dimanche 10 septembre 2017

L’amour prend patience

Cette qualité nécessaire dans la vie familiale consiste à être lent à la colère. Le pape François commente, dans La joie de l’amour par. 91-92: « Cela se révèle quand la personne ne se laisse pas mener par les impulsions et évite d’agresser. »  Il s’agit de tenir bon et avec douceur pour supporter les autres ou les événements qui nous énervent.
 
Une telle attitude est faite à la fois de douceur, de force d’âme, d’humilité. Elle est le fruit de la paix, de la tranquillité intérieure. Elle ignore les lamentations, la susceptibilité, l’aigreur des relations dans le couple et dans la famille. Elle est en somme le fruit d’un grand cœur. Mais elle ne signifie pas de permettre qu’on nous maltraite en permanence, ni de tolérer les agressions physiques, ni de permettre qu’on nous traite comme des objets.
 
Le problème survient lorsque nous exigeons que les personnes soient parfaites;  ou bien quand nous nous mettons au centre et espérons que notre seule volonté s’accomplisse. Le résultat est alors que « tout nous impatiente, tout nous porte à réagir avec agressivité. Si nous ne cultivons pas la patience, nous aurons toujours des excuses pour répondre avec colère, et en fin de compte nous deviendrons des personnes qui ne savent pas cohabiter, antisociales et incapables de refréner les pulsions, et la famille se convertira en champ de bataille. » (Pape François)
 
Ce qui fortifie la patience, c’est de reconnaître « que l’autre aussi a le droit de vivre sur cette terre près de moi, tel qu’il est. Peu importe qu’il soit pour moi un fardeau, qu’il contrarie mes plans, qu’il me dérange par sa manière d’être ou par ses idées, qu’il ne soit pas tout ce que j’espérais. » L’amour est compréhension et compassion qui portent « à accepter l’autre comme une partie de ce monde, même quand il agit autrement que je l’aurais désiré. »
 
Rappelons l’exhortation de saint Paul qui donne le motif chrétien pour une telle patience : « Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. » (Éphésiens, 4, 31-32)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(10e texte d’une série sur La joie de l’amour)

mardi 5 septembre 2017

Nécessité de l’amour dans le couple et la famille

Saint Paul (1 Corinthiens 13, 1-13) a fortement insisté sur la nécessité de l’amour à la base et comme moteur de toute vie chrétienne. Cet enseignement est essentiel pour ce qui concerne la construction et l’affermissement du couple et de la famille.
 
Nous employons comme équivalents les termes « amour » et « charité ». Ces deux mots sont très dévalorisés aujourd’hui. L’amour est réduit à un sentiment vague et passager. La charité est comprise comme une condescendance envers l’autre. Il faut retrouver la vérité et par le fait même la nécessité de l’amour-charité dans la vie quotidienne.
 
L’amour est la réalité fondamentale du couple et de la famille. C’est la plus grande valeur, l’unique absolument nécessaire. C’est elle qui assure la construction du couple et de la famille. Elle est la base et le moteur de sa fécondité et de son rayonnement.
 
Certes, bien d’autres attitudes sont utiles, souvent nécessaires pour qu’un couple se forme solidement, pour qu’une famille se développe dans l’harmonie et le respect mutuel de ses membres. Mais sans l’amour, tous ces autres talents finissent par ne servir à rien. Ils ne permettent pas d’atteindre le but recherché : construire une communauté de vie et d’amour soutenant l’estime mutuelle et l’épanouissement de ses membres.
 
Il ne faut jamais cesser de désirer, de chercher, de pratiquer l’amour, de le rendre actif dans le foyer. Car l’amour est ce qu’il y a de plus efficace et de plus complet dans le service de l’unité et de l’épanouissement de la vie.
 
On peut donc affirmer qu’aimer est la règle d’or sur laquelle tabler, se mesurer pour construire un milieu de vie épanouissant. On y comprend alors que, par exemple, parler sans être animé par l’amour peut détruire les relations qui doivent unifier les membres de la communauté familiale. Ou encore, quelqu’un pourrait se tuer à travailler pour sa famille. Sans amour, le résultat sera nul. Car seul l’amour peut donner courage et fidélité jusqu’au bout dans le don de soi à l’autre.
 
Aussi, le pape François a pu écrire dans La joie de l’amour (par. 89) : « Nous ne pourrions pas encourager un chemin de fidélité et de don réciproque si nous ne stimulions pas la croissance, la consolidation et l’approfondissement de l’amour conjugal et familial. »
 
Mais cet amour, quel est-il? Comment se montre-t-il? Par quels actes se manifeste-t-il dans sa vérité? C’est ce que nous verrons dans les prochains textes.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(9e texte d’une série sur La joie de l’amour)

mercredi 30 août 2017

Il nous aima jusqu’au bout

C’est avec joie que je vous présente mon récent livre.
 
Existe-t-il legs plus précieux que celui d’un testament spirituel? La plupart des fondateurs de communautés religieuses en ont laissé. Mais bien avant eux, Jésus lui-même nous a donné un tel testament. Jean, le disciple bien-aimé, l’a recueilli, médité puis mis pour nous par écrit. Ce sont les chapitres 13 à 17 de son évangile.
 
Jésus a terminé sa mission. C’est son dernier soir avec les siens. Au cours d’un repas d’adieu vécu dans un climat d’intimité et de tendresse, il dépose dans le cœur de ses disciples ses dernières instructions, l’assurance de sa présence et la promesse de généreux dons qui les rendront aptes à leur mission dans le monde.
 
À nous aussi, ce testament est personnellement adressé. Dans le présent livre je nous invite à en relire puis à en méditer les différents passages. Ce livre nous aide à en recueillir la richesse de vie, d’amitié, d’espérance, d’élan vers l’avenir, comme autant de pistes sur nos chemins d’aujourd’hui.
 
Vous êtes cordialement invité au lancement de ce livre qui aura lieu le 6 octobre. Ce livre est aussi disponible dans toutes les bonnes librairies (dont la Librairie Louis Fréchette, 313, rue Notre-Dame, Gatineau) au prix de $20.00.
 
Je vous remercie de l’accueil que vous lui réserverez.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 25 août 2017

L’amour

L’amour est au cœur du couple et de la famille. Il est une des grandes valeurs qui correspondent aux aspirations les plus intimes et les plus dynamiques du cœur humain. L’amour est aussi au cœur de l’expérience chrétienne du mariage et de la famille. Le mariage est la création d’une communauté de vie et d’amour conjugal. Ce même amour se fait familial et devient le principe de vie de cette société, miniature de la société humaine. Ainsi, le couple et la famille chrétiennes sont la première cellule de l’Église.
 
Pour la célébration liturgique de leur mariage, les futurs conjoints choisissent souvent un texte de saint Paul. Le voici :
 
« L’amour prend patience;
l’amour rend service;
l’amour ne jalouse pas;
il ne se vante pas,
ne se gonfle pas d’orgueil;
il ne fait rien d’inconvenant;
il ne cherche pas son intérêt;
il ne s’emporte pas;
il n’entretient pas de rancune;
il ne se réjouit pas de ce qui est injuste,
mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai;
il supporte tout,
il fait confiance en tout,
il espère tout,
il endure tout. »
 
Dans son grand texte sur La joie de l’amour, le pape François nous donne un magnifique commentaire de ce texte. L’amour, ce qui signifie la charité, est au cœur de la vie de tout chrétien, de tout couple et de toute famille chrétienne. Mais que signifie ce mot si beau et si malmené par toutes sortes d’interprétations. Dans mes prochains textes, je regarderai les explications du pape, qui sont si riches et dynamiques.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(8e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 17 août 2017

Jésus et sa famille

Le pape François nous présente dans La joie de l’amour (par. 65-66) une belle synthèse de Jésus et sa famille. Il nous invite à accompagner Jésus sur son chemin de vie depuis son incarnation en Marie et durant sa vie à Nazareth. Il est bon de lire lentement ce texte.
 
« L’incarnation du Verbe dans une famille humaine, à Nazareth, touche par sa nouveauté l’histoire du monde. Nous avons besoin de plonger dans le mystère de la naissance de Jésus, dans le oui de Marie à l’annonce de l’ange, lorsque la Parole a été conçue dans son sein; également dans le oui de Joseph, qui a donné à Jésus son nom et a pris en charge Marie; dans la fête des bergers près de la crèche; dans l’adoration des Mages; dans la fuite en Égypte à travers laquelle Jésus participe à la douleur de son peuple exilé, persécuté et humilié; dans l’attente religieuse de Zacharie et dans la joie qui accompagne la naissance de Jean le Baptiste; dans la promesse accomplie pour Siméon et Anne au temple; dans l’admiration des docteurs écoutant la sagesse de Jésus adolescent. Et ensuite, pénétrer les trente longues années où Jésus gagnait son pain en travaillant de ses mains, en murmurant la prière et la tradition croyante de son peuple et en étant éduqué dans la foi de ses parents, jusqu’à la faire fructifier dans le mystère du Royaume. C’est cela le mystère de la Nativité et le secret de Nazareth, plein de parfum familial! C’est le mystère, qui a tant fasciné François d’Assise, Thérèse de l’Enfant-Jésus et Charles de Foucauld, où se désaltèrent aussi les familles chrétiennes pour renouveler leur espérance et leur joie. »
 
« L’alliance d’amour et de fidélité, dont vit la Sainte Famille de Nazareth, illumine le principe qui donne forme à toute famille et la rend capable de mieux affronter les vicissitudes de la vie et de l’histoire. Sur cette base, toute famille, malgré sa faiblesse, peut devenir une lumière dans l’obscurité du monde. » Puis est ajoutée une belle citation de Paul VI : « Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social » (Discours prononcé à Nazareth, 5janvier 1964
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(7e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 12 août 2017

Célébration de la nativité de saint Jean Baptiste et fête nationale des Québécoises et Québécois

Frères et sœurs.

Le 12 octobre 2011 au matin, un ami est venu à mon appartement pour m’offrir une icône de saint Jean-Baptiste. J’en fus ému. Mon ami ne savait pas que ce jour-là était le premier de ma retraite. Par lui, Jean-Baptiste venait m’indiquer le chemin. Comme il l’a fait il y a 2000 ans pour ses premiers disciples, il a pour moi pointé du doigt Jésus et m’a dit : « Suis-le ». Depuis, l’icône de Jean-Baptiste est fixée au-dessus de mon ordinateur!

Les hommes et les femmes qui ont quitté la France pour la terre d’Amérique ont apporté la dévotion à saint Jean Baptiste dans leurs bagages humains et spirituels.

Dès 1606, des colons français se dirigeant vers l’Acadie firent escale le 24 juin à Terre-Neuve pour y célébrer la messe. Le « Monument de la Foi », érigé sur la Place d’Armes de la ville de Québec, rappelle la première messe sur l’ile de Montréal, le 24 juin 1615. Dès 1636, notent les Relations de Jésuites, nos ancêtres célébraient avec enthousiasme et des deux côtés du fleuve la Saint-Jean, avec messes solennelles et feux de joie.

Champlain, inspiré par les valeurs de l’Évangile, a rêvé d’une civilisation où l’on vivrait, Français et Autochtones, dans le respect de l’autre, l’enrichissement mutuel et la paix. Maisonneuve, plantant la croix sur la montagne, donna à Montréal un héritage semblable. Marie de l’Incarnation, Catherine de St-Augustin, Marguerite Bourgeoys, Jeanne Mance ont fondé écoles, hôpitaux, refuges aussi bien pour les Autochtones que pour les Français. Ces personnes et tant d’autres ont inscrit l’Évangile et ses valeurs dans l’ADN de notre nation.

400 ans plus tard, saint Jean Baptiste veut et peut toujours orienter notre cœur et notre discernement vers les valeurs fondamentales pour notre avenir ensemble.

Jean-Baptiste fut l’enfant d’un peuple en panne d’espérance et en mal de raisons de vivre. Il continue aujourd’hui sa mission qui consiste à nous indiquer où puiser le courage de bâtir une société plus juste, plus solidaire, capable de poser des gestes de réconciliation. Cette célébration est une invitation à retrouver nos raisons de vivre dans le cœur d’un Dieu fait homme qui, toujours, aime, accueille, pardonne, ouvre l’avenir. C’est une vaccination contre la résignation passive, la fuite dans les distractions.

Jean-Baptiste fut l’enfant de la rencontre. Alors que Marie, enceinte de Jésus, saluait Élisabeth, il dansa de joie dans le sein de sa mère. Cette célébration nous invite à la joie de la rencontre de l’autre : le réfugié, celui qui tend la main pour quelques sous et surtout pour un accueil, un sourire. C‘est la joie de la fraternité universelle voulue par Dieu et toujours à bâtir.

Jean-Baptiste fut l’homme du désert. Sa pauvreté volontaire interpelle notre mode de vie, notre style de consommation et de gaspillage, les blessures irréparables que nous imposons à la nature.

Jean-Baptiste fut le prophète à la parole dérangeante. À tous, il dit : « Si quelqu'un a de quoi manger, qu'il partage avec celui qui n'en a pas. » Aux détenteurs de pouvoir et de la force, il dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne. » Aux brasseurs d’affaires et d’argent il dit : « N'exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. » (Lc 3, 11-14) Notre célébration répercute l’appel de Jean-Baptiste à la justice, à la sensibilité envers l’autre, à la générosité du cœur. La fidélité à notre héritage culturel et spirituel appelle un supplément d’âme, un sursaut de solidarité. Cette fête entretient le goût de bâtir une société marquée par une attention aux marginalisés, aux blessés par la vie et par la société.

Nous célébrons la naissance de Jean-Baptiste dans une famille humble, mais bien enracinée dans la parenté et en bonnes relations avec les voisins. Plus tard, sa mission sera de ramener « le cœur des parents vers leurs enfants, celui des enfants vers leurs parents. » Le couple et la famille sont les bases essentielles de la société et de l’Église. Y sont précieuses les relations de tendresse, de soutien, de consolation entre les grands-parents et les petits-enfants. Et notre société vieillissante appelle un surcroît d’attention des enfants envers leurs vieux parents qui risquent de se retrouver dans la solitude d’un appartement, où ils ont la sécurité, mais peuvent manquer de tendresse et de réconfort de la part des leurs.

Jean-Baptiste fut le témoin d’un Dieu qui aime et qui se souvient. La plaque d’immatriculation de mon auto affiche : « Je me souviens ». Que cette célébration de saint Jean-Baptiste et de notre fête nationale nous rappelle d’où nous venons, de quelle tendresse nous sommes aimés, quelle tâche est devant nous. Nous sommes appelés à devenir une tranche d’humanité porteuse des valeurs évangéliques d’adoration envers Dieu notre Père, de justice et de bonté envers tout humain, et d’admiration affectueuse et protectrice de la nature.

Que l’Esprit de Jésus ressuscité nous y guide!
Amen.

† Roger Ébacher
Archevêque émérite de Gatineau.

Homélie du 24 juin 2017 à la cathédrale St-Joseph de Gatineau

vendredi 4 août 2017

Le travail nécessaire pour la famille

Le travail est une réalité importante dans la vie d’un couple et d’une famille. Nous savons comment le chômage peut y faire des ravages! C’est cette réalité, constatée dans la vie quotidienne, que reflète la Bible. Le pape François le note dans son texte sur La joie de l’amour (par. 23-26).
 
Le travail est une partie fondamentale de la dignité de la vie humaine. La Bible l’insinue dès ses premières pages. Il y est déclaré que « l'homme a été établi dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder » (Genèse 2, 15). C’est l’image du père qui travaille pour gagner le pain de la famille.
 
Le livre des Proverbes (31, 10-31) nous donne un très beau texte sur « la tâche de la mère de famille, dont le travail est décrit dans ses détails quotidiens, suscitant l’éloge de l’époux et des enfants. » Le pape rappelle que « le travail permet à la fois le développement de la société, l’entretien de la famille ainsi que sa stabilité et sa fécondité. »
 
La Bible montre aussi que le chômage ou le travail précaire deviennent une souffrance pour tout le groupe familial. Nous en voyons un exemple dans le beau livre de Ruth. Au temps de Jésus, le chômage et la pauvreté harcèlent les familles. C’est aussi ce que nous enseigne la parabole des travailleurs assis, dans une oisiveté forcée, sur la place publique et qui attendent que quelqu’un les emploie (Matthieu 20, 1-16).
 
C’est ce que vivent bien des familles dans beaucoup de pays, et aussi certaines familles dans le nôtre. Ce manque de travail crée insécurité et tensions au sein des divers membres : couple et enfants. Aussi, est-ce essentiel de lutter contre les causes du chômage et de soutenir par divers chemins disponibles les familles ainsi affectées.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(6e texte d’une série sur La joie de l’amour)