vendredi 29 mars 2019

La personne sainte regarde et agit avec miséricorde

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ».
Il faut toujours revenir à l’affirmation que les béatitudes sont l’autoportrait du Christ. C’est sa vie qu’il faut contempler pour accueillir sa lumière sur la miséricorde. C’est en regardant Jésus agir, c’est en écoutant ses paroles que nous pouvons saisir qu’il existe « une miséricorde du cœur et une miséricorde des mains. » (Cantalamessa) Il s’agit des œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles.

Jésus reflète la miséricorde de Dieu envers les pécheurs. Il éprouve aussi de la pitié pour toutes les souffrances et nécessités humaines. L’évangéliste Matthieu dit de lui : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies. » (Matthieu 8, 17)

Pour sa part, le pape François commente (par. 80) cette béatitude en expliquant : « La miséricorde a deux aspects : elle consiste à donner, à aider, à servir les autres, et aussi à pardonner, à comprendre. »

Et le pape explicite : « Donner et pardonner, c’est essayer de reproduire dans nos vies un petit reflet de la perfection de Dieu qui donne et pardonne en surabondance. » C’est ce qu’enseigne l’évangéliste Luc. « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés; remettez, et il vous sera remis. Donnez et l’on vous donnera » (6, 36-38).

Et Luc ajoute quelque chose que nous ne devrions pas ignorer : « De la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour. » « La mesure que nous utilisons pour comprendre et pour pardonner nous sera appliquée pour nous pardonner. La mesure que nous appliquons pour donner, nous sera appliquée au ciel pour nous récompenser. Nous n’avons pas intérêt à l’oublier. » (Pape François)

Oui, nous sommes tous des pécheurs pardonnés. Et nous avons intérêt à nous souvenir de cette parole que le Seigneur menace de nous dire lors du jugement : « Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon comme moi j’ai eu pitié de toi? » (Matthieu  18, 33)

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(24e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

jeudi 21 mars 2019

Une personne sainte recherche la justice avec faim et soif

« Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés »
 
Pour commenter cette béatitude, le pape François (par. 77-79) part des activités vitales de boire et de manger, qui répondent à notre besoin de survie. Et il ajoute : « Il y a des gens qui avec cette même intensité aspirent à la justice et la recherchent avec un désir vraiment ardent. »
 
La justice pratiquée dans notre monde est tant de fois entachée par des intérêts mesquins, manipulée d’un côté ou de l’autre. Il s’agit même parfois d’une justice marquée par la corruption, les multiples intérêts des groupes en présence où le plus fort impose ses vues au petit. « Et que de personnes souffrent d’injustices, combien sont contraintes à observer, impuissantes, comment les autres se relaient pour se partager le gâteau de la vie. […] Cela n’a rien à voir avec la faim et la soif de justice dont Jésus fait l’éloge. »
 
La justice dont parle Jésus peut avoir deux sens. Elle signifie d’abord cette énergie intérieure, cette vertu qui fait que le disciple de Jésus pose des œuvres de justice. Elle « commence à devenir réalité dans la vie de chacun lorsque l’on est juste dans ses propres décisions, et elle se manifeste ensuite, quand on recherche la justice pour les pauvres et les faibles. » (Pape François) Le précepte de l’amour du prochain « doit pousser les affamés de justice à se préoccuper des affamés de pain. Il s’agit du grand principe à travers lequel l’Évangile agit sur le plan social » (Cantalamessa)
 
Dans la Parole de Jésus, « le mot “justice” peut être synonyme de fidélité à la volonté de Dieu par toute notre vie, mais si nous lui donnons un sens très général, nous oublions qu’elle se révèle en particulier dans la justice envers les désemparés : “Recherchez le droit, redressez le violent! Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve!” (Is 1, 17). » (Pape François) (par. 79) La Parole de Dieu nous impose à vivre de l’amour et de la pitié qui doivent se traduire dans des actes, dans des œuvres de miséricorde.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(23e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

samedi 16 mars 2019

Le Seigneur est ma lumière et mon salut

Le beau refrain du psaume de la liturgie de ce deuxième dimanche du Carême se veut un signe révélateur de l’espérance qui nous mène vers la grande fête de Pâques. Oui, la lumière du Seigneur éclaire nos obscurités, nos temps de doute, notre soif de conversion et notre désir de renaître à une vie nouvelle, une vie au service de nos frères et de nos soeurs en humanité.   
 
La lumière est également une source de joie et d’espoir en ce temps de l’année où nous espérons des journées plus longues et ensoleillées. À la veille du printemps, la terre témoigne elle aussi de la vie qui refait surface sous l’épaisse couche de neige, du passage de la saison morte à la saison des bourgeons. Devant cette transformation, nous retrouvons courage et nous sommes émerveillés.
 
En laissant remonter dans notre cœur la mélodie de ce psaume, “Le Seigneur est ma lumière et mon salut”, n’est-il pas plus facile de comprendre la foi d’Abraham dans le Seigneur pour la descendance qui lui était promise. “Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux…” Et le Seigneur lui déclara: “Telle sera ta descendance!” L’alliance conclue entre le Seigneur et Abraham n’est-elle pas un signe évocateur que la bonté du Seigneur se traduit par des gestes concrets dans l’aujourd’hui de nos vies et pour les générations à venir. Oui, espérons et prenons courage, la lumière du Seigneur fait route avec nous pour le salut de chacun et chacune, spécialement des plus blessés.
 
René Laprise
Diacre permanent
(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

samedi 9 mars 2019

Une personne sainte sait pleurer avec les autres

« Heureux les affligés, car ils seront consolés »
 
Le pape François (par. 75-76) commente cette béatitude en montrant d’emblée qu’elle est en flagrante contradiction avec le style de jugement et de vie de notre monde. « Le monde nous propose le contraire : le divertissement, la jouissance, le loisir, la diversion, et il nous dit que c’est cela qui fait la bonne vie. L’homme mondain ignore, détourne le regard quand il y a des problèmes de maladie ou de souffrance dans sa famille ou autour de lui. Le monde ne veut pas pleurer : il préfère ignorer les situations douloureuses, les dissimuler, les cacher. Il s’ingénie à fuir les situations où il y a de la souffrance, croyant qu’il est possible de masquer la réalité, où la croix ne peut jamais, jamais manquer. »
 
Dieu est tendre et comme atteint par les larmes des siens. C’est ce que montre l’histoire du roi Ézékias (Isaïe 38, 1ss) devant sa mort. Il fondit en larmes et pria Dieu de le sauver. Par le prophète, Dieu lui manifeste que ses larmes l’ont ému et il le guérit. Ailleurs, il est affirmé que les larmes des veuves coulent sur les joues de Dieu! (cf Ben Sirac 35, 18)
 
Jésus nous montre le même chemin de la compassion et des larmes devant les afflictions diverses de notre monde. Il est bouleversé dans ses entrailles devant les larmes et la détresse de la veuve qui va enterrer son fils unique (Luc 7,11ss). Devant les larmes de Marie, la sœur de Lazare mort et mis au tombeau, « Jésus se mit à pleurer. » (Jean, 11, 29)
 
Paul reconnaît devoir pleurer sur les pécheurs, « sur bien des gens qui ont été autrefois dans le péché et qui ne se sont pas repentis de l’impureté, de l’inconduite et de la débauche qu’ils ont pratiquées. » (2 Corinthiens 12,21) Et par ailleurs, il exhorte ses jeunes chrétiens : « Pleurez avec ceux qui pleurent. »  (Romains 12, 15)
 
Le pape François commente pour nous aujourd’hui : « La personne qui voit les choses comme elles sont réellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur. […] Cette personne est consolée, mais par le réconfort de Jésus et non par celui du monde. Elle peut ainsi avoir le courage de partager la souffrance des autres et elle cesse de fuir les situations douloureuses. De cette manière, elle trouve que la vie a un sens, en aidant l’autre dans sa souffrance, en comprenant les angoisses des autres, en soulageant les autres. Cette personne sent que l’autre est la chair de sa chair, elle ne craint pas de s’en approcher jusqu’à toucher sa blessure, elle compatit jusqu’à se rendre compte que les distances ont été supprimées. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(22e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 1 mars 2019

Une personne sainte réagit avec une humble douceur

Heureux les doux, car ils possèderont la terre. »  (Matthieu 5, 5)
 
« C’est une expression forte, dans ce monde qui depuis le commencement est un lieu d’inimitié, où l’on se dispute partout, où, de tous côtés, il y a de la haine, où constamment nous classons les autres en fonction de leurs idées, de leurs mœurs, voire de leur manière de parler ou de s’habiller. » (Pape François) (par. 71) Notre monde prône un style de violence, de vanité et d’orgueil. Au contraire, Jésus interpelle : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. » (Matthieu 11, 29)
 
Ces paroles divines ne sont pas qu’une très haute leçon de vie morale. Elles dessinent l’autoportrait de Jésus. Ce sont « la personne et la vie du Christ qui font que ces béatitudes et tout le discours sur la montagne sont quelque chose de plus qu'une splendide utopie éthique; elles en font une réalisation historique dans laquelle chacun peut puiser sa force pour atteindre cette communion mystique qui le liera à la personne du Sauveur. Il ne s'agit pas uniquement de devoirs, mais de grâce. » (Cantalamessa)
 
Jésus, par toute sa vie et par sa mort, nous révèle un style de vie, celle des enfants de Dieu. Il est caractérisé par la douceur. Ce mot (douceur)  contient beaucoup de richesses. Pour les scruter, il faut d’une part faire le rapprochement entre les mots douceur et humilité; et d’autre part mettre en avant les dispositions intérieures d'où jaillira ce style de vie dans nos relations avec le prochain : affabilité, gentillesse. « Il s’agit de ces mêmes traits que l'Apôtre met en lumière lorsqu'il parle de charité : “La charité est longanime ; la charité est serviable; elle n'est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas; elle ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas...” (1 Corinthiens 13, 4-5). » (Cantalamessa)
 
Paul mentionne ailleurs la douceur parmi les fruits de l’Esprit Saint (cf. Galates 5,23). Pierre pour sa part nous rappelle qu’il importe bien sûr de défendre sa foi et ses convictions, mais il faut le faire « avec douceur. » (1 Pierre 3, 16)
 
« La douceur est une autre expression de la pauvreté intérieure de celui qui place sa confiance seulement en Dieu. […] Les doux, indépendamment des circonstances, espèrent dans le Seigneur. » (Pape François, par. 74)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(21e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 22 février 2019

Une personne sainte est pauvre de cœur

Avant d’entrer dans la lecture du commentaire des béatitudes fait par le pape François (par. 65ss.), prenons conscience que ces divines paroles vont à contrecourant de ce qui se fait dans la société. Le monde nous conduit vers un autre style de vie. Les béatitudes ne sont pas des vérités légères ou superficielles, mais de sérieux appels à la conversion. « Nous ne pouvons les vivre que si l’Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous libère de la faiblesse de l’égoïsme, du confort, de l’orgueil. »
 
Ces paroles évangéliques sont à écouter avec respect et amour. Il faut permettre à Jésus de nous provoquer, de nous interpeller en vue d’un changement réel de vie.
« Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux. ».
 
Qu’est-ce qui me donne le sentiment de sécurité? « En général, le riche se sent en sécurité avec ses richesses, et il croit que lorsqu’elles sont menacées, tout le sens de sa vie sur terre s’effondre. » C’est une attitude insensée, folle! Les richesses ne nous garantissent rien! Le disciple de Jésus fait comme son maître : mettre sa sécurité en Dieu le Père qui l’aime et veille avec bienveillance et bonne providence sur lui.
 
« Qui plus est, quand le cœur se sent riche, il est tellement satisfait de lui-même qu’il n’y a plus de place pour la Parole de Dieu, pour aimer les frères ni pour jouir des choses les plus importantes de la vie. Il se prive ainsi de plus grands biens. »
 
C’est à cette pauvreté du cœur que pense s. Ignace de Loyola quand il enseigne « la sainte indifférence », de telle manière que « nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste. »
 
« Heureux les pauvres de cœur! » Il s’agit d’une « disposition de l’âme faite d’une disponibilité totale à Dieu parce qu’elle vient d’une humble conviction de sa misère spirituelle. […] Le pauvre a mis tout son espoir dans le Seigneur. Être pauvre, c’est être avide de recueillir ce que Dieu dispense quand on se fait capacité d’accueil. »
 
Cette pauvreté d’esprit, de cœur, va me conduire à être pauvre tout court et à aider ceux et celles qui concrètement sont dans le besoin. C’est ce qu’enseigne Jésus dans Luc 6, 20. Le pape (par. 70) rappelle que c’est là une invitation à suivre notre Seigneur et Maître dans sa vie austère et dépouillée pour partager la vie des pauvres, « et en définitive à nous configurer à Jésus qui, étant riche, “s’est fait pauvre” (2 Corinthiens 8,9). »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(20e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)

vendredi 15 février 2019

Portrait de Jésus le Fils et le Saint

Le pape François, dans son grand document sur la sainteté (par. 63ss), traite des béatitudes. Il nous demande « de revenir aux paroles de Jésus et de recueillir sa manière de transmettre la vérité. » C’est avec une grande simplicité que Jésus y explique ce que veut dire être saint ou sainte : c’est son enseignement sur les béatitudes (cf. Matthieu 5, 3-12). « Elles sont comme la carte d’identité du chrétien. Donc, si quelqu’un d’entre nous se pose cette question, “comment fait-on pour parvenir à être un bon chrétien?”, la réponse est simple : il faut mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. » Le mot « bienheureux » y est synonyme de « saint ».
 
Les béatitudes sont des attitudes intérieures, au niveau du cœur, mais qui se traduisent dans des actes. Il s’agit d’attitudes permanentes, mais aussi de manières de vivre. Jésus nous y enseigne des façons de nous comporter dans nos relations avec Dieu et avec nos semblables. De telles attitudes sont le fruit et le signe de notre filiation divine. Car elles sont d’abord le portrait même de Jésus!
 
Il s’agit donc de se mettre à son école : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Matthieu 11, 28-30)
 
Jésus nous apprend alors à reconnaître la primauté de Dieu qui est notre Père et à vivre avec lui des relations confiantes, filiales : vivre avec un cœur humble et pauvre qui s’ouvre à Dieu. Il nous apprend aussi à vivre avec les autres des relations d’amour et de justice : vivre la miséricorde, la bienveillance, la non-violence et la douceur, être des bâtisseurs de paix. À l’école de Jésus, nous apprenons à vivre des relations dynamiques et bonnes avec Dieu et avec les autres.
 
En somme, les béatitudes sont les huit traits du visage spirituel de Jésus, le Fils éternel. En les vivant, grâce à l’œuvre de l’Esprit en nous, nous devenons nous aussi vraiment enfants du Dieu « trois fois Saint ». Voilà notre chemin de sanctification!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(19e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)