vendredi 11 juin 2021

Notre souffrance transfigurée

Jésus, en butte aux pièges des autorités qui cherchent à le condamner, prend une vive conscience qu’il va vers une mort atroce. Avec trois de ses disciples, il se rend sur une haute montagne pour prier.

Il y vit le mystère de sa transfiguration. Il perçoit que le pouvoir transfigurant du Règne du Père « s’exerce avec le plus de force, là précisément où il est le plus caché : dans l’expérience de la souffrance, de l’humiliation et de la mort. Au cœur de l’échec et de l’abandon. » (Éloi Leclerc)

Jésus ressuscité vient transfigurer nos faiblesses, notre solitude, notre mort. Il les porte avec nous.

Il nous en révèle le sens : ces souffrances sont des chemins voulues par Dieu le Père vers la Vie éternelle, avec Jésus.

Viens, Esprit Saint, me rendre capable de vivre dans la foi et le courage de l’espérance ces transfigurations nécessaires pour suivre Jésus.

† Roger Ébacher
Évêque retraité de Gatineau

mardi 1 juin 2021

Dimension apostolique de la souffrance

Que me dit saint Paul en affirmant : « Maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église. » (Colossiens 1, 24)?

Le cardinal Martini note que cette phrase est « — peut-être la plus belle — où Paul exprime la conscience qu’il a de son ministère comme source de salut pour les siens ». Et il ajoute : « Paul vivait son ministère comme une souffrance endurée pour les siens : elle est partie prenante de son service. »

Que l’Esprit me fasse percevoir et vivre ainsi mes souffrances quotidiennes : unies à celles de Jésus s‘offrant au Père pour le salut du monde entier, le salut des miens ici.

† Roger Ébacher
Évêque retraité de Gatineau

lundi 24 mai 2021

Soixante ans de vie sacerdotale

Ordonné prêtre pour le diocèse d’Amos le 27 mai 1961, je pensais que mon parcours (ma « carrière ») serait simple, linéaire : professeur dans un collège ou une université pour le reste de mes jours.

Les signes allaient dans ce sens. J’avais fait de bonnes études au cours classique du collège d’Amos, puis en théologie au Séminaire St-Paul d’Ottawa. J’aimais être avec les jeunes. Après quelques années d’enseignement et de direction des élèves au collège, on m’a envoyé étudier la philosophie à Québec puis Paris, jusqu’au doctorat.

Mon ministère
Mais tels n’étaient pas les plans de Dieu! Dès 1967, le collège d’Amos fermant, l’évêque d’alors, Mgr Gaston Hains, m’appelle à la direction de la pastorale diocésaine. Puis, j’ai assumé différents services ecclésiaux : curé en paroisse, vicaire épiscopal pour une région du diocèse, vicaire général. Et en 1979, je suis ordonné évêque de Hauterive.

En ces soixante années, j’ai exercé un ministère pastoral varié, souvent inattendu. Tel fut sur moi le souffle de l’Esprit dont on ne sait jamais où il nous mène. Ce furent des années très intenses. Habité par la vision de l’Église Peuple de Dieu promue par Vatican II, j’ai beaucoup œuvré à l’éducation de la foi des adultes. « Dis ta foi, elle fleurira » : telle était la conviction qui m’inspirait et que je cherchais à partager avec d’autres. Nous portions ensemble l’idéal de communautés aux membres riches de vocations, talents et charismes variés, complémentaires, et au service de notre monde. J’ai aussi voulu être présent aux souffrances des personnes blessées par la vie ou par leurs semblables. La présence aux médias devint de plus en plus importante dans ma vie quotidienne.

Encore aujourd’hui, je nomme dans mon cœur, avec joie et admiration, tant de femmes et d’hommes qui se sont épanouis alors que nous œuvrions ensemble pour développer une Église vivante, aux membres liés par l’amour fraternel et œuvrant pour que notre monde soit plus juste, plus respectueux des droits des petits, plus humain.

Ma spiritualité
Par les textes du concile Vatican II, j’appris très tôt que le prêtre se sanctifie dans et par l’exercice conscient, loyal, inlassable, fidèle de son ministère, en se laissant guider par l’Esprit. Mais en fait, ma vie spirituelle fut profondément perturbée durant les dix années qui suivirent le concile. Le changement d’orientation de certains de mes confrères prêtres a provoqué en moi une solitude, un vide. Bourreau de travail, affectivement immature, non porté vers des sports ou des loisirs, j’ai perdu mon idéal d’être le « saint prêtre » qu’en priant je rêvais devenir durant mes années au grand séminaire. J’ai erré dans des chemins sans issue et me suis senti un jour enfermé dans un tunnel obscur, étouffant. Je travaillais, mais sans souffle ni savoir pourquoi!

Il a fallu que Dieu y mette la main pour que ma spiritualité et mon ministère trouvent leur unité et s’éclairent mutuellement. En une journée lumineuse et chaude de juillet 1975, au cœur d’une « année sainte », Jésus s’est soudainement fait reconnaitre par moi comme ressuscité. Ce Vivant a daigné dans sa grande miséricorde illuminer mon intelligence et réchauffer mon cœur. Par son Esprit, il m’a fait comprendre qu’il est actif dans ma vie, dans mes joies et mes peines, dans mes travaux.

C’est lui qui agit à travers mes divers ministères et qui, dans ces engagements où je collabore à son œuvre actuelle dans le monde, me sanctifie si je suis docile à ses impulsions. Mon ministère et ma sanctification sont d’abord un don de Jésus ressuscité et c’est à moi d’accueillir ses impulsions spirituelles. Ce fut une très grande grâce, une véritable transformation de ma vie sacerdotale et ministérielle. Ce fut la plus grande joie de ma vie. Je vis encore aujourd’hui de cette lumière et de cette impulsion, ayant gardé au cœur cette confiance en Jésus et en son action avec et par moi.

À partir de ce jour, les Paroles de la Bible me sont devenues autant de sources pour ma soif intime, et de pain substantiel pour ma faim. Ce sont les Paroles données par l’Église dans la liturgie eucharistique quotidienne qui m’abreuvent, me nourrissent. Richesses inépuisables, toujours actualisées par l’Esprit qui les anime et me rend attentif à leurs appels!

Tous les jours, j’invoque l’Esprit de Jésus ressuscité. Lui seul peut me donner de la joie au cœur, à travers les aléas de mon quotidien. Lui seul peut me rendre conscient que tout fruit du ministère « est plutôt l’ouvrage de Dieu que l’industrie des hommes » (Saint François de Laval). Il m’apporte ainsi la paix.

Au fil des ans, ma spiritualité a été de plus en plus marquée par un abandon à la volonté divine. Je renouvelle chaque jour mon adhésion à cette volonté avec la prière de saint Charles de Foucauld : Mon Père, je m’abandonne à toi… ; et avec celle de saint Ignace de Loyola : Prends Seigneur, et reçois…

M’unissant à la prière officielle de l’Église, mes jours et mes saisons sont rythmées par la liturgie des heures, appelée aussi Office divin, ou plus communément : le bréviaire.

Tous les jours, Jésus ressuscité, le Vivant sous le signe du Pain consacré, m’attire à la chapelle pour un temps d’intimité. Par ailleurs, je me confie quotidiennement à la tendre protection de Marie et je prie le chapelet. Je vais aussi à Jésus par l’intercession de saint Joseph, sainte Marie de l’Incarnation, saint François de Laval, les saints Martyrs Canadiens, le saint Frère André… Le défi est alors de vaincre les distractions, la routine, la fatigue, la paresse, le sentiment de perdre mon temps. Prier n’est pas facile : combat à reprendre jour après jour.

Revient toujours en mon cœur la question : ai-je vraiment aimé? Durant ces soixante années me fut particulièrement précieuse la disponibilité de prêtres accueillants, qui écoutaient et donnaient de sages conseils de vie spirituelle. Ce fut une grande bonté du Seigneur de mettre sur mon chemin de tels confesseurs. Leur attitude m’a peu à peu fait découvrir que Dieu est vraiment mon Père et toujours accueillant, que sa miséricorde n’a pas de limites! Quelle grâce!

Un jour, priant, je demande à Jésus : « Je désire être avec toi, là où tu es : chez le Père. » Et a jailli dans mon cœur la réponse : « Alors passe par où je suis passé. » Que cette parole soit la lumière sur mon chemin actuel! Viens, Esprit Saint, me rendre capable de vivre dans la foi et le courage de l’espérance ces transfigurations nécessaires pour suivre Jésus. Viens me rappeler que le poids des souffrances du temps présent est minime par rapport à la gloire éternelle qui nous est promise.

Je rends grâces à Dieu de pouvoir encore célébrer l’eucharistie tous les jours, de partager aussi dans l’homélie quelques réflexions sur les Paroles alors proclamées. Et comme je désire pouvoir le faire jusqu’au jour de ma mort

En ce soixantième anniversaire de ma vie presbytérale, j’adore Dieu et le loue pour ses miséricordes sans cesse actives, généreuses, débordantes. 

Et j’ai un grand désir, une vive espérance de les chanter éternellement au ciel, chez mon Père, chez nous.

† Roger Ébacher

Évêque retraité de Gatineau

dimanche 16 mai 2021

L'éternité

Méditant un jour sur la comparaison entre notre temps et l’éternité, le Père Cantalamessa s’exclame : « Qu’est-ce que l’éternité : toujours, jamais! Mille ans et ce n’est que le début, des millions et des milliards d’années, et ce n’est que le début! » Il rejoignait saint Paul affirmant que « la légère tribulation d’un instant nous prépare, jusqu’à l’excès, une masse éternelle de gloire. »

Telle est l’espérance semée dans nos cœurs par Jésus passant par la croix pour parvenir à la gloire et la joie éternelles.

† Roger Ébacher
Évêque retraité de Gatineau

dimanche 9 mai 2021

Détresse légère face à la joie promise

C’est saint Paul, lui qui a vécu de si terribles détresses, qui ose affirmer :

« C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, et même si en nous l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous. Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. » (2 Corinthiens 4, 16-18)

Dans sa foi en Jésus, saint Paul trouve le courage de tenir bon dans les épreuves de sa vie personnelle et apostolique.

Qu’il intercède auprès de Dieu notre Père pour que l’Esprit m’inspire un semblable courage, la même espérance.

† Roger Ébacher
Évêque retraité de Gatineau

samedi 1 mai 2021

Le 6 mai, une étoile dans mon calendrier

Pourquoi?

Le 6 mai 1988, en la fête liturgique du premier évêque de Québec, saint François de Laval, l’Église de Gatineau m’accueillait comme son nouveau pasteur. Chaque année, me reviennent à la mémoire des images de cette grandiose célébration dans ce qui était alors la cathédrale : l’église Saint-Jean-Marie-Vianney.

J’ai œuvré 23 ans comme pasteur de ce diocèse, y investissant mon cœur et mes énergies. J’ai reçu le soutien des prêtres et de nombreuses personnes laïques et religieuses. Ce furent des années intenses. Nous avons ensemble cherché les façons de porter l’Évangile au cœur des réalités d’ici.

Je me suis particulièrement engagé envers des personnes plus marginalisées, délaissées, ou envers des jeunes en recherche de travail. Je pense au Carrefour Jeunesse Emploi et au Gite-Ami, sans oublier Développement et Paix, et divers autres organismes du milieu.

À la retraite depuis le 30 novembre 2011, j’ai eu la joie de continuer à faire souvent du ministère. Notre archevêque actuel, Mgr Paul-André Durocher, m’a délégué pour des confirmations ou autres présences dans des fêtes paroissiales. Des prêtres ou des agentes de pastorales ont sollicité mon ministère dans des paroisses. Maintenant, je dois me limiter à célébrer l’eucharistie et à offrir un service spirituel dans l’immeuble où je demeure.

Mais le ministère de la prière devient de plus en plus important dans ma vie. Prière pour notre monde, pour les plus blessés par la vie, pour notre diocèse, pour tant d’intentions que l’on me formule en toute confiance…

33 ans après le début de mon service à Gatineau, je garde au cœur l’étonnement d’avoir été appelé à un poste ministériel aussi important. Je rends grâces à Dieu de m’y avoir soutenu, surtout dans les temps plus difficiles à affronter et les décisions plus douloureuses à prendre.

Je remercie le Peuple de Dieu formant cette Église pour son soutien durant toutes ces années. Et j’expérimente encore aujourd’hui l’amitié fraternelle de beaucoup. Je me sens toujours membre de cette Église de Dieu, partageant ses joies, ses recherches, ses essais, ses difficultés, ses espérances, ses succès apostoliques.

Je supplie l’Esprit de Jésus ressuscité de réchauffer et dynamiser sans cesse nos cœurs alors qu’il fait entendre de plus en plus son appel à devenir des disciples-missionnaires en cette terre de l’Outaouais.

† Roger Ébacher
Évêque retraité de Gatineau 

dimanche 25 avril 2021

Souffrances et espérance

C’est inspiré par la foi en Jésus le Fils de Dieu mort et ressuscité que Paul a pu écrire :

« C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. » (Romains 8, 16-18)

Héritiers avec Jésus, POUR TOUJOURS! Le temps présent, avec ses tribulations, passe. Mais l’avenir promis est éternel.

Ai-je oublié l’éternité? Vivre pour toujours avec Jésus!

† Roger Ébacher
Évêque retraité de Gatineau