au don de leur sang.
 
Le pape François (par. 94) insiste pour montrer que c’est là une réalité bien actuelle. « Les persécutions ne sont pas une réalité du passé, parce qu’aujourd’hui également, nous en subissons, que ce soit d’une manière sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d’une façon plus subtile, à travers des calomnies et des mensonges. Jésus dit d’être heureux quand “on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie” (Matthieu 5, 11). D’autres fois, il s’agit de moqueries qui cherchent à défigurer notre foi et à nous faire passer pour des êtres ridicules. »
 
Dans une société assoiffée de consommation et d’autoréalisation intimiste, il devient très difficile de vivre l’amour généreux de l’autre, le don de soi et de travailler à la solidarité, à la fraternité humaine. « Dans une telle société aliénée, prise dans un enchevêtrement politique, médiatique, économique, culturel et même religieux qui empêche un authentique développement humain et social, il devient difficile de vivre les béatitudes, et cela est même mal vu, suspecté, ridiculisé. »
 
Pourtant, suivre Jésus et sa croix pour vivre l’amour et la justice « est une source de maturation et de sanctification. »
 
Tout notre environnement nous incite à oublier cette vérité fondamentale de notre foi chrétienne. En méditant cette béatitude, nous saurons accueillir le souffle de l’Esprit qui rend disponible pour aimer en actes et en vérité, en donnant généreusement de soi aux autres, à la suite de Jésus et avec sa force d’amour et d’oubli de soi.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(27e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

lundi 13 mai 2019

Un attachement maternel


Évangile de Jésus selon saint Jean (10, 27-30)

Les quatre brefs versets de l’évangile de saint Jean de ce dimanche expriment toute la profondeur de la relation entre Jésus et notre monde. « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. » Par cette image du bon berger, le Christ parle de sa filiation intime avec chacun et chacune de nous. Une relation qui ne cesse jamais et qui fait de nous une grande famille.

En ce dimanche de la fête des mères, il est possible de voir des similitudes entre le texte de l’évangile et le vécu de toutes les mères. Dès les débuts d’une grossesse, les mères ressentent un sentiment profond de filiation, un attachement ancré dans leur chair et dans leur cœur, une relation intime qui durera toute leur vie et même au-delà. Il suffit de revoir sa propre relation avec sa mère ou encore de voir le vécu des mères autour de soi pour comprendre la grande richesse de ce lien. Cette relation traversera des moments plus difficiles et des moments joyeux, mais jamais ce lien ne sera arraché du cœur maternel. Nous pouvons penser à une mère dont l’enfant est incarcéré et qui sera là pour lui en allant le visiter, en lui témoignant de son amour et en étant là pour le procès.

Les paroles de Jésus se résument donc à un message d’amour inconditionnel, un message d’unité, un message d’espérance sans fin.

René Laprise
Diacre permanent

(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

samedi 4 mai 2019

La personne sainte sème la paix autour d’elle


« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ». (Matthieu 5, 9)

Dans cette béatitude, Jésus ne parle pas seulement d’une attitude dans le cœur. Il parle de choses à faire. Il faut être un constructeur, un artisan de paix!


La paix est d’abord un don. « Le véritable et suprême “artisan de paix” n’est pas un homme, c’est Dieu lui-même. Précisément pour cette raison, ceux qui œuvrent pour la paix sont appelés “fils de Dieu” : parce qu’ils lui ressemblent, parce qu’ils l’imitent, parce qu’ils font ce qu’Il fait lui. » 

S. Paul parle de la « paix de Dieu » (Philippiens 4, 7), du « Dieu de la paix » (Romains 15, 33). De même, il présente le Christ comme notre paix (Éphésiens 2, 14-17). Jésus ressuscité donne sa paix : « Paix à vous! » Puis, « ayant dit cela il souffla et leur dit : “Recevez l’Esprit Saint” » (Jean 20,21-22).  La paix en nous et dans nos communautés, dans notre monde, est un fruit de l’Esprit du Ressuscité. 

Mais la paix est aussi notre tâche en tant que fils et filles de Dieu. Le pape François (par. 87-89) explique comment devenir artisans, artisanes de la paix. Lisons-le avec un cœur accueillant! 

Il dit d’abord comment nous pouvons, hélas, devenir des artisans de guerres dans notre milieu! « Il est fréquent que nous soyons des instigateurs de conflits ou au moins des causes de malentendus. Par exemple, quand j’entends quelque chose de quelqu’un, que je vais voir une autre personne et que je le lui répète; et que j’en fais même une deuxième version un peu plus étoffée et que je la propage. […] Le monde des ragots, fait de gens qui s’emploient à critiquer et à détruire, ne construit pas la paix. Ces gens sont au contraire des ennemis de la paix et aucunement bienheureux. »

Puis il montre comment nous pouvons être des bâtisseurs d’amitié sociale. « Il n’est pas facile de bâtir cette paix évangélique qui n’exclut personne mais qui inclut également ceux qui sont un peu étranges, les personnes difficiles et compliquées, ceux qui réclament de l’attention, ceux qui sont différents, ceux qui sont malmenés par la vie, ceux qui ont d’autres intérêts. C’est dur et cela requiert une grande ouverture d’esprit et de cœur. […] Il s’agit d’être des artisans de paix, parce que bâtir la paix est un art qui exige sérénité, créativité, sensibilité et dextérité. » 

Mais c’est une tâche exigée par le grand commandement de l’amour du prochain. Et c’est ainsi, en nous laissant guider par l’Esprit Saint, que nous nous fortifions dans notre identité d’enfants de Dieu.


† Roger Ébacher 
Évêque émérite de Gatineau  
(26e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

dimanche 28 avril 2019

Les Pères Eudistes


60 ans de présence dans le diocèse de Gatineau,
en Outaouais québécois

TÉMOIGNAGE

Pour réfléchir, ne serait-ce que quelques minutes, sur le rayonnement et la fructification de la présence eudiste dans le diocèse de Gatineau depuis 1959 jusqu’à nos jours, il faut d’abord nous rappeler le charisme de cette Congrégation.
J’ai consulté sur le WEB  le site des eudistes. La première phrase que j’y trouve les définit comme suit : « Les Eudistes ensemble pour la mission. » Et l'on a immédiatement ajouté une citation du fondateur : « Avec un grand cœur et un grand amour. » Voilà ce que furent les Eudistes avec nous en Outaouais : « Ensemble pour la mission, avec un grand cœur et un grand amour. »
Ce qui caractérise la Congrégation de Jésus et Marie, communément appelée « les Eudistes », c’est sa double finalité apostolique : collaborer à l’œuvre de l’évangélisation ainsi qu’à la formation de bons ouvriers et ouvrières de l’Évangile, prêtres et laïcs.
Jean Eudes, saisi par l’amour de Jésus, a porté dans son cœur les détresses et les besoins des hommes et des femmes de son temps. À la suite de leur fondateur, les Eudistes cherchent à ouvrir, avec audace, des voies pour faire grandir le Royaume de Jésus, et ce «avec un grand cœur et un grand amour ». Ces prêtres, ainsi que des laïcs associés, partagent leur vie de prière, leurs expériences et leurs engagements apostoliques.
La première présence eudiste dans l’Outaouais remonte à 1959-60 (construction du Scolasticat des Eudistes). Pendant quelques années, séminaristes eudistes et séminaristes du diocèse (après la fondation du Séminaire diocésain en 1963) ont cohabité, partageant la spiritualité et la vision missionnaire de Jean Eudes.
Puis la communauté s’est orientée vers un autre type d’implication dans le milieu : enseignement, ministère paroissial, accueil de personnes désirant vivre un temps de ressourcement ou d’accompagnement personnel. C’est ainsi qu’est né Champboisé.
En relation avec l’Église diocésaine et en accord avec ses orientations pastorales en vue de la formation chrétienne des adultes, les Eudistes ont œuvré à promouvoir la croissance des personnes et des groupes, spécialement par des temps de réflexion à partir d’expériences de vie et selon l’esprit et les valeurs évangéliques.
Certains Pères ont rayonné avec plus d’éclat. Bien sûr, je pense à l’unique et flamboyant Père Nazaire, pilier du mouvement charismatique et fondateur de trois mouvements issus du Cursillos. Mais tous, chacun selon son appel particulier, ont été dans notre milieu des porteurs de l’Évangile, des révélateurs de la tendresse et de la bonté du Père pour nous. Durant ces années, ils ont œuvré parmi nous et avec nous « avec un grand cœur et un grand amour », nous révélant les secrets du Cœur de Jésus et du Cœur de Marie.
Je tiens à souligner les relations de fraternité que les Pères eudistes ont voulu vivre avec le clergé diocésain, sans bien sûr exclure les confrères des autres communautés en service ministériel parmi nous.
Fait aussi partie du rayonnement et de la fructification eudiste la présence des associés. Ces personnes laïques, nourries des textes de Jean Eudes, rayonnent la spiritualité eudiste dans leur milieu de vie.
Je ne veux pas terminer cet hommage sans un bref témoignage personnel. Depuis que je connais des eudistes, soit depuis juillet 1979 sur la Côte-Nord, et depuis 1988 en Outaouais, j’ai maintes fois expérimenté l’amitié, la compréhension, l’apport spirituel de ces disciples de Jean Eudes pour leur évêque. Ils furent pour moi de précieux soutiens aussi bien dans ma vie spirituelle et psychologique que pastorale. Je les remercie de tout cœur.

Paroisse Ste-Rode-de-Lima, Gatineau, 27 avril 2019.

† Roger Ébacher 
Archevêque émérite de Gatineau

vendredi 19 avril 2019

Que jaillisse en nos cœurs la joie pascale!


De la source qu’est devenu le tombeau de Jésus jaillit une joie plus forte que nos tracas quotidiens, nos doutes si tenaces, nos hésitations à faire le prochain pas!

Car Jésus se relevant vivant du tombeau est une source d’énergie spirituelle capable de relancer notre espérance et notre goût de vivre, d’aimer, de nous donner.

Cette Source nous attire, nous fait cheminer dans un chemin d’amour confiant de Dieu le Père et de tendresse généreuse pour nos sœurs et frères.

Belle fête de Pâques et que notre marche vers la Pentecôte nous comble des dynamismes et des énergies de l’Esprit.


Alléluia!

† Roger Ébacher

dimanche 14 avril 2019

La personne sainte garde son cœur pur de tout ce qui souille l’amour


« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». (Matthieu 5, 8

 « Il y a des niveaux et des aspects de la réalité que l’on ne perçoit pas à l’œil nu, mais seulement à l’aide d’une lumière spéciale, aux rayons infrarouges ou ultraviolets. […] L’image obtenue avec cette lumière est très différente et surprenante pour une personne habituée à voir ce même panorama à la lumière naturelle. Les béatitudes sont une sorte de rayons infrarouges : elles nous donnent une image différente de la réalité, la seule vraie image car elle montre ce qui restera à la fin, lorsque “le modèle de ce monde” sera passé. » (Cantalamessa)

Voilà qui vaut particulièrement pour cette béatitude des « cœurs purs »! Car « ils verront Dieu »! « Dans la Bible, le cœur, ce sont nos intentions véritables, ce que nous cherchons vraiment et que nous désirons, au-delà de ce qui nous laissons transparaître. » (Pape François) (par. 83) Les hommes « ne voient que les yeux, mais le Seigneur voit le cœur. » (1 Samuel 16, 7) Dieu cherche à parler au cœur; bien plus, il veut nous donner un cœur nouveau (cf. Ézéchiel 36, 26). 

Alors, qu’est-ce qu’un cœur pur? Ce qui s’oppose foncièrement à la pureté du cœur, c’est l’hypocrisie. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture. » (Matthieu23,27)Les paroles violentes que Jésus prononce contre les scribes et les pharisiens sont toutes centrées sur l’opposition entre le « dedans » et le « dehors », l’intérieur et l’extérieur de l’homme. (cf. Cantalamessa)

Il faut donc avant tout veiller sur la vérité, la sincérité de notre cœur. « Il est vrai qu’il n’y a pas d’amour sans des œuvres d’amour, mais cette béatitude nous rappelle que le Seigneur demande un don de soi au frère qui vienne du cœur. […] Les désirs et les décisions les plus profonds, qui nous guident réellement, trouvent leur origine dans les intentions du cœur. » (Pape François) (par. 85

Jésus promet que ceux qui ont un cœur pur, qui n’est pas double ni hypocrite, « verront Dieu ». 

Quelle promesse qui donne courage et espérance!

 † Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(25e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 29 mars 2019

La personne sainte regarde et agit avec miséricorde

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ».
Il faut toujours revenir à l’affirmation que les béatitudes sont l’autoportrait du Christ. C’est sa vie qu’il faut contempler pour accueillir sa lumière sur la miséricorde. C’est en regardant Jésus agir, c’est en écoutant ses paroles que nous pouvons saisir qu’il existe « une miséricorde du cœur et une miséricorde des mains. » (Cantalamessa) Il s’agit des œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles.

Jésus reflète la miséricorde de Dieu envers les pécheurs. Il éprouve aussi de la pitié pour toutes les souffrances et nécessités humaines. L’évangéliste Matthieu dit de lui : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies. » (Matthieu 8, 17)

Pour sa part, le pape François commente (par. 80) cette béatitude en expliquant : « La miséricorde a deux aspects : elle consiste à donner, à aider, à servir les autres, et aussi à pardonner, à comprendre. »

Et le pape explicite : « Donner et pardonner, c’est essayer de reproduire dans nos vies un petit reflet de la perfection de Dieu qui donne et pardonne en surabondance. » C’est ce qu’enseigne l’évangéliste Luc. « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis. Donnez et l’on vous donnera » (6, 36-38).

Et Luc ajoute quelque chose que nous ne devrions pas ignorer : « De la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » « La mesure que nous utilisons pour comprendre et pour pardonner nous sera appliquée pour nous pardonner. La mesure que nous appliquons pour donner, nous sera appliquée au ciel pour nous récompenser. Nous n’avons pas intérêt à l’oublier. » (Pape François)

Oui, nous sommes tous des pécheurs pardonnés. Et nous avons intérêt à nous souvenir de cette parole que le Seigneur menace de nous dire lors du jugement : « Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j’ai eu pitié de toi? » (Matthieu  18, 33)

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(24e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)