jeudi 5 juillet 2012

Respirer les beautés de la nature

J’aime aller une fois de temps à autre passer une journée à la campagne. C’est ce que j’ai fait récemment. Je suis allé à Champboisé.  Quel magnifique domaine avec ses boisés, sa source, ses champs, ses maisonnettes…..

Je me suis rendu à la source d’abord. Le débit d’eau est faible. Mais en tendant l'oreille j’ai perçu son gazouillis. Il a parlé à mon cœur : «  Demande et je te donnerai une eau qui vivra en toi pour rafraichir ton cœur ». J’ai demandé et j’ai reçu.

Je suis allé flâner dans les sentiers jusqu’à la statue de Marie. Elle veille sur les personnes qui y passent, comme elle a été proche de Jésus, lui donnant sécurité, amour, confiance et audace. N’est-ce pas elle qui a Cana l’a poussé à dépasser ses hésitations et à manifester quelque chose de son mystère intime?

J’ai marché dans les sous-bois, entouré des oiseaux qui en chantant y nourrissent leurs petits. C’est un lieu de fraicheur, mais parfois un coup de vent fait bouger tout le paysage. Le vent! Quel mystérieux personnage. D’où vient-il? Où va-t-il? Pourtant il existe bien : je le sens, je l’entends, je vois ses effets. Parfois c’est plein de douceur et de repos. Parfois c’est un puissant élan qui incite à aller, à oser.

J’ai suivi le ruisseau jusqu’à la petite chute. Là, le gazouillis tranquille du courant d’eau devient plus impétueux, vivant et vibrant. Il se lance vers les chemins qui sont encore devant lui jusqu’à la rivière proche qui l’appelle. Quel mystérieux appel qui le pousse vers le fleuve, vers l’océan.

La nature, c’est plein de vie, de mystères, de secrets. C’est un grand livre par lequel Dieu nous parle, nous instruit, nous fortifie, nous console, nous pousse à agir dans l’amour à la suite de Jésus. L’été est un bon temps pour en lire quelques pages.

J’ai aussi profité de l’accueil de la petite communauté qui anime les lieux. Le silence m’a invité à une bonne sieste. J’ai vécu une belle journée et suis revenu en ville prêt pour un autre bout de marche dans l’espérance de partager encore mieux les joies et les peines des personnes sur mon chemin.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

mardi 3 juillet 2012

Annoncer la Parole

Je tiens à mettre dans mon programme des temps pour la prédication de retraites à des groupes. Je suis particulièrement invité à le faire par des communautés religieuses.

Je sais par expérience que ce temps consacré à l’exposition de l’Écriture est une période précieuse de ressourcement, non seulement pour les personnes qui s’inscrivent à la retraite, mais sans doute surtout à celui qui est appelé à la diriger. Il fut un mot d’ordre répandu dans les Ordres religieux de prédicateurs qui est toujours de grande actualité : prêche aux autres ce que tu as d’abord toi-même contemplé.

Assurer ce service de la Parole et de la direction spirituelle exige de la prière. Bien sûr, il en faut pendant le temps de la préparation du thème qui sera retenu et développé, mais encore plus durant tout le temps de l’enseignement lui-même. Seul l’Esprit-Saint peut rendre capable d’offrir d’une façon vraie, authentique, savoureuse la Parole de Dieu. Cela aussi, je le sais par expérience. Sans ce souffle de l’Esprit, je n’aurais vraiment rien à dire durant ces jours, qui vont jusqu’à une semaine complète. Je serais un désert, une terre aride, un puits desséché. Seul l’Esprit est Source, Élan, Vent, Feu, Souffle de vitalité et communication des secrets divins, que Lui seul connaît et peut révéler.

Aussi, je me permets de solliciter de votre part des intercessions pour toutes les retraites que je prêcherai dans les prochains mois, j’espère même les prochaines années.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 29 juin 2012

Dieu est amour

Saint Jean a écrit dans son évangile (1,18): « Nul n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître ». Et plus loin (14,9), il cite Jésus affirmant à ses amis : « Qui m'a vu a vu le Père ». Pour connaître qui est Dieu, quel est son secret intime dans sa relation avec nous, il faut regarder Jésus, écouter Jésus, vivre avec Jésus.

Alors que découvrons-nous ? Se montre à nos yeux éblouis et déconcertés un homme simple, venant de la petite province méprisée de Galilée, qui se fait proche des personnes qui sont considérées par les autorités comme des gens de rien et méprisables. Il leur annonce une très bonne nouvelle : Dieu les aime avec tendresse, proximité, générosité, gratuité, allant jusqu’à pardonner leurs péchés.

Et il montre la vérité de ses paroles par des actes d’une proximité bouleversante envers les lépreux, les malades, les étrangers rejetés par son peuple. Il brise les barrières et les tabous qui déchirent les humains en ennemis mutuels. Il s’oppose à tout ce qui est mépris, haine, vengeance, marginalisation des humains.

Et pour faire reconnaître officiellement la vérité de son message, il se rend volontairement à Jérusalem, devant les autorités religieuses et civiles de son peuple. Il sait qu’il y risque la mort et une mort terrible, destructrice de toute dignité, de toute humanité. Car un tel amour, aussi ouvert et bienveillant, jusqu’à aimer les ennemis, ne peut pas être toléré : il dérange trop d’habitudes, de préjugés, d’intérêts, de solidarités et d’inimités. On le met à mort par le supplice le plus raffiné de l’époque avec celui de la destruction par feu : le supplice de la croix.

C’est là, devant cette icône de l'Amour en croix, de l’Amour au cœur ouvert par la lance que nous pouvons découvrir qui est Dieu. Et quand s. Jean a écrit avec une tendre émotion : « Dieu est Amour », il se souvenait de ce moment unique dans sa vie.

Cet amour de Dieu pour l’être humain qu’il a voulu et créé est en fait une passion, un désir intense de proximité, de présence, de cohabitation avec sa créature. Les prophètes se servent des images de l’amour érotique pour l’évoquer. Mais en même temps ils parlent d’un amour qui se donne, qui pardonne, un véritable amour d’amitié, de charité. Benoit XVI écrit que Dieu est « quelqu’un qui aime avec toute la passion d’un véritable amour ».

Alors notre défi est d'oser croire être aussi aimables, de risquer la confiance vers cet amour toujours premier et toujours reprenant l’initiative qui nous rends aimables. Notre défi est d’en venir à véritablement croire que nous sommes aimés à ce point, et que parce qu’aimés ainsi nous devenons aimables!

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 25 juin 2012

L’hymne à l’amour

Ce texte de saint Paul est très connu. Les fiancées le retiennent souvent pour qu’il soit proclamé et médité dans la célébration de leur mariage. Ce chant est à la fois un magnifique résumé de toute la dynamique chrétienne et une force qui sans cesse nous fait grandir dans ce que nous sommes ensemble comme êtres humains appelés à bâtir une civilisation et une culture de l’amour vrai et de fraternité.

Il est toujours bon de relire lentement ce magnifique texte que nous trouvons dans la première lettre de saint Paul aux Corinthiens (chapitre 13, 1-8).

« J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel,
si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour,
je suis un métal qui résonne,
une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète,
avoir toutes la science des mystères,
et toute la connaissance de Dieu,
et toute la foi jusqu'à transporter les montagnes,
s’il me manque l’amour,
je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés,
j’aurais beau me faire brûler vit,
s’il me manque l’amour,
cela ne sert à rien.

L’amour prend patience;
l’amour rend service;
l’amour ne jalouse pas;
il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil;
il ne fait rien de malhonnête;
il ne cherche pas son intérêt;
il ne s’emporte pas;
il n’entretient pas de rancune;
il ne se réjouit pas de ce qui est mal,
mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai;
il supporte tout, il fait confiance en tout,
il espère tout, il endure tout.

L’amour ne passera jamais ».

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 22 juin 2012

L’amour de charité

Cette forme d’amour est en quelque sorte l’épanouissement, l’aboutissement de la tendance profonde à aimer qui est dans le cœur humain. Elle est l’expression caractéristique de la conception biblique de l’amour.

On trouve surtout dans les Évangiles de multiples façons d’évoquer le sens de cet amour si riche, inépuisable. La personne qui aime vraiment se montre généreuse. Elle respecte, estime, prend en considération les autres personnes. Elle manifeste de la vénération par une hospitalité joyeuse, un accueil délicat.

La charité est un don du cœur, une complaisance en la personne qu’on aime. Elle implique tendresse et complaisance en l’autre qu’on aime du fond du cœur. Elle implique un véritable attachement, une affection bienveillante.

La Bible parle souvent d’entrailles pleines de tendresse et de bonté, toujours capables d’accueillir, de soutenir, de pardonner. Ce qui implique beaucoup de patience, de compassion. C’est avoir le sens de l’autre, renoncer à l’égoïsme, vivre dans le désintéressement.

En somme, cette forme d’amour est un don de Dieu qui est solide et durable, mais aussi dynamique et sachant se manifester par des gestes qui font vivre l’autre. En Jésus nous voyons que cet amour est le dynamisme de se donner, même de donner sa vie pour que l’autre, aimé, vivre. Et son fruit dans le cœur est une joie profonde, qui rien ne peut détruire.

Benoît XVI, qui a écrit sa première encyclique sur l'amour, écrit : « la foi biblique ne construit pas un monde parallèle ou un monde opposé au phénomène humain originaire qui est l’amour, mais qu’elle accepte tout l’homme, intervenant dans sa recherche d’amour pour la purifier, lui ouvrant en même temps de nouvelles dimensions ».

Quelle richesse de vitalité, de sens, de force et de tendre bonté! Par le don de l’Esprit de Dieu nous sommes capables de marquer notre vie quotidienne avec les autres d’une telle beauté! Il est grand ce mystère de l‘amour!

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 17 juin 2012

L’amour comme amitié

Les anciennes traditions religieuses et de sagesses ont su identifier parmi les formes d’amour humain, celle de l’amitié. C’est là un aspect purifié, enrichi en quelque sorte du désir vital appelé érotique. On s’y situe plus au niveau des sentiments.  Pensons à toutes les chansons d’amour dans les fêtes de noces qui savent exalter l’amour conjugal dans ses dimensions de bonté mutuelle, de fidélité, de concordance des cœurs, de proximité.

La ferveur du désir amoureux s’y manifeste dans une forme purifiée, enrichie de mille délicatesses et beautés. L’amitié véritable rend capable de faire à l’autre une place importante dans notre propre vie. Elle pousse à vouloir pour l’autre tout ce qu’il y a de meilleur.

Cette forme d’amour conduit à de belles réussites car elle donne un sens nouveau à la vie, de nouvelles raisons de vivre et de vivre avec énergie, créativité et joie. Elle conduit à de nouvelles expériences d'ouverture à l’autre, dans le respect de sa liberté et de son épanouissement.

Benoît XVI a quelques belles phrases sur le sujet. Il note qu’il y a là « une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le bien de l’être aimé. »

Selon l’Évangéliste saint Jean, Jésus va jusqu’à prendre ce mot pour dire la relation qui l’unit à ses proches, qui ont confiance en lui, qui écoutent sa parole et y trouvent de profonds motifs de vie, des lumières inestimables et même le sens ultime de tout. On y voit les amis de Jésus se faire proches de lui, l’écouter volontiers même si ses paroles sont difficiles à comprendre, dures mêmes parfois. Ils restent avec lui, ils l’accompagnent ou l’accueillent chez eux. Ils vont même jusqu’à le contester familièrement et avec franchise. Ils osent lui poser des questions qui les harcèlent. En somme, ils sont à cœur ouvert avec lui. Nous avons là de beaux exemples de cette forme d’amour si profondément humain et essentiel à l’épanouissement du cœur.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

mercredi 13 juin 2012

L’amour érotique

L’amour est une très forte énergie composée de multiples ingrédients aux dosages très divers. On y parle de toutes sortes de désirs, mais aussi de grandes tendresses et de dons extrêmes, jusqu’à la mort pour la personne aimée. Il faut en somme clarifier notre vocabulaire sur cette réalité qui est la source de tant de réalisations, d’engagements, mais aussi parfois des destructions dans nos vies et notre société.

Plusieurs ont été surpris de lire dans la première encyclique de Benoît XVI des commentaires sur l’amour érotique.  Il y écrit entre autres : « Les Grecs ont vu dans l’eros avant tout l’ivresse, le dépassement de la raison provenant d'une «folie divine» qui arrache l’homme à la finitude de son existence et qui, dans cet être bouleversé par une puissance divine, lui permet de faire l’expérience de la plus haute béatitude. […]Dans les religions, cette attitude s’est traduite sous la forme de cultes de la fertilité, auxquels appartient la prostitution «sacrée», qui fleurissait dans beaucoup de temples. L’eros était donc célébré comme force divine, comme communion avec le Divin ».

L’amour érotique est essentiellement un désir. Mais depuis Freud il a été identifié et restreint au désir sexuel. Cette restriction ne correspond pas à la tradition culturelle occidentale sur le sujet. Et le Pape conclut avec raison : Il «existe une certaine relation entre l’amour et le Divin: l’amour promet l’infini, l’éternité – une réalité plus grande et totalement autre que le quotidien de notre existence. Mais il est apparu en même temps que le chemin vers un tel but ne consiste pas simplement à se laisser dominer par l’instinct. Des purifications et des maturations sont nécessaires; elles passent aussi par la voie du renoncement. Ce n’est pas le refus de l’eros, ce n’est pas son «empoisonnement», mais sa guérison en vue de sa vraie grandeur ».

Ces simples remarques montrent bien qu’il vaut la peine de réfléchir à cette réalité de l’amour, si présente à nos vies, si essentielle, mais aussi tellement galvaudée. On y reviendra.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau