Dieu le Père a voulu, dans un amour miséricordieux qui nous
déconcerte, que par l’incarnation son Fils éternel soit cloisonné dans cet
homme juif : Jésus. Durant sa vie cachée, Jésus a été cloisonné dans un
minuscule bourg : Nazareth. Puis, durant sa vie publique, il a été cloisonné
dans ce petit pays qu’était la Palestine sous la férule de l’Empire romain.
Sans autre moyen de communication que ses pieds et sa bouche, sans auto, ni
micro, radio ou internet, Jésus a été cloisonné dans les limitations humaines d’espace
et de temps de son époque. « Mis à mort dans la chair, mais vivifié dans
l’Esprit » (1 Pierre 3, 18),
Jésus est décloisonné. Grâce à l’œuvre de l’Esprit le ressuscitant, il vient
maintenant vers celles et ceux qui croient en lui, à toute heure ou année ou
siècle, et partout dans le monde. Il est vivant, présent, actif aujourd’hui.
À ses débuts, l’Église était cloisonnée à Jérusalem. Par le
moyen déconcertant d’une violente persécution, l’Esprit l’a décloisonnée,
dispersant les disciples. Ainsi, Philippe fuit jusque dans une ville de Samarie,
ce petit peuple humilié par les Juifs, méprisé comme hérétiques. Décloisonné de
sa peur et des limites de Jérusalem, Philippe y proclame hardiment que Jésus
est bien le Messie attendu, le Christ. Les foules ont cru en cette Parole.
« Et il y eut dans cette ville une grande joie. » (Actes des Apôtres 8, 8) Joie
qui est le fruit de l’Esprit accomplissant l’œuvre que lui confie le Père et le
Fils! Alors, l’Église-Mère, Jérusalem, envoie Pierre et Jean confirmer par un
signe ecclésial cette œuvre de l’Esprit travaillant les
cœurs de ces Samaritains. Ils « leur imposèrent les mains, et ils reçurent
l’Esprit Saint. »
Que fait maintenant l’Esprit pour nous qui sommes cloisonnés
dans notre « moi » fermé, égoïste, apeuré, méprisant les autres et
posant partout des clôtures pour se protéger dans une supposée sécurité? Le
Père, répondant à la prière de Jésus ressuscité, nous donne l’Esprit pour qu’il
nous décloisonne. Il est le consolateur, le défenseur, l’avocat, celui qui nous
conduit à notre identité chrétienne qui est d’être aimé par le Père et de nous
aimer les uns les autres. Cet Esprit demeure auprès de nous comme un ami
fidèle; il est en nous comme l’âme de notre vie chrétienne; il est toujours
avec nous et nous ouvre au Père et aux autres (voir Jean 14, 15-21).
Viens, Esprit Saint!
Évêque émérite de Gatineau