samedi 23 juin 2018

La famille élargie

En Occident, nous vivons en général dans une famille nucléaire : parents et enfants vivant ensemble sous le même toit. Mais il ne faut pas oublier ce que nous appelons : « la famille élargie. » Nous parlons alors oncles et tantes, cousins et cousines, même le voisinage.
 
Le pape François note : « Dans cette grande famille, il peut y avoir des personnes qui ont besoin d’aide, ou au moins de compagnie et de gestes d’affection; ou bien il peut y avoir de grandes souffrances qui appellent une consolation. L’individualisme de ces temps conduit parfois à s’enfermer dans un petit nid de sécurité et à sentir les autres comme un danger gênant. Toutefois, cet isolement n’offre pas plus de paix et de bonheur, mais plutôt ferme le cœur de la famille et la prive de l’ampleur de l’existence. » (par. 187)
 
Je pense en particulier à l’importance des personnes âgées dans ce large réseau familial. Le pape actuel est particulièrement sensible à ces personnes qui peuvent si facilement être oubliées ou négligées alors qu’elles peuvent offrir sagesse, bons conseils, tendresse, amabilité, écoute. Les personnes âgées sont une richesse pour nos familles!
 
« Les personnes âgées sont des hommes et des femmes, des pères et des mères qui sont passés avant nous sur notre même route, dans notre même maison, dans notre bataille quotidienne pour une vie digne. Ce sont des hommes et des femmes dont nous avons beaucoup reçu. La personne âgée n’est pas un extra-terrestre. La personne âgée, c’est nous, dans peu de temps, dans longtemps, mais cependant inévitablement, même si nous n’y pensons pas. Et si nous apprenons à bien traiter les personnes âgées, nous serons traités de la même manière. »  (Audience générale du Pape)
 
Lors d’une audience générale, le pape rappelait l’image du vieux Siméon et de la prophétesse Anne qui avait 84 ans. Quand Marie et Joseph arrivèrent au temple pour y présenter Jésus à Dieu, Siméon improvisa un très bel hymne de joie et Anne devint la première prédicatrice de Jésus.
 
Et le pape concluait : « Les paroles des grands-parents ont quelque chose de spécial, pour les jeunes. Et ils le savent. Je conserve encore avec moi les paroles que ma grand-mère me remit par écrit le jour de mon ordination sacerdotale; elles sont toujours dans mon bréviaire, je les lis souvent et cela me fait du bien. Comme je voudrais une Église qui défie la culture du rebut par la joie débordante d’une nouvelle étreinte entre les jeunes et les personnes âgées! »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(45e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 15 juin 2018

C’est bon de se sentir frère et sœur!

« Grandir entre frères offre la belle expérience de nous protéger mutuellement, d’aider et d’être aidés. » (par. 195) Cette fraternité qui unit frères et sœurs en famille « resplendit de manière particulière quand nous voyons l’attention, la patience, l’affection dont sont entourés le petit frère ou la petite sœur plus faible, malade, ou porteur de handicap ». Le pape François ajoute, se basant sans doute sur son expérience personnelle : « Avoir un frère, une sœur qui t’aime est une expérience forte, inégalable, irremplaçable ».
 
Et le pape développe cette idée avec une belle insistance. « Le lien de fraternité qui se forme en famille entre les enfants […] est la grande école de liberté et de paix. En famille, entre frères, on apprend la cohabitation humaine, comment on doit coexister en société. Peut-être n’en sommes-nous pas toujours conscients, mais c’est précisément la famille qui introduit la fraternité dans le monde! À partir de cette première expérience de fraternité, nourrie par les liens d’affection et par l’éducation familiale, le style de la fraternité rayonne comme une promesse sur toute la société et sur les relations entre les peuples. »
 
« “Frère” » et « “sœur” » sont des mots que le christianisme aime beaucoup. Et grâce à l’expérience familiale, ce sont des mots que toutes les cultures et les époques comprennent. »
 
Mais ce lien entre le frère et la sœur peut être fragile, même brisé. Pensons à la rupture du lien fraternel entre Caïn et Abel! Dieu demande à Caïn : « Où est ton frère Abel? » Dieu nous pose la même question aujourd’hui. Et nous sommes tentés de répéter la réponse dramatique de Caïn : « Suis-je le gardien de mon frère? »  La rupture du lien entre frères et sœurs est mauvaise pour la famille, pour l’humanité. Pensons à ces familles où frères et sœurs se disputent pour des petites choses, ou pour un héritage, ne se parlent plus, refusent de se voir.
 
Le pape ajoute : « La fraternité est une grande chose, quand on pense que tous les frères ont habité dans le sein de la même maman pendant neuf mois, ils viennent de la chair de leur maman! Et on ne peut pas rompre la fraternité. »
 
C’est là un fruit essentiel de la famille : introduire la fraternité dans le monde! C’est à partir de cette expérience première que le style de la fraternité rayonne sur la société et sur les relations entre les peuples.
 
Et la foi en Jésus mort et ressuscité pour tous les humains nous rend capables « de dépasser toute différence de nation, de langue, de culture et même de religion. […] Pensez à ce que devient le lien entre les hommes, même très différents entre eux, quand ils peuvent dire d’un autre : “Celui-ci est vraiment comme un frère, celle-ci est vraiment comme une sœur pour moi!” »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(44e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 9 juin 2018

Motiver ses troupes


J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé. Et nous, les Apôtres, animés de cette même foi, nous croyons, nous aussi, et c’est pourquoi nous parlons. (2 Corinthiens 4, 13)
 
Il n’est pas rare que dans un bon film hollywoodien, le personnage principal fasse un discours mémorable pour motiver et rassembler la foule afin de surmonter les épreuves et aller de l’avant. Même si nous pouvons deviner la suite, cela est émouvant. Nous disons alors que c’est organisé avec le « gars des vues ».
 
Dans la lettre de Paul aux Corinthiens, Paul est un peu comme un héros. Il se fait persuasif, rassembleur, convaincant. Son discours se veut rassurant et tourné vers l’espérance. En effet, ses propos sont imagés et il veut donner de l’espoir aux Corinthiens: “... nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour.” L’intérieur de l’humain, c’est l’âme, c’est son cœur. C’est pourquoi Paul parle de l’abondance de la grâce de Dieu pour l’humanité. 
 
La deuxième lecture de ce dimanche, tout comme le psaume, nous invite à garder toujours espoir devant les embûches de la vie, devant les difficultés rencontrées. Dieu est à l’œuvre pour notre bonheur, ici et maintenant, comme dans la vie après la mort. L’espérance est donc au centre de l’annonce du message de Jésus. Oui près de lui est l’amour, près de lui abonde la miséricorde, le pardon, la paix et le bonheur.
 
René Laprise
Diacre permanent
(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

vendredi 1 juin 2018

Jeunes et grands-parents

Ça fait de très nombreuses années que je célèbre le sacrement de la confirmation pour des jeunes, en général au début de la vingtaine. Je leur demande de m’envoyer une lettre me disant, entre autres choses, quelles furent les personnes importantes dans leur vie. Ces milliers de lettres de confirmation que j’ai toujours lues avec intérêt, souvent avec émotion et profit spirituel, m’ont révélé la place très importante des grands-parents dans la vie humaine et chrétienne de ces jeunes.
 
Les psychologues peuvent aussi témoigner de la particularité de ces relations entre jeunes et grands-parents. Diverses études montrent que non seulement les enfants, mais aussi les jeunes ont besoin de leurs grands-parents pour peu à peu déterminer les valeurs qui leur permettront de trouver un sain épanouissement de leur personnalité.
 
Lors de rencontres avec de jeunes adultes qui vont recevoir le sacrement de la confirmation, plusieurs m’ont montré discrètement un chapelet, une médaille, une statue, un texte de prière, me disant : c’est un cadeau de ma grand-mère, de mon grand-père. Et j’ai constaté que ces grands-parents en profitaient pour faire une petite catéchèse, toute simple à leur petite-fille ou petit-fils.
 
Le pape François revient souvent sur ces relations entre générations. Il affirmait lors d’une audience générale : « Les enfants et les jeunes sont l’avenir, ils constituent la force, ceux qui font progresser. C’est en eux que nous mettons notre espérance. Les grands-parents sont la mémoire de la famille. Ce sont eux qui nous ont donné la foi, nous ont transmis la foi. Prendre soin des grands-parents et prendre soin des enfants sont preuve d’amour. » Et il ajoutait : « Un peuple qui ne sait pas prendre soin des enfants et un peuple qui ne sait pas protéger les grands-parents est un peuple sans avenir, car il n’a ni la force ni la mémoire qui font progresser. »
 
Le pape terminait une autre audience par ces mots sur la mission des grands-parents : « Les paroles des grands-parents ont quelque chose de spécial, pour les jeunes. Et ils le savent. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(43e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 27 mai 2018

Il n’y a pas de famille parfaite

C’est ce que le pape François a rappelé avec délicatesse, tendresse et humour aux familles rassemblées à Philadelphie le 26 septembre 2015, lors de la fête des familles, au Benjamin Franklin Parkway.
 
Dieu est amour. C’est poussé par cet amour qu’il a créé le monde. « Mais le plus beau que Dieu ait fait – a dit la Bible – a été la famille. Il a créé l’homme et la femme. Et il leur a tout confié. »
Mais il y a des problèmes graves dans nos familles! Nous avons vite appris à nous diviser. « En peu de temps, le premier crime, le premier fratricide. Un frère tue son frère : la guerre. L’amour, la beauté et la vérité de Dieu, et la destruction de la guerre. Et entre ces deux positions, nous marchons aujourd’hui. Il nous revient de choisir, il nous revient de décider du chemin à suivre. »
 
Mais Dieu ne nous a pas abandonnés. Il nous a donné ce qu’il a de plus précieux : « Son Fils. Et Son Fils, où l’a-t-il envoyé? Dans un palais, dans une ville, pour créer une entreprise? Il l’a envoyé à une famille. »
 
Jésus a pu devenir l’un des nôtres grâce à l’accueil de Marie et de Joseph. Ils formaient une famille, le cœur ouvert à l’amour. « Dieu frappe toujours aux portes des cœurs. Il aime à le faire. Cela lui vient du cœur. Mais savez-vous ce qu’il aime le plus? Frapper aux portes des familles. Et trouver les familles unies, trouver les familles qui s’aiment, trouver les familles qui aident leurs enfants à grandir et les éduquent, et qui les font progresser, et qui créent une société de bonté, de vérité et de beauté. »
 
Mais dans nos familles, « toujours, toujours, il y a la croix. Toujours. » Tel fut d’ailleurs le chemin suivi par le Fils de Dieu qui a aimé jusqu’au bout, jusqu’à la croix. Après la croix, il y eut la résurrection. « C’est pourquoi, la famille est – excusez le mot – une usine d’espérance, d’espérance de vie et de résurrection, car Dieu a été celui qui a ouvert ce chemin. » En famille, les difficultés sont surmontées par l’amour. « L’amour est fête, l’amour est joie, l’amour, c’est aller de l’avant. »
 
Et le pape termine avec les mots paternels d’un sage qui aime beaucoup : « En famille, parfois, il y a des inimitiés. Le mari se querelle avec la femme, ou bien ils ne sont pas en bons termes entre eux ni les enfants avec leur père. Je vous donne un conseil : ne terminez jamais une journée sans faire la paix en famille. En famille, on ne peut terminer la journée en guerre. Que Dieu vous bénisse! Que Dieu vous donne la force! Que Dieu vous encourage à aller de l’avant! Protégeons la famille! Défendons la famille, car là se joue notre avenir. » 
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(42e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 18 mai 2018

Gardiens de la vie des enfants

Parlant des parents, le pape François a développé ce thème dans son allocution du 31 décembre 2017, fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph.
 
Les parents ne sont pas les propriétaires de leurs enfants. « Dieu seul est le Seigneur de l’histoire individuelle et familiale; tout nous vient de Lui. » Les parents doivent être les gardiens des enfants qui leur sont confiés par Dieu, les aidant à grandir et à mûrir. Les parents sont donc appelés à reconnaître le primat de Dieu le Père sur leurs enfants, en les éduquant à s’ouvrir à Dieu qui est la source même de la vie.
 
Le récit évangélique qui raconte, dans saint Luc, ce qui fut vécu par cette famille lors de la présentation de l’enfant au temple, se termine par ces mots : « Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. »  (vv. 39-40)  
 
Le pape commente : « Une des grandes joies de la famille est la croissance des enfants. Ils sont destinés à se développer et à se fortifier, à acquérir la sagesse et à accueillir la grâce de Dieu, comme cela est arrivé à Jésus. Il est vraiment l’un de nous : le Fils de Dieu se fait enfant, il accepte de grandir, de se fortifier, il est plein de sagesse et la grâce de Dieu est sur Lui. Marie et Joseph ont la joie de voir tout cela dans leur enfant; et c’est la mission vers laquelle est orientée la famille : créer les conditions favorables pour la croissance harmonieuse et complète des enfants, afin qu’ils puissent vivre une vie bonne, digne de Dieu et constructive pour le monde. »
 
N’est-il pas souhaitable que les parents, ensemble, réfléchissent à cette mission de leur famille et se demandent comment ils la remplissent? La méditation de la vie de la Sainte Famille à Nazareth devient alors pour eux un repère pour discerner la qualité de leur vie humaine et chrétienne en famille.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(41e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 11 mai 2018

Présence paternelle

On connaît le grand succès du livre de Guy Corneau, Père manquant, fils manqué. Cet écrit a marqué son époque. Certes, il date et sans doute que les pères ont quelque peu changé depuis. Mais le rôle du père dans la famille est toujours débattu. Il est toujours opportun d’y réfléchir et de discerner ce qui est vécu.
 
C’est ce que fait le pape François dans son document intitulé La joie de l’amour. (par. 175-177)
 
La mère protège l’enfant avec affection, lui aide à grandir dans la confiance, à développer son auto-estime et sa capacité d’intimité et d’empathie. Le père, pour sa part, « aide à percevoir les limites de la réalité, et se caractérise plus par l’orientation, par la sortie vers le monde plus vaste et comportant des défis, par l’invitation à l’effort et à la lutte. » La présence de la mère et du père « crée l’atmosphère la plus propice pour la maturation de l’enfant. »
 
Dans la société occidentale en particulier, on a cherché à éliminer le père autoritaire, le père représentant d’une loi qui s’impose de l’extérieur, le père censeur du bonheur de ses enfants et obstacle à l’émancipation, à l’autonomie des jeunes. Mais ne va-t-on pas à l’autre extrême maintenant? Sommes-nous devenons une société sans pères?
 
« Les pères sont parfois si concentrés sur eux-mêmes et sur leur propre travail et parfois sur leur propre réalisation individuelle qu’ils en oublient même la famille. Et ils laissent les enfants et les jeunes seuls. » La présence paternelle est aussi affectée par le temps consacré aux moyens de communication et à la technologie du divertissement. Ajoutons à cela le fait qu’aujourd’hui l’autorité est objet de soupçon. Les pères risquent alors de ne plus donner d’orientations sûres et bien fondées à leurs enfants. Ces derniers ont pourtant besoin de la présence aimante et ferme du père pour vivre leur processus de maturation.
 
Jaillissent alors des questions adressées aux pères. Jouent-ils avec leurs enfants? Ont-ils le courage et l’amour de perdre du temps avec leurs enfants? Dialoguent-ils avec eux? Donnent-ils à leurs enfants, à travers exemples et paroles, les principes, les valeurs, les règles de vie dont ils ont besoin?
 
« Il semble que les pères ne sachent pas bien quelle place occuper en famille et comment éduquer leurs enfants. Et alors, dans le doute, ils s’abstiennent, se retirent et négligent leurs responsabilités, en se réfugiant parfois dans un improbable rapport “d’égal à égal” avec leurs enfants. C’est vrai qu’il faut être “ami” de son enfant, mais sans oublier que l’on est le père! Si l’on se comporte seulement comme un ami qui est l’égal de l’enfant, cela ne fera pas de bien au jeune. »
 
Il n’est pas bon que les enfants soient sans parents, comme il y en a tellement aujourd’hui. Et pas seulement dans les pays ravagés par les guerres qui multiplient les orphelins!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(40e texte d’une série sur La joie de l’amour)