Comme
nous l’enseigne le pape François (par. 98-99), tout disciple de Jésus doit prendre très
au sérieux les paroles par lesquelles Jésus nous donne les critères dont il se
servira lors du jugement : m’as-tu donné à manger? À boire?... (Matthieu 25, 31-36)
Ces
paroles doivent devenir le critère fondamental pour évaluer, discerner, mon cheminement vers la sainteté. Les paroles du pape
sont tellement fortes qu’elles ne demandent aucun commentaire. Il faut surtout
prier l’Esprit de les incruster en nous pour qu’elles deviennent des énergies
d’action quotidienne!
« Quand
je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit
froide, je peux considérer que ce fagot est un imprévu qui m’arrête, un
délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma
conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et
peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à
partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté
de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une
image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C’est cela être chrétien! Ou
bien peut-on comprendre la sainteté en dehors de cette reconnaissance vivante
de la dignité de tout être humain? »
Ces
paroles ne doivent jamais nous laisser bien tranquilles et avec une bonne
conscience! Mais il faut aller encore plus loin. Les bonnes œuvres
individuelles ne suffisent pas. Il faut œuvrer, avec d’autres, à un changement au
niveau des structures de notre vie en société sous ses divers aspects. « Pour
que les générations futures soient également libérées, il est clair que
l’objectif doit être la restauration de systèmes sociaux et économiques justes
de manière que, désormais, il ne puisse plus y avoir d’exclusion. » (CECC,
commission des affaires sociales, par 9) C’est l’enseignement de l’Ancien
Testament (Lévitique 25, 39-41). Et
Jésus (Luc 4, 18-18) fréquentait les plus marginalisés et appauvris pour
les réintroduire dans la communauté. Puis, par son Esprit, il a inspiré les
premiers disciples à vivre en communauté, en partageant de sorte qu’il n’y ait
pas de pauvre parmi eux (Actes des Apôtres 4, 34-35).
C’est
le même Esprit de Jésus ressuscité qui doit nous guider aujourd’hui! Le chemin
de la sainteté personnelle passe par le souci des autres, surtout les plus
marginalisés, et par des actes pour changer la situation, en l’orientant vers
le bien commun, la solidarité et la fraternité.
Évêque émérite de Gatineau
(29e texte d’une série sur l’appel à la sainteté)
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