vendredi 20 janvier 2017

Contempler Dieu le Miséricordieux pour devenir miséricordieux

Le pape François a mis à la base du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde l’appel à contempler Dieu dont le nom est Miséricorde. C’est la condition fondamentale pour devenir nous-mêmes capables de vivre cette miséricorde et de la traduire dans les multiples œuvres de miséricorde. Le premier paragraphe de la bulle d’indiction de ce jubilé est un beau résumé du mystère à contempler.
 
« Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, “riche en miséricorde” (Ep 2, 4) après avoir révélé son nom à Moïse comme “Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité” (Ex 34, 6) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments. Lorsqu’est venue la “plénitude des temps” (Ga 4, 4), quand tout fut disposé selon son dessein de salut, il envoya son Fils né de la Vierge Marie pour nous révéler de façon définitive son amour. Qui le voit a vu le Père (cf. Jn 14, 9). À travers sa parole, ses gestes, et toute sa personne Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu. »
 
Dès le second paragraphe, le pape explicite le lien de cause à effet entre notre contemplation de la miséricorde divine et notre vie chrétienne marquée essentiellement par la miséricorde. Sans cette contemplation de Jésus, visage de la miséricorde du Père, nous ne saurons pas devenir miséricordieux.
 
« Nous avons toujours besoin de contempler le mystère de la miséricorde. Elle est source de joie, de sérénité et de paix. Elle est la condition de notre salut. Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché. »
 
Il faut contempler le Christ pour suivre le Christ sur ses chemins de miséricorde. Pour accueillir dans sa vie l’œuvre de l’Esprit qui le sculpte à l’image du Fils qui est l’image du Père, le chrétien doit rester collé à Jésus par la prière et la contemplation de son visage. Le chrétien ne peut devenir miséricordieux comme son Père du ciel est miséricordieux que s’il puise à la source d’où découle cette miséricorde compatissante et bonne : le Cœur ouvert de Jésus sur la croix.
 
(22e texte d’une série sur La joie de l’Évangile)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 14 janvier 2017

Rendre grâce avant les repas

Dans son encyclique intitulée Laudato Si’, devenue un best-seller, le pape François donne une foule de conseils pratiques pour vivre en chrétiens et chrétiennes nos responsabilités par rapport à notre demeure commune, la terre, et face à l’humanité que nous partageons avec les multitudes humaines. En général, il nous invite à développer une attitude sereine devant les événements, les personnes, la nature : une attitude du cœur.
 
Il la décrit ainsi : « Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure. » (225) En somme, il nous demande de vivre sérieusement notre foi dans la vie quotidienne!
 
Un bel exemple est son appel à rendre grâce à Dieu avant et après les repas : « Je propose aux croyants de renouer avec cette belle habitude et de la vivre en profondeur. Ce moment de la bénédiction, bien qu’il soit très bref, nous rappelle notre dépendance de Dieu pour la vie, il fortifie notre sentiment de gratitude pour les dons de la création, reconnaît ceux qui par leur travail fournissent ces biens, et renforce la solidarité avec ceux qui sont le plus dans le besoin. » (227)
 
Il situe cette simple attitude quotidienne dans un ensemble : « La préservation de la nature fait partie d’un style de vie qui implique une capacité de cohabitation et de communion. Jésus nous a rappelé que nous avons Dieu comme Père commun, ce qui fait de nous des frères. » L’amour fraternel ne peut être que gratuit. « C’est pourquoi il est possible d’aimer les ennemis. Cette même gratuité nous amène à aimer et à accepter le vent, le soleil ou les nuages, bien qu’ils ne se soumettent pas à notre contrôle. Voilà pourquoi nous pouvons parler d’une fraternité universelle. » (228)
 
Le pape reconnaît cette fraternité universelle dans sainte Thérèse de Lisieux. Elle ne perdait pas une l’occasion « d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. » (230)
 
Autre exemple de fraternité universelle : des personnes s’unissent dans leur quartier pour intervenir en faveur du bien commun en préservant l’environnement naturel et urbain. « Par exemple, elles s’occupent d’un lieu public (un édifice, une fontaine, un monument abandonné, un paysage, une place) pour protéger, pour assainir, pour améliorer ou pour embellir quelque chose qui appartient à tous. Autour d’elles, se développent ou se reforment des liens, et un nouveau tissu social local surgit. […]De cette façon, le monde et la qualité de vie des plus pauvres sont préservés, grâce à un sens solidaire qui est en même temps la conscience d’habiter une maison commune que Dieu nous a prêtée. Ces actions communautaires, quand elles expriment un amour qui se livre, peuvent devenir des expériences spirituelles intenses. » (232)
 
Ces citations suffisent pour nous convaincre que le texte de pape est très inspirant. Puisse-t-il rejoindre beaucoup de personnes et les orienter à développer leur foi chrétienne dans des actions en faveur de la maison commune que Dieu nous a prêtée.
 
(21e texte d’une série sur La joie de l’Évangile)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 7 janvier 2017

Une spiritualité écologique

« La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, offre une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité. Je veux proposer aux chrétiens quelques lignes d’une spiritualité écologique qui trouvent leur origine dans des convictions de notre foi, car ce que nous enseigne l’Évangile a des conséquences sur notre façon de penser, de sentir et de vivre. Il ne s’agit pas de parler tant d’idées, mais surtout de motivations qui naissent de la spiritualité pour alimenter la passion de la préservation du monde. Il ne sera pas possible, en effet, de s’engager dans de grandes choses seulement avec des doctrines, sans une mystique qui nous anime, sans les mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire ». (EG 261) « Nous devons reconnaître que, nous les chrétiens, nous n’avons pas toujours recueilli et développé les richesses que Dieu a données à l’Église, où la spiritualité n’est déconnectée ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde; la spiritualité se vit plutôt avec celles-ci et en elles, en communion avec tout ce qui nous entoure. » (LS 216)
 
Il faut lire et relire ce texte du pape François! Ses affirmations nous injectent un nouveau souffle de joie et de fierté : notre héritage chrétien est un trésor!
 
Le pape parle d’une « mystique » chrétienne apte à nous insuffler des pensées, des décisions, du courage pour nous engager résolument en faveur d’une écologie naturelle et humaine. En somme, la rencontre personnelle avec Jésus, avec l’Évangile, avec les prophètes de l’Ancien Testament nous donne de puissantes motivations pour une action décisive, en vue du bien commun de l’humanité et de la survie de notre planète et des espèces vivantes qui y habitent.
 
« La crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure. » Certains chrétiens, engagés et qui prient, ont l’habitude de se moquer des préoccupations pour l’environnement. D’autres sont passifs, ils ne se décident pas à changer leurs habitudes et ils deviennent incohérents. « Ils ont donc besoin d’une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne. » (LS 217)
 
Humilité, sobriété, tendresse envers toutes les créatures vivantes, sérénité et paix du cœur dans nos relations avec les êtres vivants et les humains, style de vie qui favorise la cohabitation et la communion : voilà quelques attitudes à développer. Ces paragraphes sont à lire et à méditer pour les appliquer chacun dans sa vie personnelle et dans notre vie en communauté.
 
Oui, la relation personnelle avec Jésus le ressuscité est source d’une vitalité nouvelle dans nos engagements envers notre humanité et notre planète.
 
(20e texte d’une série sur La joie de l’Évangile)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 30 décembre 2016

Paix dans nos cœurs et dans notre entourage!

C’est du dedans de nos cœurs que jaillit soit la paix, soit la violence. Le pape nous invite, dans son message pour la journée de la paix, à purifier nos cœurs de la haine, de la rancune, de la vengeance; à les incliner vers la paix, le pardon, la miséricorde pour les gens autour de nous.

Jésus a prêché inlassablement l’amour inconditionnel de Dieu qui accueille et pardonne. Il nous enseigne à aimer nos ennemis (cf. Mt 5, 44). Nous en avons tous! «  Celui qui accueille la Bonne Nouvelle de Jésus sait reconnaître la violence qu’il porte en lui-même et se laisse guérir par la miséricorde de Dieu, en devenant ainsi, à son tour, un instrument de réconciliation. » Répandons généreusement sur nos chemins un sourire, un mot aimable, un petit geste qui sèment la paix et l’amitié.

Je demande à Dieu pour moi-même et pour toutes les personnes que j’aime un supplément d'amour, de bonté. Pacifiés dans nos cœurs par l’Esprit divin, devenons ensemble des instruments de paix dans nos milieux de vie : couple, famille, milieu communautaire. Soyons des agents actifs de dialogue, de respect, de recherche du bien de l’autre, de miséricorde et le pardon.  Jésus le Prince de la Paix nous le demande et il est avec nous pour le faire humblement jour après jour, tout au long de l’année 2017.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 23 décembre 2016

La foi est source de respect de la création

Saint Jean-Paul II écrivait dans son message pour la Journée mondiale de la paix 1990 (par. 15) : « Ceux qui croient en Dieu créateur et qui sont convaincus, par conséquent, de l'existence dans le monde d'un ordre et d'une finalité bien définis doivent se sentir appelés à se préoccuper du problème. Les chrétiens, notamment, savent que leurs devoirs à l'intérieur de la création et leurs devoirs à l'égard de la nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi. » Cette affirmation montre la conviction intime de l’Église catholique que la foi chrétienne, bien comprise et vraiment vécue, a un impact important sur l’engagement en faveur du bien commun mondial qu’est le respect de la création.
 
Le pape François en tire l’affirmation que « c’est un bien pour l’humanité et pour le monde que nous, les croyants, nous reconnaissions mieux les engagements écologiques qui jaillissent de nos convictions. » (LS 64) Il dit en somme que plus nous vivrons notre foi au Dieu créateur, plus nous respecterons toute créature et en particulier nos frères et sœurs humains.
 
D’où une affirmation très inspiratrice : « Nous ne pouvons pas avoir une spiritualité qui oublie le Dieu tout-puissant et créateur. Autrement, nous finirions par adorer d’autres pouvoirs du monde, ou bien nous prendrions la place du Seigneur au point de prétendre piétiner la réalité créée par lui, sans connaître de limite. La meilleure manière de mettre l’être humain à sa place, et de mettre fin à ses prétentions d’être un dominateur absolu de la terre, c’est de proposer la figure d’un Père créateur et unique maître du monde, parce qu’autrement l’être humain aura toujours tendance à vouloir imposer à la réalité ses propres lois et intérêts. » (LS 75)
 
Tout a été créé avec amour. Nous devons vivre cette même tendresse envers toutes les créatures, et particulièrement envers nos frères et sœurs les humains. Cette tendresse nous interdira d’abuser de la création, de la nature et des humains. « Tout est lié, et, comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés par l’amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi, avec une tendre affection, à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière et à mère terre. » (LS 92)
 
Plus je saurai approfondir les grandes richesses de ma foi chrétienne, plus je respecterai le Créateur et ses œuvres. Telle est le dynamisme caché dans toute la Bible et particulièrement dans les paroles évangéliques. Une foi chrétienne vécue apprend à apprécier, respecter, protéger toute créature. 
 
(19e texte d’une série sur La joie de l’Évangile)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 17 décembre 2016

Une attente remplie d’espérance

Le verbe attendre est souvent associé négativement aux situations de nos vies où nous devons attendre : aux lumières dans la circulation; à l’urgence; à la caisse du supermarché ou au magasin. Il y a des temps d’attente qui peuvent causer de l’anxiété comme attendre un résultat d’examen médical, la réponse d’une entrevue pour un nouvel emploi, le résultat d’une note de cours ou la conclusion d’une transaction pour la vente ou l’achat d’une propriété. Par ailleurs, il y a également des situations qui sont porteuses de joie et de paix comme attendre l’arrivée de la famille et des amis pour célébrer Noël et la nouvelle année, l’attente avant le spectacle de ses enfants à l’école et par-dessus tout le temps précédent la naissance d’un enfant.
 
Joseph a eu ce même sentiment de joie à l’annonce de la venue de son fils. Mais il avait d’abord vécu des doutes et inquiétudes. Son attente comportait certainement des craintes et des questions. L’Évangile de Matthieu de ce dimanche, une semaine avant la grande fête de Noël, vient nous redire encore et encore comment Dieu est vraiment présent au cœur de notre humanité, de nos projets et de notre vie à chacun et à chacune. La naissance de Jésus rend visible cette présence. En fait, le nom qui lui est donné à sa naissance, l’Emmanuel, veut dire « Dieu-avec-nous ».
 
Comme Joseph, il nous arrive et il est normal d’avoir des doutes selon les saisons de notre vie. Il y a des choses, des situations et des projets qui peuvent nous dépasser et nous pouvons avoir des difficultés à voir l’espérance qui s’y cache. Il est bon alors de se rappeler que nous ne sommes pas laissés à nous même, que Dieu est présent, que la vie est faite des gestes d’amour et de solidarité qui prennent racine au cœur de notre quotidien.
 
Si Noël est une fête qui se prépare dans l’attente, il s’agit d’une attente remplie d’espérance. Cette espérance se manifeste par la joie qui nous habite, par le partage avec les personnes dans le besoin, par les gestes d’amour et d’accueil, par la venue du prince de la paix, l’Emmanuel, Dieux-avec-nous. 

René Laprise, diacre permanent
Gatineau
(Ce texte est également publié sur les sites d'Auvidec media et de l'Office de catéchèse du Québec.) 

lundi 12 décembre 2016

Message de Noël 2016


Jésus!
Il est né sur le chemin de l’exil;
Déposé dans une mangeoire pour animaux;
Visité par les bergers : les pauvres du coin;
Menacé de mort par le puissant Hérode.
Tout cela pour se faire proche de nous.
Tout cela pour nous dire que Dieu nous aime à la folie!
Il continue à nous offrir son message de fraternité.
Il nous demande de le répandre partout autour de nous,
De le dire par nos gestes d’amitié envers les abandonnés.
Joie et paix aux femmes et aux hommes de bonne volonté!
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau