samedi 16 mai 2015

La nature ne pardonne jamais

Le pape François annonce une encyclique sur l’environnement pour bientôt. De nombreuses interventions du passé nous en laissent entrevoir le ton. À suivre…
 
« La création n’est pas une propriété, que nous pouvons dominer à notre guise; ni la propriété de quelques-uns, d’une poignée de personnes : la création est un don, c’est un don merveilleux que Dieu nous a fait, afin que nous en prenions soin et que nous l’utilisions au profit de tous, toujours avec un grand respect et gratitude. » (1)
 
Et le pape raconte qu’un jour, étant à la campagne, il a entendu un dicton prononcé par une personne : « Nous devons protéger ces belles choses que Dieu nous a données; la création nous a été donnée pour que nous l’utilisions bien; pas pour l’exploiter, mais pour la préserver, parce que Dieu pardonne toujours, nous les hommes nous pardonnons parfois, mais la création ne pardonne jamais et si on n’en prend pas soin, elle nous détruira ».
 
« Parmi les causes principales de la pauvreté figure un système économique qui pille la nature – je pense en particulier à la déforestation, mais également aux catastrophes liées à l’environnement, et à la perte de la biodiversité. Il faut répéter que la création n’est pas une propriété dont nous pouvons disposer selon notre bon plaisir, et encore moins la propriété de quelques-uns seulement. La création est un don merveilleux que Dieu nous a donné afin que nous en prenions soin et que nous l’utilisions au profit de tous, avec respect. Je vous encourage donc à poursuivre votre engagement afin que la création demeure un patrimoine de tous, à conserver dans toute sa beauté pour les générations futures. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 8 mai 2015

C’est beau, la miséricorde !

Il est stimulant de relire le témoigne du pape François lors de sa première audience comme pape. Il nous y raconte une émouvante histoire.
 
Jeune évêque à Buenos Aires, il est allé confesser durant une messe en paroisse. « Et presque à la fin de la messe, je me suis levé, je devais administrer une confirmation. Est venue à moi une femme âgée, humble, très humble, elle avait plus de quatre-vingts ans. Je l’ai regardée et je lui ai dit : “Grand-mère — parce que chez nous, nous appelons ainsi les personnes âgées : grand-mère — vous voulez vous confesser ?”. “Oui !”, m’a-t-elle dit. “Mais si vous n’avez pas péché...” Et elle m’a dit : “Nous avons tous péché... !” “Mais peut-être le Seigneur ne les pardonne pas...” “Le Seigneur pardonne tout !”, m’a-t-elle dit : sûre d’elle. “Mais comment le savez-vous, vous, Madame ?” “Si le Seigneur ne pardonnait pas tout, le monde n’existerait pas”. »
 
« Il m’est venue l’envie de lui demander : “Dites-moi, Madame, vous avez étudié à la Grégorienne ?”, parce que cela est la sagesse que donne l’Esprit Saint ; la sagesse intérieure vers la miséricorde de Dieu. N’oublions pas cette parole : Dieu ne se fatigue jamais de nous pardonner, jamais ! “Eh, mon père, quel est le problème ? ». Eh, le problème est que nous, nous nous fatiguons ! Nous ne voulons pas ! Nous nous fatiguons de demander pardon ! Lui ne se fatigue pas de pardonner, mais nous, parfois, nous nous fatiguons de demander pardon. Ne nous fatiguons jamais, ne nous fatiguons jamais ! Lui est le Père plein d’amour qui toujours pardonne, qui a ce cœur de miséricorde pour nous tous. Et nous aussi apprenons à être miséricordieux avec tous. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 1 mai 2015

Œcuménisme par le sang


« Que les victimes soient catholiques, coptes, orthodoxes ou protestants, ne fait aucune différence. Leur sang est le même sang dans leur confession au Christ! Le sang de nos frères et de nos sœurs  chrétiens est un témoignage qui crie pour être entendu par tous ceux qui savent encore faire la distinction entre le bien et le mal. » C’est là une affirmation très émouvante du pape François.
 
Se multiplient le nombre de personnes qui sont tuées « au seul motif qu’ils sont des disciples de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. » Et le pape en appelle dramatiquement aux responsables des nations : « Ce cri doit être entendu surtout par ceux qui tiennent le destin des peuples entre leurs mains. »
 
Prions pour que ces cris soient entendus!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 24 avril 2015

Tu dis : miséricorde?

Nous entendons souvent ce mot en ces jours où le pape François a décrété une année sainte de la miséricorde. C’est un mot qui provoque des réactions contrastées : de l’enthousiasme au rejet. Mais que signifie en fait ce mot?
 
J’ai trouvé un texte qui apporte quelque lumière sur cette question. Je me contente de le citer et de l’offrir ainsi à notre réflexion. Le voici :
 
« Le mot "miséricorde" désigne, en hébreu, le cœur profond, les "entrailles" qui frémissent sous le coup de la douleur et de la peine. Quel père ou mère n'a ressenti cela en sachant son enfant malade, perdu ? La miséricorde apparaît donc comme l'attachement profond d'un être pour un autre et particulièrement de Dieu pour l'homme. Dans notre vie, Dieu souffre avec nous, il est bouleversé par nos malheurs, nos souffrances et notre condition d'homme pécheur. »
 
« Dans un grand mouvement d'amour pour nous, il nous manifeste sa tendresse, nous aide concrètement dans nos vies, nous témoigne sa "miséricorde", nous pardonne nos manquements, nos faiblesses, nous envoie son Fils. Dans le Nouveau Testament, Jésus nous invite à faire de même envers nos frères : "Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux". (Mt 5,48)
 
C'est l'une des conditions de la vie éternelle. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 18 avril 2015

Pourquoi ce jubilé?

Le pape François a surpris en annonçant un jubilé sur la miséricorde. Aussi a-t-il senti le besoin d’en expliquer le pourquoi. Il le fit dans son homélie du 11 avril 2015.
 
« Pourquoi, aujourd’hui, un Jubilé de la Miséricorde ? Simplement parce que l’Église, en ce moment de grands changements d’époque, est appelée à offrir plus fortement les signes de la présence et de la proximité de Dieu. Ce n’est pas le temps pour la distraction, mais au contraire pour rester vigilants et réveiller en nous la capacité de regarder l’essentiel. C’est le temps pour l’Église de retrouver le sens de la mission que le Seigneur lui a confiée le jour de Pâques : être signe et instrument de la miséricorde du Père (cf. Jn 20, 21-23). »
 
« C’est pour cela que l’Année Sainte devra maintenir vivant le désir de savoir accueillir les nombreux signes de la tendresse que Dieu offre au monde entier et surtout à tous ceux qui sont dans la souffrance, qui sont seuls et abandonnés, et aussi sans espérance d’être pardonnés et de se sentir aimés du Père. Une Année Sainte pour éprouver fortement en nous la joie d’avoir été retrouvés par Jésus, qui comme Bon Pasteur est venu nous chercher parce que nous nous étions perdus. Un Jubilé pour percevoir la chaleur de son amour quand il nous charge sur ses épaules pour nous ramener à la maison du Père. Une Année pour être touchés par le Seigneur Jésus et transformés par sa miséricorde, pour devenir nous aussi témoins de miséricorde. Voilà le motif du Jubilé : parce que c’est le temps de la miséricorde. C’est le temps favorable pour soigner les blessures, pour ne pas nous lasser de rencontrer tous ceux qui attendent de voir et de toucher de la main les signes de la proximité de Dieu, pour offrir à tous, à tous, le chemin du pardon et de la réconciliation. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 10 avril 2015

Prendre soin de la terre


Nous avons récemment changé de saison. Elles se succèdent dans nos vies : printemps, été, automne, hiver. Et chacune de nos saisons apportent différentes interventions entre nous et notre environnement naturel.
 
Quelle que soit la saison, nous marchons sur notre terre, nous en mangeons les fruits, nous en profitons pour nous recréer en utilisant les possibilités offertes par la neige ou par l’eau, le soleil, le vent.
 
Mais pensons-nous suffisamment à avoir un soin jaloux de ce bien si précieux donné à toute l’humanité. La création n'est pas notre propriété, elle ne peut être exploitée sans mesure. La nature est un don de Dieu qu'il nous faut soigner et utiliser avec respect et au profit de tous.
 
Dès les premiers instants de son service comme évêque de Rome, François nous interpelait sur ce sujet : « Je voudrais demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : nous sommes gardiens de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde ! »
 
Le pape a répété de multiples fois un tel appel. Le 15 janvier, il a confirmé la publication d’un document fondamental sur le sujet. Ça devrait sortir en août, avant la conférence intergouvernementale sur le climat prévue à la fin de cette année à Paris.
 
Donc à suivre !
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 3 avril 2015

Par-delà le mur?

Nous marchons tous, à petits pas ou à grande vitesse selon chacun, vers un mur inévitable : la mort! Sans doute à cause d’habitudes mentales ou bien par légèreté, nous ne pesons pas la gravité, le sérieux de cet obstacle devant nous. Comment se fait-il qu’on ne se demande pas plus sérieusement : y a-t-il quelque chose ou rien derrière ce mur?
 
Comment savoir? « Est-ce que les morts sont morts? » Ou encore : « Où serais-je quand je ne serai plus? » Je pense aux affirmations de Miguel de Unamuno voulant que je ne puisse être certain ni que mon anéantissement sera définitif et irrévocable, ni que je me prolongerai dans telles ou telles conditions! Dans quelque recoin de notre cœur, il reste toujours « une ombre, une ombre vague, l’ombre d’une ombre d’incertitude ». Il y a une mouche qui bourdonne à l’oreille de notre cœur : « Non, rien! » Puis elle se reprend : « Mais il doit bien y avoir quelque chose! »
 
Vivre toujours, même devenir des dieux : voilà la soif insatiable de notre être! Un homme, fils de Dieu, qui a vécu dans notre chair et notre histoire, nous a parlé de cette soif : Jésus. « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? » (Évangile de Jean 11, 25-26) Il est passé par la mort affreuse sur la croix, le rejet, le mépris. Mais il a vaincu la mort, est ressuscité et continue à montrer aux yeux de notre cœur ses plaies victorieuses et glorieuses.
 
Je ne le sais pas, je crois à la vie éternelle par-delà le mur de la mort. Je crois pour un jour savoir par expérience les nouveautés de cette vie éternelle déjà en germe en moi par le baptême.
 
Joyeuse fête de Pâques!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau