vendredi 15 février 2019

Portrait de Jésus le Fils et le Saint

Le pape François, dans son grand document sur la sainteté (par. 63ss), traite des béatitudes. Il nous demande « de revenir aux paroles de Jésus et de recueillir sa manière de transmettre la vérité. » C’est avec une grande simplicité que Jésus y explique ce que veut dire être saint ou sainte : c’est son enseignement sur les béatitudes (cf. Matthieu 5, 3-12). « Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Donc, si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. » Le mot « bienheureux » y est synonyme de « saint ».
 
Les béatitudes sont des attitudes intérieures, au niveau du cœur, mais qui se traduisent dans des actes. Il s’agit d’attitudes permanentes, mais aussi de manières de vivre. Jésus nous y enseigne des façons de nous comporter dans nos relations avec Dieu et avec nos semblables. De telles attitudes sont le fruit et le signe de notre filiation divine. Car elles sont d’abord le portrait même de Jésus!
 
Il s’agit donc de se mettre à son école : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Matthieu 11, 28-30)
 
Jésus nous apprend alors à reconnaître la primauté de Dieu qui est notre Père et à vivre avec lui des relations confiantes, filiales : vivre avec un cœur humble et pauvre qui s’ouvre à Dieu. Il nous apprend aussi à vivre avec les autres des relations d’amour et de justice : vivre la miséricorde, la bienveillance, la non-violence et la douceur, être des bâtisseurs de paix. À l’école de Jésus, nous apprenons à vivre des relations dynamiques et bonnes avec Dieu et avec les autres.
 
En somme, les béatitudes sont les huit traits du visage spirituel de Jésus, le Fils éternel. En les vivant, grâce à l’œuvre de l’Esprit en nous, nous devenons nous aussi vraiment enfants du Dieu « trois fois Saint ». Voilà notre chemin de sanctification!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(19e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 7 février 2019

La carte d’identité du chrétien

Continuant son enseignement sur la sanctification des disciples de Jésus, le pape François (par. 63) se sert des mots mêmes de Jésus pour parvenir à préciser ce que c’est que d’être un saint, une sainte aujourd’hui. Il va puiser dans ce qu’on peut appeler la « charte évangélique » : les béatitudes (Matthieu5, 3-12 et Luc 6, 20-23). Et il qualifie ces béatitudes de « cartes d’identité du chrétien ».
 
Il a déjà développé cette idée dans une homélie de 2014. L’homéliste nous invite à ouvrir le texte évangélique, à lire et relire souvent ces huit brèves sentences. Il faut parvenir à les approfondir, en saisir toujours mieux le message, les assimiler pour pouvoir vivre jusqu’au bout ce « programme de sainteté » qui va « à contre-courant » par rapport à la mentalité du monde. Il faut les méditer et les prier dans le contexte de notre vie quotidienne.
 
Et le pape, reprenant chaque béatitude, montre comme elle va « très à contre-courant » par rapport à ce « qui est habituel, à ce que l’on fait dans le monde ».  
-        « Heureux les pauvres » : « Les richesses ne te garantissent rien. Et même : quand le cœur est riche, il est tellement satisfait de lui-même, qu’il n’a pas de place pour la parole de Dieu ».
-        « Heureux les pauvres de cœur » afin que le Seigneur puisse y entrer.
-        « Heureux les affligés, car ils seront consolés ».
-        « Heureux les doux », est une expression forte, surtout « dans ce monde qui, depuis le début, est un monde de guerre; un monde où l’on se querelle partout, où il y a de la haine partout ».
-        « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ». La réalité nous révèle combien il est facile d’entrer dans les groupes de la corruption. Et le pape ajoute : « Combien de personnes souffrent à cause de ces injustices! »
-        « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ». Il s’agit de « ceux qui pardonnent, qui comprennent les erreurs des autres ».
-        « Heureux les cœurs purs ». Jésus indique ainsi ceux qui « ont un cœur simple, pur, sans salissure : un cœur qui sait aimer avec cette pureté si belle ».
-        « Heureux les persécutés pour la justice » : Jésus rappelle « combien de personnes ont été persécutées simplement pour avoir lutté pour la justice ».
 
« Tel est le programme de vie de que nous propose Jésus ». Un programme « très simple mais très difficile » en même temps. Voilà la route, a expliqué le pape, pour « vivre la vie chrétienne au niveau de la sainteté ».
 
Ce n’est qu’une première lecture de ce chemin de sanctification. Relire et méditer ces textes est un premier pas pour entendre et accueillir dans notre vie quotidienne les explications plus longues données par le pape dans son beau document Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(18e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 1 février 2019

Le pélagianisme, ennemi de la sainteté

Le pape François (par. 47 ss) identifie un certain « pélagianisme » comme deuxième obstacle, même ennemi subtil pour la sanctification. Alors que le gnosticisme actuel attribue la sainteté et le salut à la connaissance, cette deuxième tendance les attribuent à la volonté, à l’effort personnel. Ce n’est plus l’intelligence qui occupe la place du mystère et de la grâce, mais la volonté. Et pour contrer cette tendance, le pape cite cette affirmation si fondamentale de s. Paul : « Il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. » (Romains 9, 16)
 
Ceux qui adoptent cette mentalité « pélagianiste » « font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique. » (par. 94) Ils manifestent ainsi une volonté sans humilité. Car, en fait, tout n’est pas possible à la volonté humaine.
 
L’absence de la reconnaissance sincère, douloureuse et priante de nos limites est ce qui empêche la grâce de mieux agir en nous. C’est placer trop de confiance en nous-mêmes et laisser peu de place à la grâce, comme s’il suffisait de recevoir de temps à autre un coup de pouce de la grâce pour nous sanctifier!
 
Et le pape François rappelle : « L’Église catholique a maintes fois enseigné que nous ne sommes pas justifiés par nos œuvres ni par nos efforts mais par la grâce du Seigneur qui prend l’initiative. » (par. 52)
 
Thérèse de l’Enfant Jésus a vécu cette conviction. Ce que l’a conduite à formuler son bouleversant Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux »
 
Et cette attitude l’a conduite à aimer d’une façon héroïque, dans les petits gestes quotidiens, toutes les personnes qui l’entouraient, en particulière les personnes de tempérament ou de comportement plus difficile.
 
Voilà ce que c’est que la sainteté! Aimer d’un amour totalement abandonné et confiant l’Amour miséricordieux et aimer humblement son prochain.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(17e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)