vendredi 19 avril 2019

Que jaillisse en nos cœurs la joie pascale!


De la source qu’est devenu le tombeau de Jésus jaillit une joie plus forte que nos tracas quotidiens, nos doutes si tenaces, nos hésitations à faire le prochain pas!

Car Jésus se relevant vivant du tombeau est une source d’énergie spirituelle capable de relancer notre espérance et notre goût de vivre, d’aimer, de nous donner.

Cette Source nous attire, nous fait cheminer dans un chemin d’amour confiant de Dieu le Père et de tendresse généreuse pour nos sœurs et frères.

Belle fête de Pâques et que notre marche vers la Pentecôte nous comble des dynamismes et des énergies de l’Esprit.


Alléluia!

† Roger Ébacher

dimanche 14 avril 2019

La personne sainte garde son cœur pur de tout ce qui souille l’amour


« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». (Matthieu 5, 8

 « Il y a des niveaux et des aspects de la réalité que l’on ne perçoit pas à l’œil nu, mais seulement à l’aide d’une lumière spéciale, aux rayons infrarouges ou ultraviolets. […] L’image obtenue avec cette lumière est très différente et surprenante pour une personne habituée à voir ce même panorama à la lumière naturelle. Les béatitudes sont une sorte de rayons infrarouges : elles nous donnent une image différente de la réalité, la seule vraie image car elle montre ce qui restera à la fin, lorsque “le modèle de ce monde” sera passé. » (Cantalamessa)

Voilà qui vaut particulièrement pour cette béatitude des « cœurs purs »! Car « ils verront Dieu »! « Dans la Bible, le cœur, ce sont nos intentions véritables, ce que nous cherchons vraiment et que nous désirons, au-delà de ce qui nous laissons transparaître. » (Pape François) (par. 83) Les hommes « ne voient que les yeux, mais le Seigneur voit le cœur. » (1 Samuel 16, 7) Dieu cherche à parler au cœur; bien plus, il veut nous donner un cœur nouveau (cf. Ézéchiel 36, 26). 

Alors, qu’est-ce qu’un cœur pur? Ce qui s’oppose foncièrement à la pureté du cœur, c’est l’hypocrisie. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture. » (Matthieu23,27)Les paroles violentes que Jésus prononce contre les scribes et les pharisiens sont toutes centrées sur l’opposition entre le « dedans » et le « dehors », l’intérieur et l’extérieur de l’homme. (cf. Cantalamessa)

Il faut donc avant tout veiller sur la vérité, la sincérité de notre cœur. « Il est vrai qu’il n’y a pas d’amour sans des œuvres d’amour, mais cette béatitude nous rappelle que le Seigneur demande un don de soi au frère qui vienne du cœur. […] Les désirs et les décisions les plus profonds, qui nous guident réellement, trouvent leur origine dans les intentions du cœur. » (Pape François) (par. 85

Jésus promet que ceux qui ont un cœur pur, qui n’est pas double ni hypocrite, « verront Dieu ». 

Quelle promesse qui donne courage et espérance!

 † Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(25e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 29 mars 2019

La personne sainte regarde et agit avec miséricorde

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ».
Il faut toujours revenir à l’affirmation que les béatitudes sont l’autoportrait du Christ. C’est sa vie qu’il faut contempler pour accueillir sa lumière sur la miséricorde. C’est en regardant Jésus agir, c’est en écoutant ses paroles que nous pouvons saisir qu’il existe « une miséricorde du cœur et une miséricorde des mains. » (Cantalamessa) Il s’agit des œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles.

Jésus reflète la miséricorde de Dieu envers les pécheurs. Il éprouve aussi de la pitié pour toutes les souffrances et nécessités humaines. L’évangéliste Matthieu dit de lui : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies. » (Matthieu 8, 17)

Pour sa part, le pape François commente (par. 80) cette béatitude en expliquant : « La miséricorde a deux aspects : elle consiste à donner, à aider, à servir les autres, et aussi à pardonner, à comprendre. »

Et le pape explicite : « Donner et pardonner, c’est essayer de reproduire dans nos vies un petit reflet de la perfection de Dieu qui donne et pardonne en surabondance. » C’est ce qu’enseigne l’évangéliste Luc. « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis. Donnez et l’on vous donnera » (6, 36-38).

Et Luc ajoute quelque chose que nous ne devrions pas ignorer : « De la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » « La mesure que nous utilisons pour comprendre et pour pardonner nous sera appliquée pour nous pardonner. La mesure que nous appliquons pour donner, nous sera appliquée au ciel pour nous récompenser. Nous n’avons pas intérêt à l’oublier. » (Pape François)

Oui, nous sommes tous des pécheurs pardonnés. Et nous avons intérêt à nous souvenir de cette parole que le Seigneur menace de nous dire lors du jugement : « Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j’ai eu pitié de toi? » (Matthieu  18, 33)

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(24e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 21 mars 2019

Une personne sainte recherche la justice avec faim et soif

« Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés »
 
Pour commenter cette béatitude, le pape François (par. 77-79) part des activités vitales de boire et de manger, qui répondent à notre besoin de survie. Et il ajoute : « Il y a des gens qui avec cette même intensité aspirent à la justice et la recherchent avec un désir vraiment ardent. »
 
La justice pratiquée dans notre monde est tant de fois entachée par des intérêts mesquins, manipulée d’un côté ou de l’autre. Il s’agit même parfois d’une justice marquée par la corruption, les multiples intérêts des groupes en présence où le plus fort impose ses vues au petit. « Et que de personnes souffrent d’injustices, combien sont contraintes à observer, impuissantes, comment les autres se relaient pour se partager le gâteau de la vie. […] Cela n’a rien à voir avec la faim et la soif de justice dont Jésus fait l’éloge. »
 
La justice dont parle Jésus peut avoir deux sens. Elle signifie d’abord cette énergie intérieure, cette vertu qui fait que le disciple de Jésus pose des œuvres de justice. Elle « commence à devenir réalité dans la vie de chacun lorsque l’on est juste dans ses propres décisions, et elle se manifeste ensuite, quand on recherche la justice pour les pauvres et les faibles. » (Pape François) Le précepte de l’amour du prochain « doit pousser les affamés de justice à se préoccuper des affamés de pain. Il s’agit du grand principe à travers lequel l’Évangile agit sur le plan social » (Cantalamessa)
 
Dans la Parole de Jésus, « le mot “justice” peut être synonyme de fidélité à la volonté de Dieu par toute notre vie, mais si nous lui donnons un sens très général, nous oublions qu’elle se révèle en particulier dans la justice envers les désemparés : “Recherchez le droit, redressez le violent! Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve!” (Is 1, 17). » (Pape François) (par. 79) La Parole de Dieu nous impose à vivre de l’amour et de la pitié qui doivent se traduire dans des actes, dans des œuvres de miséricorde.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(23e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 16 mars 2019

Le Seigneur est ma lumière et mon salut

Le beau refrain du psaume de la liturgie de ce deuxième dimanche du Carême se veut un signe révélateur de l’espérance qui nous mène vers la grande fête de Pâques. Oui, la lumière du Seigneur éclaire nos obscurités, nos temps de doute, notre soif de conversion et notre désir de renaître à une vie nouvelle, une vie au service de nos frères et de nos soeurs en humanité.   
 
La lumière est également une source de joie et d’espoir en ce temps de l’année où nous espérons des journées plus longues et ensoleillées. À la veille du printemps, la terre témoigne elle aussi de la vie qui refait surface sous l’épaisse couche de neige, du passage de la saison morte à la saison des bourgeons. Devant cette transformation, nous retrouvons courage et nous sommes émerveillés.
 
En laissant remonter dans notre cœur la mélodie de ce psaume, “Le Seigneur est ma lumière et mon salut”, n’est-il pas plus facile de comprendre la foi d’Abraham dans le Seigneur pour la descendance qui lui était promise. “Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux…” Et le Seigneur lui déclara: “Telle sera ta descendance!” L’alliance conclue entre le Seigneur et Abraham n’est-elle pas un signe évocateur que la bonté du Seigneur se traduit par des gestes concrets dans l’aujourd’hui de nos vies et pour les générations à venir. Oui, espérons et prenons courage, la lumière du Seigneur fait route avec nous pour le salut de chacun et chacune, spécialement des plus blessés.
 
René Laprise
Diacre permanent
(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

samedi 9 mars 2019

Une personne sainte sait pleurer avec les autres

« Heureux les affligés, car ils seront consolés »
 
Le pape François (par. 75-76) commente cette béatitude en montrant d’emblée qu’elle est en flagrante contradiction avec le style de jugement et de vie de notre monde. « Le monde nous propose le contraire : le divertissement, la jouissance, le loisir, la diversion, et il nous dit que c’est cela qui fait la bonne vie. L’homme mondain ignore, détourne le regard quand il y a des problèmes de maladie ou de souffrance dans sa famille ou autour de lui. Le monde ne veut pas pleurer : il préfère ignorer les situations douloureuses, les dissimuler, les cacher. Il s’ingénie à fuir les situations où il y a de la souffrance, croyant qu’il est possible de masquer la réalité, où la croix ne peut jamais, jamais manquer. »
 
Dieu est tendre et comme atteint par les larmes des siens. C’est ce que montre l’histoire du roi Ézékias (Isaïe 38, 1ss) devant sa mort. Il fondit en larmes et pria Dieu de le sauver. Par le prophète, Dieu lui manifeste que ses larmes l’ont ému et il le guérit. Ailleurs, il est affirmé que les larmes des veuves coulent sur les joues de Dieu! (cf Ben Sirac 35, 18)
 
Jésus nous montre le même chemin de la compassion et des larmes devant les afflictions diverses de notre monde. Il est bouleversé dans ses entrailles devant les larmes et la détresse de la veuve qui va enterrer son fils unique (Luc 7,11ss). Devant les larmes de Marie, la sœur de Lazare mort et mis au tombeau, « Jésus se mit à pleurer. » (Jean, 11, 29)
 
Paul reconnaît devoir pleurer sur les pécheurs, « sur bien des gens qui ont été autrefois dans le péché et qui ne se sont pas repentis de l’impureté, de l’inconduite et de la débauche qu’ils ont pratiquées. » (2 Corinthiens 12,21) Et par ailleurs, il exhorte ses jeunes chrétiens : « Pleurez avec ceux qui pleurent. »  (Romains 12, 15)
 
Le pape François commente pour nous aujourd’hui : « La personne qui voit les choses comme elles sont réellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur. […] Cette personne est consolée, mais par le réconfort de Jésus et non par celui du monde. Elle peut ainsi avoir le courage de partager la souffrance des autres et elle cesse de fuir les situations douloureuses. De cette manière, elle trouve que la vie a un sens, en aidant l’autre dans sa souffrance, en comprenant les angoisses des autres, en soulageant les autres. Cette personne sent que l’autre est la chair de sa chair, elle ne craint pas de s’en approcher jusqu’à toucher sa blessure, elle compatit jusqu’à se rendre compte que les distances ont été supprimées. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(22e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 1 mars 2019

Une personne sainte réagit avec une humble douceur

Heureux les doux, car ils possèderont la terre. »  (Matthieu 5, 5)
 
« C’est une expression forte, dans ce monde qui depuis le commencement est un lieu d’inimitié, où l’on se dispute partout, où, de tous côtés, il y a de la haine, où constamment nous classons les autres en fonction de leurs idées, de leurs mœurs, voire de leur manière de parler ou de s’habiller. » (Pape François) (par. 71) Notre monde prône un style de violence, de vanité et d’orgueil. Au contraire, Jésus interpelle : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. » (Matthieu 11, 29)
 
Ces paroles divines ne sont pas qu’une très haute leçon de vie morale. Elles dessinent l’autoportrait de Jésus. Ce sont « la personne et la vie du Christ qui font que ces béatitudes et tout le discours sur la montagne sont quelque chose de plus qu'une splendide utopie éthique; elles en font une réalisation historique dans laquelle chacun peut puiser sa force pour atteindre cette communion mystique qui le liera à la personne du Sauveur. Il ne s'agit pas uniquement de devoirs, mais de grâce. » (Cantalamessa)
 
Jésus, par toute sa vie et par sa mort, nous révèle un style de vie, celle des enfants de Dieu. Il est caractérisé par la douceur. Ce mot (douceur)  contient beaucoup de richesses. Pour les scruter, il faut d’une part faire le rapprochement entre les mots douceur et humilité; et d’autre part mettre en avant les dispositions intérieures d'où jaillira ce style de vie dans nos relations avec le prochain : affabilité, gentillesse. « Il s’agit de ces mêmes traits que l'Apôtre met en lumière lorsqu'il parle de charité : “La charité est longanime ; la charité est serviable; elle n'est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; elle ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas...” (1 Corinthiens 13, 4-5). » (Cantalamessa)
 
Paul mentionne ailleurs la douceur parmi les fruits de l’Esprit Saint (cf. Galates 5,23). Pierre pour sa part nous rappelle qu’il importe bien sûr de défendre sa foi et ses convictions, mais il faut le faire « avec douceur. » (1 Pierre 3, 16)
 
« La douceur est une autre expression de la pauvreté intérieure de celui qui place sa confiance seulement en Dieu. […] Les doux, indépendamment des circonstances, espèrent dans le Seigneur. » (Pape François, par. 74)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(21e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)